BUSET Max.

Par Jean Puissant

Fayt-lez-Manage (aujourd’hui commune de Manage, pr. Hainaut, arr. Charleroi), 31 mars 1896 − Haine-Saint-Paul (aujourd’hui commune de La Louvière, pr. Hainaut, arr. Soignies), 28 juin 1959. Dessinateur industriel, dirigeant socialiste, professeur à l’École ouvrière supérieure, secrétaire général de la Centrale d’éducation ouvrière, député de l’arrondissement de Thuin (pr. Hainaut), président du Parti socialiste belge, ministre d’état.

Max Buset naît dans une famille ouvrière socialiste. Son père, Arthur Buset, est ouvrier métallurgiste, raboteur devenu contremaître, mais, victime d’un accident du travail, il doit arrêter ses activités. Sa mère, Maria De Houx, ménagère, subvient aux besoins du ménage par des travaux de couture. Sa région natale obtient son identité par la révolution industrielle. La famille habite Jolimont, carrefour entre les diverses entités administratives (communes La Louvière/Manage et arrondissements Soignies/Charleroi), haut lieu du mouvement ouvrier socialiste, cœur du bassin industriel du Centre (pr. Hainaut). Après l’école primaire à La Hestre et l’École moyenne de La Louvière, il suit des cours du soir de dessinateur à l’école industrielle de la ville. C’est à ce titre qu’il travaille aux Ateliers de Haine-Saint-Pierre puis à la Franco-belge de La Croyère (matériel ferroviaire).

Max Buset n’a pas de vie militante connue avant 1914. Mais à l’issue de la Première Guerre mondiale, Arthur Jauniaux*, secrétaire de la Centrale d’éducation ouvrière (CEO), le propose comme un des trois boursiers de son organisation pour réaliser une licence en sciences économiques et sociales à l’Université libre de Bruxelles. Licencié, il est envoyé en mai 1921 durant quatre mois au Ruskin College d’Oxford (Angleterre), l’école supérieure du Labour party, dont il revient bilingue et doté, selon les témoignages, d’un certain flegme et humour britanniques.

En octobre 1921, Max Buset est nommé professeur moniteur à l’École ouvrière supérieure (EOS). Il y restera jusqu’en 1929. Il est également un conférencier de la CEO, apprécié, « froid, précis, dialecticien. » Il collabore à Éducation-Récréation, pour laquelle il rédige notamment une étude sur les premières participations gouvernementales du Parti ouvrier belge (POB). Arthur Jauniaux*, également secrétaire national de l’Union nationale des mutualités socialistes (UNMS), lui aurait demandé de reprendre la direction de la CEO. En fait, Buset succède en 1929 à Désiré Bouchery qui a assuré l’intérim de 1928 à 1929. La CEO, toujours influencée par son fondateur, Henri De Man*, est réorganisée, réactivée.

Max Buset crée deux organes : Vie ouvrière et Opgang. Il est également responsable des émissions radio socialistes, RESEF et SAROV. Il fait partie, en 1931, du Comité de gestion et du Comité permanent de l’Institut national de radiophonie (INR).

La crise économique des années 1930 donne à Max Buset l’occasion de gagner une certaine audience, lors d’un exposé sur la crise au cours d’une semaine syndicale à Charleroi en 1931, et à la tribune du Congrès du POB en novembre 1931, où il intervient dans le débat concernant les subsides à l’enseignement libre. Les grèves de 1932 le voient déployer une activité débordante au cours de laquelle il s’en prend aux directions syndicales trop attentistes mais surtout au Parti communiste qui multiplie les actions de solidarité avec les grévistes. Léon Delsinne* explique, dans une lettre de 1959, que Buset avait manifestement décidé de faire carrière politique et que cela cadrait peu avec sa mission à la tête de la CEO « laquelle a besoin d’une certaine sérénité. » « Buset qui n’avait jamais jusque là paru s’intéresser à la politique active, s’est jeté à corps perdu dans la mêlée. »

De fait, Max Buset est appelé à remplacer le vieux député, Nicolas Berloz*, à la Chambre et est élu député de l’arrondissement de Thuin en novembre 1932. Au Parlement, il est membre des commissions des Affaires étrangères et du Commerce extérieur. Mais c’est à l’intérieur du parti que son influence grandit. Député, patron d’une petite mais forte fédération - « Désormais dans les congrès fédéraux, il tient seul le grand rôle », selon Le Peuple du 4 octobre 1937 -, secrétaire général de la CEO, il fait partie du Bureau d’études sociales, mis sur pied autour de H. De Man, pour préparer la riposte du parti à la crise économique et à son long rejet dans l’opposition. Buset siège à la commission pour la nationalisation du crédit et la protection de l’épargne et à la commission générale du Plan. Il traite plus précisément le projet de régie bancaire. Avec De Man et Jauniaux, il rédige le texte final présenté et adopté au Congrès de Noël 1933 du POB.

