LEROY Maxime [Vosges]

Par Jean-François Lassagne

Né le 13 décembre 1939 à Thaon-les-Vosges (Vosges) ; militant de la CGT à Boussac ; secrétaire général de l’Union départementale des Vosges de 1985 à 2000 ; membre de la commission exécutive de la Fédération nationale du Textile de 1978 à 1985, et du Comité économique et social de Lorraine ; militant communiste, membre du comité fédéral des Vosges ; premier adjoint au maire de Portieux ; candidat suppléant aux législatives de 1978.

Maxime Leroy
Maxime Leroy

Son père Maxime était né à Domèvre-sur-Durbion en 1910, et mourut en 1975. Orphelin avec sa sœur à la mort de leur père lors de la Première guerre mondiale, Maxime Leroy (père) fut engagé volontaire à dix huit ans, et épousa en 1937 Marguerite Gillot à Domèvre-sur-Durbion (Vosges) où elle était née en 1899. D’une famille de neuf enfants, celle-ci perdit cinq de ses frères tués au combat, tout comme son premier mari. Elle se remaria avec Maxime Leroy ,(père) et ils vécurent à Domèvre où elle tenait un café. Ils eurent un enfant qu’ils nommèrent également Maxime. Elle décéda en 1978. De retour des camps en 1945, Maxime Leroy (père) quitta l’armée et fut embauché à la Blanchisserie-Teinturerie de Thaon (la BTT), un établissement du groupe Gillet-Thaon créé en 1935 par la famille Gillet d’origine lyonnaise.

Maxime Leroy (fils) naquit le 13 décembre 1939 à Thaon-les-Vosges, à la maternité de l’entreprise BTT, et il échappa à la mort en 1940 lorsqu’une bombe lâchée d’un avion traversa le toit de la maison familiale et tomba à proximité du berceau sans exploser. Il fréquenta ensuite l’école primaire de Domèvre-sur-Durbion, puis il obtint le bac technique au lycée de Thaon-les-Vosges. À l’âge de dix-huit ans il épousa Renée Hingray, laquelle était née le 7 mai 1934 à Saulxures-sur-Moselotte, dans les Hautes Vosges. Embauchée dès l’âge de quinze ans d’abord à la production puis au service de la paye, Renée Hingray termina comptable à la verrerie de Portieux, où le couple s’était installé en 1959. Militante de la CGT puis adhérente communiste, elle occupa plusieurs mandats. En février 1960 le couple eut des jumeaux. Maxime Leroy travailla à la BTT jusqu’à son départ au service militaire qu’il effectua à Épinal de janvier 1960 à janvier 1963. À son retour il reprit le chemin de la BTT, mais en 1965 il fut embauché chez Boussac à Vincey (Vosges), une entreprise de cinq cents salariés, où il débuta à la filature. Il y occupait le poste de responsable des expéditions, car bien que desservie par la voie ferrée Nancy-Epinal, l’usine possédait également un parc à camions. À cette époque la CGT était encore faible dans le département et peu présente dans le textile, notamment à Vincey où l’autoritarisme de la direction y faisait obstacle. Chez Boussac, la question des bas salaires se posait, en dépit d’une forte protection sociale par le salaire différé : crèche, magasins, logement gratuit, colonie de vacances, mutuelle, mais dans un contexte de forte augmentation de la productivité ; en effet celle-ci doubla en cinq ans à la filature, entraînant une baisse des effectifs et le recours au chômage partiel. Avec la grève de mai 1968, et l’arrêt de l’usine, la CGT fut créée et, animée par Maxime Leroy elle compta alors cent dix syndiqués. Active, la direction ne tarda pas à favoriser l’implantation de FO et de la CFDT. Puis il fallut passer à l’application des droits obtenus, et face à l’inertie de la direction s’adresser à la Direction Générale, ce qui prit du temps. Peu à peu les choses rentrèrent dans l’ordre, la CGT se développa, et Maxime Leroy fut élu délégué du personnel puis membre du Comité d’Entreprise. À l’issue du mouvement de mai 1968, la direction qui visait à l’humilier, le muta à un poste de nettoyage des pièces de machines. Cependant il ne céda pas et fit procéder à des améliorations de ce poste, puis il devint régleur sur les machines anglaises ; il finit par obtenir une formation adaptée et réclama dès lors un meilleur salaire.

