LITAUER Émilie

Par Claude Pennetier

Née le 9 septembre 1902 (27 août) à Léningrad (Russie) ; rédactrice et traductrice ; militante communiste à Paris ; militante de l’AEAR ; retournée en URSS en mars 1935.

Photographie d’Émilie Litauer dans son dossier du Komintern
Photographie d’Émilie Litauer dans son dossier du Komintern

Née dans une famille qu’elle qualifie de « bourgeoise », Émilie Litauer était fille d’un commerçant membre du parti Cadet (Parti constitutionnel démocratique). Au moment de la Révolution d’octobre, elle préparait son « bachot » sans sympathie pour un parti politique. Elle suivit sa famille en occident, obtenant un passeport polonais puis un passeport Nansen (certificat reconnu par de nombreux États permettant à des milliers de réfugiés apatrides de voyager à partir de 1922). Présente en Allemagne jusqu’en 1926, elle dit avoir été « dégoûtée » de l’émigration russe et s’être tenue à l’écart de toute vie politique pendant ses études de philosophie à l’Université de Friboug.

Elle s’installa à Paris en 1926 et obtint, en 1931, une licence de lettres (histoire, sociologie) en commençant à s’intéresser au marxisme. En 1928-1929, elle fréquenta un groupe d’émigrés russes appelés les Eurasiens, dont elle disait que « le confusionnisme dissimulait pendant une certaine période sa composition hétérogène et ses tendances disparates. Je quittais ce groupement qui par la suite évolua vers le fascisme ouvert, avec un certain nombre de collaborateurs du journal Eurasie dont l’orientation nettement soviétique fut pour nous le premier pas d’une évolution vers le communisme. Cette « évolution s’est poursuivie pendant les années 1929-1930. » Elle fréquenta l’Union de rapatriement (voir Paul Belooussoff) et le Cercle de la Russie neuve.

Elle rejoignit l’AEAR (Association des écrivains et artistes révolutionnaires) à sa création en mars 1932, siégea à son bureau, et adhéra dans la lancée au Parti communiste, recommandée par Paul Vaillant-Couturier dont elle fut la secrétaire et la traductrice. Une première autobiographie lui fut demandée pour son adhésion : elle y répondit de façon télégraphique, signalant cependant la présence à Paris de son frère, ingénieur dans une usine chimique à Créteil, apolitique ; le deuxième frère était mort et le père vivait en Pologne. La commission des cadres nota d’ailleurs "biographie insuffisante" mais le classe cependant "A accepté" . Elle écrivit dans Les Cahiers du bolchevisme, La Nouvelle revue française, Lu, l’Institut de statistique. Membre de son comité de rayon (1er, 2e et 9e arr.), elle fut professeur à l’école par correspondance.

Début 1932, elle songea à retourner en URSS et demanda un passeport soviétique qui lui fut refusé en juillet 1932, puis à nouveau en octobre 1933 alors qu’elle était demandée comme correspondance de l’Inpress. De plus, en octobre 1933 elle avait reçu des autorités françaises un ordre de quitter le France ; elle resta à Paris illégalement. Paul Vaillant-Couturier intervint avec insistance auprès du Komintern pour qu’elle puisse retourner dans son pays : « Je pense qu’elle peut rendre de grands services dans les éditions, connaissant plusieurs langues [russe, français, allemand, anglais] et les écrivant de façon littéraire. Elle est collaboratrice à Commune. D’autre part, je l’ai chargée de la traduction de l’enquête Le Malheur d’être jeune, [Éd. nouvelles, 1935] qui va être éditée ici à 35 000 exemplaires. Il y aurait naturellement des modifications dans la rédaction pour l’URSS, mais le matériel – lettres de jeunes – reste je pense très intéressant pour l’URSS. » Elle faisait aussi des traductions pour Jean Fréville et se réclamait de l’architecte Jean Nicolas.

Émilie Litauer obtint semble-il pour l’entrée en URSS en mars 1935. Une autobiographie manuscrite a été dactylographiée à Moscou et porte la date du 8 juin 1934. Elle y était en tout cas en avril 1935 car Albert Vassart se préoccupait de son transfert du PCF vers le PC bolchevique. Elle travailla au Profintern puis à l’Ouralmach (Sverdlovsk) où elle demandait a été affectée politiquement.

On ne connaît pas son devenir.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139460, notice LITAUER Émilie par Claude Pennetier, version mise en ligne le 29 janvier 2012, dernière modification le 8 septembre 2020.

Par Claude Pennetier

Photographie d'Émilie Litauer dans son dossier du Komintern
Photographie d’Émilie Litauer dans son dossier du Komintern

SOURCE : RGASPI, 495 270 6832, première autobiographie en 1933 (questionnaire en 132 questions, spécifiques aux étrangers), deuxième autobiographie, juin 1934, troisième autobiographie, Moscou [1935]correspondance, lettres de Paul Vaillant-Couturier et de Vassart ; avec photo.

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