Isabelle Blume, Paul-Henri Spaak et Max Buset sont parmi les principaux orateurs favorables au Plan du travail. Il explique longuement les moyens nouveaux de propagande qui doivent être mis en œuvre pour gagner au Plan des fractions nouvelles et croissantes du corps électoral. Il est alors l’auteur de la première brochure de la CEO qui présente l’Action pour le plan en 1934 et dirige, de mars 1934 à décembre 1936, l’hebdomadaire, Plan, qui, « par la qualité de son information, de sa documentation, de sa propagande, fut un puissant facteur de diffusion de l’idée planiste. » (BRELAZ M., 1985, p. 682). Dans sa préface à la brochure citée ci-dessus, H. De Man expose également l’importance du rôle de Buset dans l’élaboration du Plan et celle qu’il aura à la tête de la CEO dans sa diffusion et son explication. Max Buset souligne la double crise économique et politique du capitalisme, l’incapacité du communisme belge à apporter une solution quelconque, la stérilité de l’action du POB, la vanité de ses objectifs classiques. Il faut donc changer d’orientation. Le Plan défend une attitude volontariste de sortie de la crise, « d’affirmer la primauté du social sur l’économique. La crise est internationale mais il est possible d’agir sur le cadre national en élargissant le marché intérieur. » Il existe un potentiel énorme de besoins non satisfaits en matière d’équipement : électrification des chemins de fer, distribution des fluides pour tous les habitants, modernisation du réseau scolaire, en matière de bien-être individuel, logements, etc. Suivent les éléments constitutifs du Plan et les moyens d’y aboutir : la création d’un large front du travail élargi à toutes les catégories de salariés mais aussi de travailleurs indépendants, qui rend, de facto, caduque, la proposition communiste de Front unique. Le problème scolaire est défini en termes d’efficacité et non d’usage politique. Le POB ne remettrait plus en cause la subsidiation de l’enseignement libre ; une attitude positive de la démocratie chrétienne rendrait « possible, sur la base du Plan, une action commune. » La bibliographie qui clôture la brochure montre l’importance de la réflexion suscitée par la crise au sein du Labour Party. H. De Man, M. Déat, S. Cripps et ouvrages anglais forment l’essentiel de l’apport intellectuel cité.

Au Congrès d’octobre 1934, Max Buset déplore l’absence d’unanimité à l’égard du Plan au sein du parti. Il remplace Henri De Man à la tête du bureau de documentation du POB et lui donne une nouvelle impulsion. Au Congrès extraordinaire de mars 1935, il défend la participation au gouvernement Van Zeeland. « Van Zeeland est une transition, le plan n’est pas abandonné. Si ce n’est pas tout le plan, c’est en partie parce que le parti n’a pas agi en sa faveur. » Au Congrès de novembre, il présente un rapport sur la lutte en faveur du Plan axé autour de trois thèmes : la prolongation de la scolarité jusqu’à seize ans, la semaine de quarante heures et la pension à soixante ans. À cette occasion, Vandervelde loue son réalisme : « c’est un bon laboureur. »

L’année suivante, Max Buset travaille à la réorganisation du parti, il est rapporteur à ce sujet au Congrès d’octobre 1936. Il présente également un rapport sur la création de la présidence du parti. Le POB vient de subir un échec électoral sensible même si heureusement pour lui, celui du parti catholique l’est encore plus. Buset joue un rôle actif dans la lutte menée contre le Parti communiste (PC) qui s’est renforcé aux dépens du parti et qui demande son adhésion collective au POB. Il combat fermement cette idée et est chargé, en août 1937, de reprendre en main la JGS qui s’est rapprochée de la Jeunesse communiste (JC) puis a fusionné avec elle. Il siège à la direction du mouvement des jeunesses socialistes.

Par sa participation au Plan du travail, en raison de son rôle au sein des organes du parti, Max Buset conquiert une incontestable notoriété. En novembre 1937, il est appelé, avec H. De Man, en consultation par Léopold III. L’hebdomadaire, Pourquoi pas ?, lui consacre sa première page en mars 1938. « Que M. M. Buset soit en passe de devenir l’une des éminences grises du parti socialiste, cela n’est pas douteux. » C’est d’autant moins douteux que Buset affirme, à cette époque, sa propre voie contre deux des personnalités montantes du POB en matière de politique extérieure, contre Paul-Henri Spaak pour ce qui concerne la politique espagnole (1937-1938), contre De Man (1939-1940) pour ce qui concerne la politique de neutralité.

Max Buset est très sensible à la guerre civile espagnole. Il se rend trois fois en Espagne, la première en janvier-février 1937, avec Paul Finet*, Camille Huysmans* et Isabelle Grégoire-Blume, dont il devient très proche. La solidarité avec l’Espagne républicaine prend une importance considérable. Apprenant la démission de Émile Vandervelde* du Gouvernement à propos du dossier espagnol, Max Buset lui adresse, le 28 janvier 1937, une lettre au nom de la délégation le félicitant chaleureusement. Au Conseil général, puis au Congrès du parti en décembre 1938, avec E. Vandervelde, Buset critique vivement Paul-Henri Spaak et la reconnaissance de Burgos. « La limite est atteinte... Je souhaite que nous puissions nous présenter au pays et devant la classe ouvrière la tête haute, certains de n’avoir pas trahi. » Il écrit à Vandervelde : « Laissez-moi vous affirmer que si les choses continuent comme elles vont, l’Espagne sera, à bref délai, le tombeau de la Deuxième Internationale. » « Au Congrès d’octobre 1937, Max Buset a déjà affronté H. De Man lorsque celui-ci avait affirmé que le POB n’était pas un parti révolutionnaire et qu’il voulait un progrès issu de l’ordre et de l’autorité. » (LEBEAU M., 1986, p. 31).

En avril 1939, Max Buset analyse les raisons de l’échec électoral socialiste. Au contraire des catholiques et, dans une moindre mesure, des libéraux, le POB ne récupère rien du recul rexiste. Il y voit l’incapacité de gagner les voix des classes moyennes mais aussi, selon lui, « Nous avons été dominés au cours de cette campagne (...) par un sentiment mélangé, parce que, si nous avons gardé le désir d’être au pouvoir pour la sauvegarde même des intérêts dont nous avons la charge, nous n’en portons pas moins sur toutes nos épaules, une jolie somme de mécontentement ou de lassitude dont les causes sont parfaitement discernables »... Burgos, l’affaire Martens, les explications laborieuses, les défaillances, certaines concessions « peut-être un peu grosses », « la nécessité d’éluder certaines questions importantes, mais trop épineuses, telle la politique d’indépendance en regard des événements de politique internationale... », le POB réalise beaucoup de choses au pouvoir, mais « aucune ne porte en soi la grande idée féconde par laquelle on entraîne un peuple tout entier. » (La Revue socialiste, avril 1939).