Lorsque survint en 1977 la nouvelle de la fermeture des entreprises Boussac, onze d’entre elles étaient concernées, employant plus de dix mille travailleurs dans les Vosges, et rapidement la grève s’étendit à l’ensemble. Blocage des voies d’accès, routes et chemin de fer, barrages : la réaction fut unanime durant trois semaines, et un plan Vosges mis en place par les pouvoirs publics. Finalement les frères Willot (surnommés les frères Dalton) rachetèrent l’empire Boussac qui avait déjà procédé à 1 100 licenciements, et reprirent huit des onze entreprises vosgiennes du groupe, supprimant à leur tour encore 2 500 emplois, préretraites et reclassements limitant les effets des fermetures. L’usine de Vincey fermée, Maxime Leroy devint permanent chargé du textile-habillement à l’Union Départementale CGT des Vosges, en charge du suivi des conflits tels ceux de Montefibre, des usines ex-Boussac non encore fermées. À Ancel-Seitz à Granges-sur-Vologne, au terme d’une année d’occupation, l’usine redémarra avec tout le personnel, grâce en partie aux commandes d’Esterel, la branche prêt-à-porter de Jean-Baptiste Doumenc, le milliardaire rouge. Puis ce fut la fermeture de la cristallerie de Portieux en 1981, comme celles de Fains-les-Sources (Meuse) et Vallerysthal (Moselle) entre autres, par la Compagnie Bancaire du Cristal, avec les licenciements de son épouse et de son fils. La verrerie fut alors occupée durant dix ans jusqu’en 1991 sous diverses formes, avant l’arrêt progressif de la production. Durant cette période intense Maxime Leroy eut à faire face à de multiples pressions, menaces physiques, écoutes téléphoniques, et une réunion se tint en préfecture des Vosges où fut abordée la question d’un « dégraissage préalable CGT ».

Elu secrétaire général de l’UD des Vosges en 1985, il poursuivit son mandat jusqu’en 2000. Il entra au Conseil Économique et Social de Lorraine. En 2004 il prit ses distances avec la direction de l’UD à la suite d’un différent.

Après son adhésion au PCF en 1966, et soucieux de développer une culture politique, il constitua une cellule communiste chez Boussac dans le prolongement de mai 68 qui n’avait pas trouvé le déboucher politique souhaité. Il avait la confiance des travailleurs qui le consultaient fréquemment, et prenait régulièrement la parole dans les réunions externes. Il fut élu conseiller municipal de la Verrerie de Portieux, en 1971 avec deux autres communistes. Ce fut d’ailleurs lors d’une séance du Conseil municipal en 1977 qu’il apprit la fermeture de son entreprise Boussac à Vincey, lorsque le percepteur fit état de la perte future de la taxe professionnelle consécutive à la fermeture de l’usine, laquelle se trouvait sur le territoire de Portieux. Le conseil municipal de Portieux était composé des conseillers élus sur deux listes distinctes, l’une à la Verrerie et l’autre au village, et une fois le maire élu, le premier adjoint provenait de la majorité de l’autre partie. Lorsqu’en 1983 la liste de gauche fut majoritaire à la Verrerie, Maxime Leroy devint premier adjoint, mais les verriers durent pour cela faire monter la pression. Il conserva son mandat et fut régulièrement réélu y compris en 2008. Membre du Comité fédéral des Vosges de 1978 au début des années 1990, il fut également candidat suppléant aux élections législatives de 1978 à Épinal.
Il occupa la présidence du club de football durant 18 ans de 1982 à 2000, et celle du Club des Myosotis rattaché à l’Union Nationale des Retraités et Personnes Agées (UNRPA).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139511, notice LEROY Maxime [Vosges] par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 31 janvier 2012, dernière modification le 15 janvier 2022.

Par Jean-François Lassagne

Maxime Leroy
Maxime Leroy

SOURCES : Entretiens avec Maxime Leroy les 17 février 2111, et 23 janvier 2012 ; archives de Maxime Leroy et de la CGT.

ICONOGRAPHIE : photographies de la collection de Maxime et Renée Leroy.

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