MARZIO Jean-Marie

Par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule

Né le 10 décembre 1916 aux Sables-d’Olonne (Vendée), mort le 25 décembre 2009 à Fréjus (Var) ; prêtre-ouvrier de la Mission de Paris, ajusteur ; militant de l’Union des syndicats des travailleurs de la métallurgie CGT, du Mouvement de la paix, du Parti communiste, de Tourisme et Travail.

Fils de Gaston Marzio, un Parisien, employé de commerce puis négociant en vins, qui avait des sympathies pour le Sillon, et de Lucie Charpentier, Jean-Marie Marzio était l’avant-dernier enfant d’une fratrie de six. Élève du cours Sainte-Thérèse à Charenton (Seine, Val-de-Marne), de l’école Saint-Michel dans le XIIe arrondissement de Paris, puis interne du collège Albert-de-Mun à Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), il passa sa jeunesse à Saint-Maurice (Seine, Val-de-Marne). À l’âge de treize ans, manifestant son désir de devenir prêtre, il entra au petit séminaire du diocèse de Paris à Conflans (Seine-et-Oise), puis en 1935 au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) où, lisant le quotidien L’Aube démocrate chrétienne en cachette, il se révéla un élève « insupportable ».

Jean-Marie Marzio n’en fut pas moins ordonné prêtre le 29 juin 1941 par le cardinal Suhard, archevêque de Paris, et nommé vicaire d’une paroisse ouvrière à Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis), conformément à sa demande, mais la tâche qui lui revint ne lui parut guère exaltante. Fondateur d’une section jociste, il entra en rapport avec l’abbé Yvan Daniel, alors aumônier fédéral de Paris-Est, qui lui fit connaître l’abbé Henri Godin, aumônier de Paris-Nord. En octobre 1943, Jean-Marie Marzio se rallia d’emblée aux projets encore vagues de ces derniers qui, auteurs de La France pays de mission ? allaient précisément donner naissance à la Mission de Paris. Établi en septembre 1944 rue de Charenton, dans le le XIIe arrondissement, près des entrepôts de Bercy, il refusa la cure voisine du milieu des travailleurs des vins et spiritueux. Il commença à travailler l’année suivante comme polisseur à façon puis comme manœuvre aux entrepôts et enfin ajusteur à la suite d’un reclassement consécutif à un accident de travail, au centre de formation Bernard Jugault devenu Suzanne Masson, géré par la CGT. Comme bien d’autres de ses confrères de la Mission de Paris, il s’était rendu compte que seul le travail salarié permettrait à l’Église de s’ouvrir au monde ouvrier.

Le 7 mai 1949, la Mission de Paris organisait à Villecresnes (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) une première assemblée d’équipes de prêtres-ouvriers et Jean-Marie Marzio accepta de tenir le secrétariat de cette structure très informelle, chargée des liaisons puis des modestes rencontres entre les groupes établis dans la région parisienne et certains secteurs de province. Il allait, récusant le titre de secrétaire parisien, voire national, qu’on lui décernait parfois, assumer ce rôle qui lui avait été attribué en raison de son caractère réputé « modéré ». « J’étais, disait-il, un agent de liaison. »

Depuis 1948, il commençait à s’intéresser à la politique sous l’influence de l’abbé Jean Boulier, pionnier des Combattants de la Paix, rassemblés contre la guerre d’Indochine et la bombe atomique. Il participa en mars 1950 à la campagne pour l’appel de Stockholm. Ayant adhéré rapidement à la CGT, il fut élu délégué du personnel chez Chauveau, entreprise de 135 salariés où il était devenu « ouvrier parmi les ouvriers ». Il fut de ceux qui dénoncèrent l’attitude jugée complaisante de dirigeants de la CFTC lors des grandes grèves et cosigna un appel publié par L’Humanité du 3 avril 1953. Il avait aussi aidé à la création d’une section du Mouvement populaire des familles et soutenu la Fédération des locataires.

Secrétaire général par intérim du syndicat des métaux du XIIe autour de 1952, il dut quitter l’entreprise Chauveau en 1956, à cause de problèmes cardiaques. Au 1er mars 1954, il avait choisi de rester en usine malgré l’interdit de Rome. Au début de mars 1954, il fut l’un des six prêtres-ouvriers parisiens chargés de confectionner le livre qui parut en novembre aux Éditions de Minuit et dont Jean-Claude Poulain et Émile Poulat étaient les principaux rédacteurs. À partir de cette période sa vie bascula. Il adhéra au Parti communiste en 1955 pour une courte durée car, de tempérament « libertaire », il n’avait pas, avouait-il, « l’échine très souple », ce qui n’était pas bien vu ni à l’USTM ni surtout au PC. Après les événements de Budapest, il s’éloigna du parti. Le 30 juillet 1956, il épousa à Villemomble (Seine, Seine-Saint-Denis) Jeanne, Berthe Joulie, assistante sociale, qu’il avait connue dans les « bandes » de jeunes de Bercy et dont il allait avoir une fille. Son mariage marqua sa rupture définitive avec l’Église.

Grâce à l’intervention de son ami Jean-Claude Poulain, il fut embauché en 1956 à Tourisme et Travail, organisation de loisirs proche du Parti communiste, qui lui confia les activités de la région parisienne. Il la quitta en 1959, déçu de ne pas retrouver dans ce milieu l’ambiance de la solidarité ouvrière. Il fit ensuite diverses expériences professionnelles : journaliste dans des revues de tourisme et de sport, attaché à un cabinet d’architecte, gérant d’une station d’essence, magasinier aux Autoroutes de France jusqu’à la retraite obtenue d’office en 1975 pour raisons de santé. Attiré par l’athéisme après son départ de l’Église, il avait évolué vers des sentiments agnostiques. Ce qui comptait avant tout pour lui, c’était de « participer à la réalisation du bien commun ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139592, notice MARZIO Jean-Marie par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 7 février 2012, dernière modification le 21 février 2016.

Par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : « Itinéraire d’un prêtre », La nouvelle critique, juin-juillet 1970, p. 54-68. – « Obéir au pape ou à l’Évangile ? », La Mission de Paris, cinq prêtres-ouvriers insoumis témoignent, récits rassemblés par Nathalie Viet-Depaule, Karthala, 2002, p. 21-92.

SOURCES : ANMT, Roubaix, 1993002/001/003/004. – Archives historiques de l’archevêché de Paris, fonds Feltin. – Archives Ppo, P13, dossier 306-805. – Abbé Jean Boyer, « Avoir été prêtre-ouvrier », Encore Fatima, 732, 13 août 1992. – Émile Poulat, Naissance et fin des prêtres-ouvriers, Casterman, 1999. – Marta Margotti, Preti operai. La Mission de Paris dal 1943 al 1954, Turin, 2000. – Charles Suaud, Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers. Une double fidélité mise à l’épreuve 1944-1969, Karthala, 2004. – Entretiens et correspondance avec Nathalie Viet-Depaule (2000-2002).

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