En 1939, H. De Man fait paraître Leiding, tandis que Max Buset dirige La Revue socialiste qui se veut l’organe de tout le parti. L’antagonisme entre les deux hommes s’amplifie. Dans sa revue, De Man critique vivement les réticences à l’égard de la politique de neutralité (Assez de sabotage de la neutralité). Buset répond dans un article intitulé Face à l’Allemagne. Sur les origines, les responsabilités de la guerre, les tâches qu’elle impose au socialisme, leurs vues, divergent totalement. Pour Buset, il est clair que « le climat n’est plus le même (qu’en 1936), plus personne en Belgique n’oserait nier que le danger est à l’est, rien qu’à l’est... »

Mai 1940 : Max Buset et Henri De Man sont bien aux antipodes. Buset gagne, avec sa famille, Paris et crée, avec Isabelle Grégoire-Blume et Arthur Gailly*, un centre de ralliement pour les socialistes de l’exode. Député, il participe à l’Assemblée des parlementaires belges à Limoges le 30 mai. Il est très dur envers l’attitude du roi. « Je n’admets pas de circonstances atténuantes. Je dis que sa situation lui commandait un devoir bien précis et impératif. Il y a failli. » Il demande donc la déchéance du souverain. Le 17 juin, il est, à Castres, vice-président d’un comité belge. Il offre ses services à C. Huysmans*. Il se rend à Bayonne et embarque pour l’Angleterre, avec Huysmans, Georges Housiaux*, Isabelle Blume. Ils sont à Londres le 27 juin.

Max Buset fait partie du « Gouvernement de Londres » Jaspar-Huysmans, décidé à continuer la guerre, aux côtés de l’Angleterre, tandis que le gouvernement Pierlot s’interroge encore en France de Pétain. C’est l’ambassadeur de Belgique à Londres qui parvient à défendre avec succès les institutions, le roi et le gouvernement qui s’y reconstitue. La fronde parlementaire à laquelle Buset participe, échoue. « Après un mois d’efforts, nous avons perdu du terrain dans toutes les directions », écrit-il à Huysmans, le 4 août 1940. Max Buset signe le contre-manifeste aux militants socialistes, publié à Londres en septembre. Il reste actif au sein de l’Office parlementaire belge et, au début de 1941, est désigné à la commission de propagande. À la BBC, il crée un personnage, ouvrier métallurgiste, Émile Valentin, qui s’adressera plus spécifiquement au monde ouvrier afin d’entretenir sa foi dans la libération du pays et dans l’opposition aux collaborateurs.

En septembre 1944, Max Buset est commissaire au rapatriement et ne regagne Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale) qu’en janvier 1945. Il ne participe donc pas aux premiers contacts et débats en Belgique libérée. Il siège à nouveau au bureau du parti, est désigné secrétaire francophone. Il est, avec Victor Larock*, l’un des principaux rapporteurs au Congrès de la victoire les 9, 10 et 11 juin 1945. Le rapport de Buset à ce Congrès, La ligne politique du parti, traite de la politique extérieure et de la politique intérieure du parti. Sur le deuxième point, le rapport insiste sur l’épuration et la répression qui ne suffiront pas, « la meilleure ligne à opposer aux entreprises de la réaction fasciste, c’est le développement d’un régime de vraie liberté, de vraie démocratie et de véritable progrès social, auquel les citoyens s’attacheront parce qu’ils y trouvent le moyen efficace de satisfaire leurs aspirations les plus légitimes ». Il accepte le principe du vote des femmes mais le lie à la réalisation de l’égalité des droits civils, ce qui n’est pas retenu par le Congrès.

Le rapport de Max Buset s’attache également à la prise en compte « des intérêts économiques régionaux », « le maximum de décentralisation administrative ou de fédéralisme compatible avec le maintien de l’unité nationale. » Cet aspect également ne figure plus dans le rapport adopté. Buset propose, entre autres, « l’égalité de la représentation flamande et wallonne au sein des assemblées parlementaires, l’égalité dans les exécutifs, l’assouplissement des lois linguistiques, une répartition plus équitable des travaux publics... etc. » Il plaide également en faveur de la démocratie économique et sociale, d’une politique du plein emploi et pour le respect des droits du travail. Le rapport se prononce en faveur d’un gouvernement « d’action démocratique » avec les libéraux, les démocrates chrétiens, mais pose surtout la question des relations avec les communistes.

Au printemps 1945, Max Buset fait partie de la délégation socialiste qui négocie avec les délégués du PC. Au Congrès de juin, « il défend l’idée de l’« union », non pas l’unité à la petite semaine ». Il est favorable à ce que « les communistes viennent en bloc grossir les rangs et peupler les cadres du PSB (Parti socialiste belge). » Puisque l’unité syndicale est possible, pourquoi l’unité politique ne le serait-elle pas ? Les communistes seraient à égalité avec les socialistes « quant aux droits et aux devoirs fixés par la constitution du parti. » Mons et Liège approuvent l’idée mais Bruxelles s’y oppose nettement. Ce passage du rapport disparaît de la motion finale.

Max Buset participe ensuite aux contacts avec le PC mais, dans la perspective d’un simple accord électoral, l’unité, si les uns et les autres y ont jamais sérieusement pensé, n’est plus à l’ordre du jour. Le PC, qui a le vent en poupe, n’est plus partisan de l’intégration comme il l’était éventuellement en 1936. Au Congrès administratif, il prononce un long discours politique où il s’en prend au roi et au Parti social-chrétien (PSC), il défend la réforme des statuts et notamment l’affiliation individuelle.

Après les présidences ad intérim d’Achille Van Acker et d’Achille Delattre, Max Buset est désigné comme président du parti, non à la suite d’un vote du Congrès, mais par l’exécutif du PSB. Au sein du parti, ce sont les socialistes « de l’intérieur » qui imposent la tactique, les « londoniens » ne peuvent qu’entériner. Le socialiste flamand, Achille Van Acker, fait figure d’homme fort : c’est lui qui dirigera le gouvernement. Comme P.-H. Spaak tient au portefeuille de affaires étrangères et que Achille Delattre, âgé de soixante ans, n’a plus l’ambition de présider, Max Buset, socialiste wallon, qui connait bien l’appareil et qui a suivi les affaires à Londres, paraît tout désigné. Ce choix, qui semble logique à posteriori, est bien le fruit d’un accord au sommet, sans nette légitimation au sein du parti.

Dans des années suivantes, les ministres dirigent la manœuvre mais, peu à peu, Max Buset impose le poids de la présidence. Le parti a deux adversaires : la droite catholique qui a rallié l’extrême-droite rexiste et nationaliste flamande et qui utilise le roi comme figure emblématique de ce rassemblement, et le Parti communiste, auréolé de sa participation active à la résistance, qui connaîtra un net succès aux élections de 1946, en pourcentage et en nombre de sièges. Les choix stratégiques ne sont donc pas nombreux. Il s’agit d’affirmer une grande fermeté face à la droite « léopoldiste » pour empêcher le PC de taxer les socialistes de faiblesse à l’égard des anciens collaborateurs. Il s’agit aussi d’associer le PC au gouvernement pour qu’il endosse la coresponsabilité de la politique économique et sociale et ne puisse trouver, de ce côté, des moyens de pression.

Max Buset, dont l’anticommunisme est clair et net, se fait le défenseur de cette stratégie : gouvernement à gauche pour marquer la position anti-collaboration mais aussi gouvernement anticlérical, pour y associer les libéraux qui, bien qu’affaiblis, demeurent nécessaires à la stabilité politique du gouvernement Van Acker-Spaak. Les socialistes wallons, en gros, soutiennent cette politique. Le gouvernement Van Acker du 2 août 1945 (PSB-Parti libéral-PC-Union démocratique belge (UDB, démocratie chrétienne travailliste et déconfessionnalisée)), met en place la sécurité sociale, prépare les élections, retardées pour permettre aux partis de se réorganiser et d’atténuer le prestige considérable du PC dans l’immédiat après-guerre. L’intervention de l’archevêque de Malines en faveur du PSC et contre l’UDB, l’échec cuisant de ce dernier, justifient, s’il le fallait encore, l’attitude anti-catholique de Buset qui défend le principe d’une tripartite laïque. Après plusieurs semaines de négociations, le troisième gouvernement Van Acker est constitué. Mais le poids politique des libéraux, disproportionné par rapport à leur représentation parlementaire, rend difficile la politique économique rendue pourtant urgente par la situation de l’après-guerre. Tiraillé entre libéraux et communistes, ce gouvernement est un échec. Dès ce moment, Max Buset fait de l’opposition au retour du roi, un des éléments clés de son attitude.

Le 28 juillet 1946, le Conseil général du PSB voit un dur affrontement sur la conception du futur gouvernement. Max Buset soutient l’idée d’un gouvernement des gauches, contre Van Acker et Spaak qui veulent introduire le PSC dans la coalition. Buset est battu par 130 voix contre 82, mais le PC refuse l’union nationale. De leur côté, Van Acker et Spaak refusent de renouveler l’expérience passée. C’est le gouvernement de la Mouette dirigé par Camille Huysmans. Max Buset intervient alors en proposant un programme économique et social ambitieux, étudié lors du bureau du PSB le 10 septembre 1946. Le président du parti travaille en étroite collaboration avec le Premier ministre, à l’intérieur du parti. Les critiques de Van Acker et de Spaak fusent, très vives, à l’égard de Buset. Mais les fédérations suivent le président. Le gouvernement tombera à la mi-mars 1947 sur la démission des ministres communistes qui refusent l’augmentation du prix du charbon. Le PC prend la responsabilité de son retrait devant la guerre froide qui se précise, la crise grecque, bientôt le plan Marshall.

Le PSB décide la tripartite avec libéraux et catholiques et, en cas de refus libéral, la coalition rouge-romaine. Les fédérations wallonnes ne sont pas heureuses de la décision. Max Buset propose de démissionner : « Mais si vous croyez que je suis assez honnête pour appliquer la décision qui sera prise, je resterai... » (6-17 mars 1947). Louis De Brouckère* démissionne du bureau, le PSB est profondément divisé. Spaak prend la direction du nouveau gouvernement PSB-PSC. Il vient d’expliquer que le PSC ne mettrait plus le retour du roi à l’avant-plan de ses exigences. La confrontation entre ministres et président est permanente. « Il faut que les ministres socialistes se souviennent qu’ils sont socialistes et qu’ils assistent régulièrement aux réunions du bureau. S’ils ne viennent pas au bureau, nous mettrons fin à leur carrière ministérielle », déclare Buset au Conseil général du 29 septembre 1947. Cette tension est confirmée par Pierre Vermeylen*, ministre de l’Intérieur (Mémoires, p. 94) mais délibérément ignorée par P.-H. Spaak* qui ne cite pas une seule fois Buset dans les Combats inachevés, centrés, il est vrai, sur les problèmes de politique étrangère. Sur la question de subsides à l’enseignement, où les deux partenaires divergent, le parti adopte une attitude dure qui provoque la démission de Spaak en mai 1948.

Max Buset insiste alors pour le maintien du gouvernement dirigé par Spaak et l’adoption d’un compromis avec le PSC. Le président du PSB, comme cela a été le cas à plusieurs reprises, est soumis alors à de très vives critiques de la presse. La Libre Belgique, en particulier, qui le qualifie d’« extrémiste ». Le parti réaffirme son unité autour de son président qui sort renforcé de l’épreuve même si les relations parti-ministres ne sont pas modifiées.

La crise de novembre 1948 voit le président intervenir plus fortement encore dans les négociations et dans le choix des ministres. Il considère en effet que le poids flamand est trop important. La situation économique et sociale, l’importance du chômage plaident pour le maintien de l’équipe gouvernementale mais son rôle consistera, dans une large mesure, à préparer les élections anticipées. En juin 1949, les femmes votent pour la première fois. Il y a dix sièges nouveaux à pourvoir tous en Flandre. C’est une lourde défaite socialiste, un net recul de la gauche. Le PSB perd trois sièges, le PC onze sièges. Le PSC est le grand vainqueur avec le Parti libéral aussi qui, promettant la réduction massive des impôts, rétablit sa situation dans l’équilibre politique général. C’est un échec majeur pour Max Buset qui a personnellement dirigé la campagne, a pesé sur le choix des candidats. Le PSC ayant fait campagne pour le retour du roi, M.B. qui participe aux négociations, considère qu’un accord sur cette question est un préalable et admet la possibilité d’un retour du PSB à l’opposition. Le bilan gouvernemental socialiste depuis 1944 est, selon lui, positif : « sauvetage du franc, de l’économie belge, répression de l’incivisme, non retour du roi, sécurité sociale ».

Dès ce moment, Max Buset préconise, pour réorganiser, renforcer le parti, un rapprochement avec les organisations sociales, coopératives, mutuelles et syndicats. Le Comité national d’action commune est mis en place le 7 juillet 1949. Il fait connaître son programme, la Déclaration commune des organisations ouvrières, quelques jours plus tard. Le Bureau de l’Action commune se réunit chaque semaine. Buset a gardé, de ses activités londoniennes, de bons contacts avec le syndicat, principalement avec Louis Major. Il soutient, à plusieurs reprises, la position des syndicats devant les ministres socialistes, tout en soulignant le travail considérable réalisé par les dirigeants socialistes de la FGTB qui ont réussi à marginaliser les communistes.

Les relations de Max Buset avec Arthur Jauniaux*, le patron des mutualités socialistes, sont également anciennes et excellentes. Jauniaux tente, à plusieurs reprises, d’obtenir l’appui de Buset auprès des ministres socialistes. Un an plus tard, Buset estime les résultats de L’Action commune positifs.

Effectivement, les élections du 19 juin 1950 voient le PC s’effondrer définitivement, le PSB gagner près de 5% des voix et obtenir onze sièges supplémentaires. Mais le PSC conquiert la majorité absolue. Le rôle de l’Action commune est dominant dans la Question royale. Depuis 1940, Max Buset s’est prononcé pour le retrait de Léopold III. Il ne variera pas après la guerre pour des raisons liées au choix politique du souverain en mai 1940 mais aussi à la situation politique d’après-guerre, Léopold III apparaissant comme le chef de file de la droite conservatrice, voire de l’extrême-droite, qui utilise la Question royale pour revenir au pouvoir. En juin 1947, Max Buset demande au Bureau du PSB que la presse socialiste soit plus active dans la critique du roi. Il s’oppose à la création d’une commission parlementaire et encore plus à l’idée que des délégués du roi pourraient y siéger. Ses injonctions au Premier ministre dans ce dossier sont insistantes. Il s’oppose également à la consultation populaire qu’il n’accepte sous conditions, notamment un quorum de 66%, que dans la perspective, peu envisageable, d’un accord global des partis, au cours des négociations gouvernementales. Un comité anti-léopoldiste est constitué au sein de l’Action commune, appui est demandé au Front de l’indépendance, aux prisonniers politiques.

Les résultats du « Référendum », favorables au retour du roi, ne modifient pas l’attitude du PSB qui, au contraire, y voit les dangers du déchirement du pays alors que « deux régions sur trois » n’ont pas donné la majorité au souverain et estiment « qu’il doit s’effacer ». « Léopold III ne peut plus être le roi des Belges, il ne l’est plus », indique le Bureau du parti du 24 juin 1950.

Max Buset se prononce en faveur d’une pression massive, lors de la réunion du 24 juillet 1950, de l’Action commune. Il est favorable à l’idée d’une grève générale contre l’avis de la direction de la FGTB qui craint de mettre en danger l’unité nationale de la grande centrale. Les grèves, les manifestations de Wallonie, dans les grands centres de Flandre, répondent à ce vœu et font plier le gouvernement puis le roi. Buset déploie une énergie considérable durant ces journées de tension extrême, répétant sans hésiter la position nette qui est la sienne depuis dix ans.

Lors de l’abdication de Léopold III, Max Buset rappelle « sans renoncer à la tradition républicaine qui est aux origines mêmes de notre parti, nous constatons que l’institution monarchique et la dynastie répondent aux vœux de la majorité des Belges ». Il reste à combattre la majorité sociale-chrétienne. Le PSB, s’appuyant sur un mouvement social actif, mène une opposition déterminée. Le parti soutient le programme de la FGTB en matière sociale. Max Buset intervient ainsi contre les mesures de dévaluation en 1949, les sanctions contre les grévistes des services publics en 1950, la prolongation du service militaire à vingt-quatre mois lors des tensions internationales notamment la guerre de Corée, mais surtout il réclame, après le règlement de la Question royale, la dissolution des Chambres, élues sur ce problème en 1950-1951,1952.

Cependant, cette opposition, impuissante par définition, manque de vigueur et Max Buset tente de relancer, de diverses manières, le dynamisme de ses troupes. Les élections communales de 1952 fournissent l’occasion de remotiver l’agitation politique sur le thème « le PSC est l’ennemi public n°1 » ; vie chère, cléricalisation du pays, vingt-quatre mois de service militaire, chômage, incivisme sont autant de thèmes de propagande. Ces élections se soldent par un net recul du PSC, une forte progression du PSB qui devient, dans les communes de plus de 10.000 habitants, le premier parti du pays. Buset argumente que la majorité est désavouée par le pays et réclame à nouveau la dissolution. Mais le gouvernement poursuit sa politique de subsides à l’enseignement libre qui provoque une indignation croissante dans les milieux socialistes, de réorganisation de l’assurance maladie qui suscite la réaction du parti aux côtés des mutualités.

La campagne électorale de 1954 est lancée très tôt, elle veut « libérer le pays d’un gouvernement stérile incapable et néfaste » (21 décembre 1953). Les thèmes portent sur les dix-huit mois de service militaire, la réduction des dépenses militaires, la consolidation de la sécurité sociale, l’augmentation des pensions, la lutte contre le chômage. Le programme socialiste est défini par les quatre branches de l’Action commune qui apparaît bien comme le mode particulier d’intervention du PSB dans l’opposition. Max Buset est très attentif sur tous les problèmes de propagande que, depuis 1933, il considère comme essentiels. Le scrutin est un succès, notamment en Flandre où le développement industriel entraîne des mutations sociales politiquement masquées par la Question royale pendant dix ans. Le PSB réalise son deuxième score historique, après 1925, avec 37,34% des voix.

Sous la présidence de Max Buset, le PSB gagne donc six points et dix-sept sièges. Comme l’hypothèque communiste est résorbée, le Parti libéral, trois fois moins important, se présente comme le seul partenaire gouvernemental possible après la terrible lutte de 1949-1950. Appelé par le roi comme formateur, Buset décline l’invitation, préférant conserver la présidence. Réserve et modestie de sa part, méconnaissance du néerlandais, tactique politique offrent diverses explications de ce refus. Ce sont les premières qui sont exaltées dans les milieux socialistes.

Max Buset met en avant pour l’action du nouveau gouvernement Van Acker, socialiste-libéral, la résorption du chômage, l’assurance maladie-invalidité, et bien sûr ce qui reste la marque de cette coalition, la politique scolaire dont Léo Collard*, ministre de l’Instruction publique, a la charge. Buset défend les mutualités socialistes en expliquant que leurs difficultés particulières viennent de leur recrutement plus ouvrier - plus d’ouvriers mineurs, plus âgés - que celui des mutualités chrétiennes. Il insiste également sur les problèmes charbonniers, en particulier à la suite de la catastrophe de Marcinelle de 1956, provoque la création d’une commission parti-syndicat à ce propos afin d’évaluer la politique du ministre libéral, J. Rey, dans ce domaine.

Max Buset s’oppose vivement aux idées de nationalisation qui réapparaissent à la FGTB de Liège, refusant cette mesure partielle si elle n’est pas accompagnée de celle des secteurs de base : sidérurgie, électricité, c’est-à-dire une perspective absolument inopportune. Surtout, il soutient fermement l’action du gouvernement en matière scolaire, le renforcement de l’enseignement officiel et les mesures, en retrait sur celles des gouvernements catholiques, à l’égard de l’enseignement libre, qui vont provoquer la mobilisation du monde catholique et l’échec électoral de la majorité en 1958. Lorsque le Comité de défense des libertés démocratiques, catholique, prépare en 1955 un vaste rassemblement à Bruxelles, il défend l’idée d’une contre-manifestation. Il est à nouveau la cible d’attaques très vives de la presse catholique qui le traite de « sectaire rabique ». En tout, Buset défend fondamentalement la politique gouvernementale. Les relations avec les hommes forts du gouvernement, A. Van Acker et P.-H. Spaak, se sont apaisées. Il prend la défense de Van Acker contre les critiques syndicales et le soutient face aux mouvements sociaux qui se manifestent.

L’Action commune ne joue plus le même rôle qu’en période d’opposition. Un hommage national est rendu à Achille Van Acker pour ses soixante ans, un hommage public est rendu à P.-H. Spaak qui est appelé au secrétariat général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). C’est, avec Victor Larock, directeur du Peuple depuis la guerre et ministre en 1954, qui remplace Spaak aux Affaires étrangères, le carré d’hommes forts du PSB. Durant la crise scolaire, la direction du PSB et le gouvernement travaillent ensemble sans aucune réticence, ce qui laisse la place à une critique plus active des organisations de base à l’égard de la politique économique et sociale, menée par les ministres libéraux. L’accord avec le Parti libéral est néanmoins réaffirmé et les cartels dans les provinces de Limbourg et de Luxembourg maintenus. Seule la révision éventuelle de la législation sur l’alcool (loi Vandervelde) divise les deux partenaires. Max Buset considère comme léger (Henri Rolin) celui qui envisage la rupture sur ce point pour maintenir la loi.

L’échec électoral de juin 1958 met fin à ces supputations. Max Buset repousse, suivi par le parti, les propositions faites par le formateur, Gaston Eyskens, laissant la voie ouverte à une coalition catholique-libérale. Les élections communales d’octobre permettent au PSB de progresser par rapport aux législatives. Le Bureau du PSB accepte l’invitation du Premier ministre à constituer une commission nationale ayant pour objectif de régler la question scolaire, à condition que tous les présidents de parti y siègent et qu’il ne s’agisse pas d’une voie de traverse pour la formation d’un gouvernement tripartite.
Max Buset fait partie de la délégation socialiste, avec Joseph Bracops, Léo Collard et Antoon Spinoy*. Il défend fermement le Pacte scolaire devant le Congrès de novembre 1958. L’enseignement officiel obtient des contreparties intéressantes, le PSC ne pourra plus utiliser la question scolaire comme levier politique.

L’évolution, entamée par le POB dans ce domaine en 1919, trouve son aboutissement quarante ans plus tard. Critiqué par le Congrès, sur le bilan du gouvernement Van Acker et la défaite aux élections, Max Buset, déçu par la conclusion du Pacte scolaire, selon ses partenaires catholiques Gaston Eyskens et Pierre Harmel, est arrivé au bout du rouleau. Sa réélection par acclamation est contestée par la fédération liégeoise. Il est prêt à retirer sa candidature ; devant les protestations unanimes des membres du bureau qui lui réaffirment leur confiance, il n’en fait rien.

Sur le plan international, en mars 1945, Max Buset est désigné par le Bureau du PSB comme membre de la Commission permanente de l’Internationale socialiste. Il participe à la Conférence de juin 1947 à Zürich où il réaffirme la position belge sur la nécessité de reconstituer une internationale active. Il fait partie de la commission formée pour proposer les moyens d’une nouvelle organisation et prépare les textes qui doivent servir de base à la discussion de la commission à Bruxelles en octobre 1947 et au Congrès international d’Anvers de novembre-décembre 1947. Devant l’impossibilité, due notamment à l’opposition anglaise, de reconstruire une véritable Internationale, Buset se désintéresse des conférences ultérieures. Il décline, en 1957, l’éventualité de présider l’Internationale, à la suite de la mort de M. Philipps, si son siège n’est pas déplacé à Bruxelles et puisse ainsi échapper à l’influence britannique.

Comme président du PSB, Max Buset prend part aux congrès des partis socialistes européens, français, italien, espagnol par exemple. Désireux dans l’immédiat après-guerre de prendre en compte la montée de l’influence communiste, il refuse, dès 1947, toute transaction et considère que la difficulté de reconstituer l’Internationale provient également de l’influence de Moscou sur certains partis ou individus. Aussi n’est-il pas étonnant qu’il accepte l’idée de visites réciproques avec la Ligue des communistes de Yougoslavie en 1952. Il se rend dans ce pays en 1952 et en 1956. Invité à se rendre en URSS en 1956, il exprime ses réticences devant l’utilisation politique que les autorités soviétiques font de ce type de visite. S’engage alors une correspondance entre la direction du Parti communiste de l’Union soviétique et celle du PSB (1956-1958). Pour Buset, « Du point de vue du socialisme et de la démocratie, il n’y a rien de plus pernicieux dans le monde... que la politique des blocs et des sphères d’influence. »

La fermeté de Max Buset à l’égard du monde communiste n’a d’égale que sa méfiance à l’égard des États-Unis. P.-H. Spaak lui demande, à plusieurs reprises, de gommer dans ses textes les aspects critiques à l’égard des États-Unis, ce qui ne l’empêche pas d’être en accord fondamental avec la politique menée par ce dernier : Plan Schuman, CECA. Il siège à l’assemblée de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) de décembre 1952 à mai 1954, au Comité d’action pour les États-Unis d’Europe de Jean Monnet en 1955 où il représente le PSB. Il en démissionne en janvier 1958 pour protester contre la proposition Monnet de centraliser les institutions européennes à Paris. Il participe à l’Euratom et au Marché commun qu’il défend vigoureusement dans Le Peuple. Il y voit d’ailleurs une limitation de l’initiative de l’économie privée réactivant ainsi les idées planistes de 1934-1935.

Max Buset apparaît ainsi, en accord avec son parti bien sûr, comme partisan, par principe, de toute action allant vers une coopération internationale accrue, que ce soit l’Internationale socialiste ou la coopération européenne. En 1956, il prend une part active à la préparation du Congrès colonial du PSB et à l’élaboration d’une politique qui amènerait « sans heurts et par étapes successives, les hommes de ces territoires sous-développés et retardés, au niveau noble d’associés loyaux et fidèles d’une Belgique démocratique, prévoyante et généreuse ». (Le Peuple, 9 juin 1956).

Max Buset, qui n’est pas entouré de conseillers comme le sont aujourd’hui les présidents de parti, travaille avec une unique secrétaire de direction. Il rédige lui-même ses rapports, discours, articles. Il est un parlementaire actif. Selon M. Lebeau, il intervient quarante-six fois, entre 1945 et 1959, dans les débats concernant l’assurance maladie, les grèves, les chômeurs, les prix et salaires, la dévaluation, les charbonnages, le fédéralisme, les questions internationales, la question scolaire, la Question royale évidemment. Il participe aux travaux des commissions du Rééquipement national, du Commerce extérieur, de la Révision constitutionnelle, des Mutualités, des Pensions, de l’Énergie nucléaire. Président, il reste attentif à l’unité au sein du parti. Présentant des options plutôt fédéralistes dans son rapport de 1945, il défend ensuite une position plutôt unitaire. Il préside le Congrès des socialistes wallons de juillet 1947 à Mons et rappelle que le congrès ne pourra émettre que des vœux et que les sentiments de classe font que les socialistes wallons sont plus proches des socialistes flamands que de la bourgeoisie wallonne.

Lors du dépôt de la proposition de loi Van Belle-Merlot en 1958, tout en soulignant sa sensibilité wallonne, sa préoccupation pour son évolution économique et démographique, le refus de voir dans le cadre d’une politique économique régionale, les progrès d’une région se réaliser sur les ruines d’une autre, Max Buset refuse de la voter, pensant qu’une décentralisation organisée donnerait de meilleurs résultats que le fédéralisme. En 1953, le bureau désigne cinq groupes de travail qui doivent faire rapport sur divers aspects des relations Wallons-Flamands au Conseil général puis au Congrès de 1953. Les positions de Buset « entre les fédéralistes et les modérés » satisfont plus les fédérations flamandes que les wallonnes. Le président insiste alors sur la nécessité de renverser la majorité PSC plutôt que sur l’élaboration de modifications institutionnelles. L’évolution de Buset dans cette matière souligne bien la prééminence de la tactique politique sur les stratégies à plus long terme, décelable chez lui depuis la guerre.

Max Buset traite de la même manière les problèmes plus personnels, soutient Achille Van Acker, Premier ministre, face aux critiques, mais précise avec fermeté les limites à ne pas franchir à Henri Rolin* en matière de politique extérieure. S’il soutient encore la candidature de Isabelle Blume comme déléguée au Congrès international d’Anvers en 1947 - « on ne comprendrait pas son absence » -, il ne conteste pas son exclusion, ne fût-ce qu’en fonction des combats communs de 1936 à 1944, en 1950-1951.

Personnalité discrète, sévère, rude voire brutale dans l’affirmation de ses idées et de ses positions, faisant preuve d’autorité, Max Buset est considéré par les socialistes comme un grand président, un négociateur redoutable et redouté qui a fait l’objet dans la presse conservatrice d’attaques vives et répétées lors de la question royale, de la question scolaire. Jos Van Eynde*, devenu vice-président, écrit : « c’est Buset qui a donné à la fonction de président d’un parti politique, une autorité qui ne fut jamais contestée chez ses amis socialistes. Ceux-ci reconnaissaient en lui le gardien fidèle et intransigeant de la doctrine et des statuts de leur parti. Ils l’estimaient pour sa franchise et sa loyauté. D’un abord direct et plutôt rude, maniant l’ironie avec une puissance redoutable. » Pour La Libre Belgique du 30 juin 1959, « Maître du parti, il exercera cette autorité entouré de cette synarchie collectiviste qu’est le bureau du PSB... Reconnaissons-le : sous sa dictature, le PSB a gagné du terrain. »

Homme modeste, Max Buset n’a pas quitté Haine-Saint-Paul. Il est resté président de la Fédération de Thuin, familier de quelques personnes seulement, notamment Yvonne Prince* devenue secrétaire de la fédération de Thuin en 1949. En période d’opposition, il prend régulièrement la parole dans les assemblées du parti (81 réponses favorables de 1949-1954), beaucoup moins de 1954 à 1958 (7 réponses positives sur 31 demandes), mais participe activement aux campagnes électorales, en Wallonie surtout, peu en Flandre où il ne peut s’exprimer qu’en français. Il écrit régulièrement dans la presse socialiste tant francophone que flamande.

Max Buset, animateur de la CEO, adjoint de De Man dans la campagne pour le Plan, évolue en 1936-1937, comme après la guerre, en un opposant à la direction du parti en matière de politique étrangère. Il devient, en raison de sa connaissance de l’appareil du parti, de son rôle dans la définition de l’organisation et du fonctionnement du parti, ainsi que dans la proposition d’axes politiques prioritaires, un président reconnu qui accepte progressivement les lois de la politique belge tout en essayant de maintenir quelques exigences de base à propos de la Question royale, de la Guerre scolaire. Il garde également de la période planiste la préoccupation de l’organisation de l’économie qui ne dépendrait plus seulement de l’entreprise privée.

Max Buset est certainement la première figure de président de parti telle qu’elle s’est généralisée dans le pays depuis lors. Du point de vue du mouvement ouvrier socialiste, après les réformes fondamentales de 1945, il est celui qui a construit les moyens d’un rapprochement et d’une collaboration entre les quatre branches de l’Action commune. Il est nommé ministre d’État le 21 juillet 1948. En 1933, il est membre du Conseil supérieur de l’éducation populaire et, en 1934, du Conseil supérieur de l’éducation physique et des sports. Officier commandeur de l’ordre de Léopold puis grand officier de l’ordre de Léopold, il est titulaire de la Médaille civique de première classe.

Père d’un fils, Maxime (1924-1983), médecin, Max Buset meurt d’un infarctus du myocarde le 28 juin 1959 après une maladie de plusieurs mois.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139494, notice BUSET Max. par Jean Puissant, version mise en ligne le 7 mars 2012, dernière modification le 24 juillet 2020.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : Histoire du mouvement ouvrier, en collaboration avec Louis De Brouckère, cours de l’École ouvrière supérieure, Bruxelles, 1924, 85 p. − L’éducation ouvrière en Belgique, en collaboration avec Léon Delsinne, Bruxelles, s.d., 40 p. − Éléments du socialisme, cours de l’École ouvrière supérieure, Bruxelles, CEO, 1925, 42 p. − La réorganisation de la direction du parti, Bruxelles, s.d., 28 p. − L’action pour le plan, Bruxelles, 1933, 2ème édition, 1934, 80 p. − Le POB et l’affaire Van Zeeland - Banque nationale, en collaboration avec G. Koulischer, Bruxelles, 1937, 55 p. − La dévaluation du franc, discours à la Chambre, Bruxelles, 1949, 18 p. − Le problème royal devant les Chambres, Bruxelles, 1950, 32 p.
Collaboration à : Éducation-récréation, Vie ouvrière (directeur) et Opgang, Les Cahiers du bibliothécaire (CEO), L’éclaireur socialiste (POB Thuin), Plan (rédacteur en chef), mars 1934 à décembre 1936, La vie socialiste (rédacteur en chef), supplément au Peuple qui remplace Plan, janvier 1937-début 1938, La Revue socialiste (directeur), 1939 -1940, Le Peuple, Vooruit, Volksgazet.

SOURCES : Papiers Max Buset, Institut Émile Vandervelde − LEBEAU M., M. Buset. Un président et son parti (1945-1959), Mémoire de licence en sciences politiques ULB, Bruxelles, 1985-1986 − Notices réalisées par E. Manneback et C. Heysmans, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 1981, 1984 − ABS R., « Max Buset », dans Biographie nationale, vol. 39, col. 176-180 − BRELAZ M., H. De Man. Une autre idée du socialisme, Genève, 1985 − GOTOVITCH J., C. Huysmans et la Deuxième Guerre mondiale. Londres 1940, Anvers, 1971 − GOTOVITCH J., « Ruptures et continuités : personnel dirigeant et choix stratégiques socialistes de la clandestinité à la libération », Socialisme, J.A, 1984, p. 305-320 − CLAEYS-VAN HAEGENDOREN M., 25 jaar Belgisch socialisme. Evolutie van de verhouding van de Belgische Werkliedenpartij tot de parlementaire democratie in België van 1914 tot 1940, Antwerpen, 1967.

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