MATHIEU Jean, Henri

Par Jacques Debesse

Né le 1er mars 1925 à Paris (XIIIe arr.), mort en décembre 2013 ; mécanicien motoriste d’avion, ajusteur outilleur, agent technique de contrôle ; militant jociste (1939-1944) ; résistant ; trésorier puis secrétaire de la section CFDT de Nord-Aviation de Châtillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine) de 1966 à 1973 ; secrétaire de l’Inter établissements CFDT de Nord-Aviation (1966-1970).

Jean Mathieu
Jean Mathieu

Fils de Jean, Léon Mathieu, cheminot à la compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans et du Midi, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, décoré de la croix de guerre, et d’Amélie Rebière, femme de ménage puis mère au foyer, Jean Mathieu fut le second d’une fratrie de six. Élevé par des parents catholiques pratiquants, marqué aussi par des grands parents paternels, agriculteurs du sud-ouest de la France, notoirement jauressistes, il fréquenta, à partir de 1932, le patronage animé par le père Jean Popot, de la paroisse Notre-Dame de la Gare à Paris (XIIIe arr.), fit sa communion solennelle en 1936, et devint cœur-vaillant. Influencé par sa sœur aînée, Rosette, et son ami Jean Berton, qui travaillait aux ateliers Massena de la SNCF (XIIIe arr.), jocistes, Jean Mathieu s’inscrivit à la section JOC de sa paroisse en septembre 1939 et en devint le trésorier. Il fut profondément marqué par la combativité du monde ouvrier, lors des grèves de 1936, qui affectèrent les nombreuses entreprises du XIIIe arrondissement parisien. Avec d’autres jeunes, il apportait du ravitaillement aux travailleurs qui occupaient les usines, notamment Panhard et Levassor avenue de Choisy, les Automobiles Delahaye, rue du Banquier, la raffinerie de sucre Say du boulevard de la Gare. Cette première action militante fut l’occasion d’un contact étroit, puis d’une amitié solide et durable avec son camarade d’école Bernard Jourd’hui, qui devint membre des Jeunesses communistes, puis député communiste de Paris (XIIIe arr.).

Après sa scolarité à l’école communale de la rue de Patay à Paris (XIIIe arr.), où il obtint le certificat d’études primaires en 1937, Jean Mathieu poursuivit ses études au cours complémentaire de la rue de Patay jusqu’à son embauche en juin 1939 dans une petite entreprise de plomberie, rue Aimé Morot à Paris (XIIIe arr.). Il quitta son travail en mai 1940, fuyant l’invasion allemande, pour rejoindre la maison familiale de sa grand-mère à Caylus (Tarn-et-Garonne). De retour à Paris en octobre 1940, il retrouva son activité de trésorier au sein de la fédération JOC Paris-sud, dont le secrétaire était Georges Montaron, bien que les autorités allemandes interdissent l’accès à ses locaux. Il entra au centre d’apprentissage de la rue Saint-Lambert à Paris (XVe arr.) en section mécanique ajustage jusqu’en 1943, puis fut embauché à la SEV à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine), en qualité d’ajusteur outilleur. Il participa, dans cette entreprise réquisitionnée par les Allemands, à de fréquents sabotages, introduisant de la limaille dans les moteurs des véhicules militaires.

Ses vacances d’été de 1942 et 1943, passées dans une ferme près de Callac (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), qui lui permirent de rapporter quelque ravitaillement à sa famille à Paris, furent l’occasion de contacts avec les réseaux de résistance locaux. Après le débarquement des Alliés en Normandie en 1944, avec plusieurs amis jocistes, dont Raymond Marmont, Guy Sabrier, Maurice Griffon, il rallia les Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), distribua des tracts contre l’occupant nazi, fit du collectage pour les Forces françaises de l’intérieur (FFI), au péril de sa vie. Dès la libération de Paris, Jean Mathieu s’engagea dans l’Aéronavale de la Marine nationale, embarqua à Toulon, sur le croiseur Montcalm pour Alger puis Arzew (Algérie). Détaché à la base aéronavale de Lartigue près d’Oran (Algérie), il suivit une formation qui lui permit d’acquérir le diplôme de mécanicien motoriste d’avion. N’étant pas d’accord sur la proposition qui lui avait été faite de partir sur le porte-avions Béarn à destination de l’Indochine, il fut affecté en 1945 à la base aéronavale des Mureaux (Seine-et-Oise, Yvelines) où il obtint le grade de quartier maître. Il quitta l’escadrille 31S des Mureaux en décembre 1945 pour la base d’Orly (Seine, Val-de-Marne), principalement occupée par l’armée américaine. Il fut démobilisé fin 1946.

Jean Mathieu fut embauché début 1947 chez Bréguet-aviation à Vélizy-Villacoublay (Seine-et-Oise, Yvelines) comme ajusteur outilleur et participa à l’aménagement de la cabine de pilotage du prototype du Bréguet Deux-Ponts. Il prit part aux grèves de fin 1947, marquées par un mois d’arrêt de travail pour obtenir des augmentations de salaires et améliorer les conditions de travail particulièrement pénibles, surtout la nuit, dans les hangars traversés de courants d’air glaciaux où quelques braseros étaient les seuls moyens de chauffage. En 1949, la tuberculose le contraignit à une cessation de travail jusqu’en 1951, avant de retrouver un poste dans l’entreprise au sein du bureau « fabrication lancement » comme agent technique de lancement. Il quitta Bréguet-aviation le 9 juillet 1955 pour la Société française d’études et de constructions de matériels aéronautiques spéciaux (SFECMAS) à Châtillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine). Il y fit toute sa carrière en qualité de technicien de contrôle dans l’entreprise devenue Société nationale de construction aéronautique du Nord (SNCAN) en 1955, Nord-Aviation en 1958, puis Société nationale industrielle aérospatiale (SNIAS) en 1970. Il partit en préretraite en mars 1983, dans le cadre d’un contrat de solidarité.

Dès son embauche à la SFECMAS, Jean Mathieu se syndiqua à la CFTC, milita au sein de la section nouvellement implantée dans l’établissement, dont le secrétaire était Jacques Jeanney, et en devint le trésorier en 1960. Il fut délégué CFTC puis CFDT aux assemblées générales de la Caisse de retraite interentreprises (CRI), à laquelle Nord-Aviation cotisait. Élu délégué CFTC puis CFDT au comité d’établissement de 1961 à 1965, il assuma la responsabilité des commissions sociale, entraides et fêtes. Il établit des statuts d’entraide qui furent repris par l’ensemble des comités d’établissement de Nord-Aviation. Chargé de représenter le CE au conseil d’administration de l’Association (ALATA), gestionnaire du sanatorium dévolu aux travailleurs de l’aéronautique près d’Andelot-en-Montagne (Jura), il profitait de ses déplacements pour rendre visite aux malades de l’établissement, entretenir une relation avec les familles, et s’assurait, auprès de la direction, de l’évolution de leur carrière. Militant de terrain, en liaison avec l’assistante sociale de l’établissement, il se rendait au chevet des salariés en arrêt maladie, à leur domicile ou à l’hôpital. Il appuya la proposition de Jacques Jeanney du versement par le CE d’une aide matérielle aux mineurs en grève en 1963. Il participa aux actions de la CFTC pour la paix en Algérie et soutint les salariés investis dans des dispositifs informels en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Aux élections des délégués de 1963, la CFTC devint la seconde organisation syndicale de l’établissement, en grande partie grâce à l’influence de Jean Mathieu et à ses actions de proximité auprès des salariés. Il fut partisan de la déconfessionnalisation de la CFTC et de son évolution vers la CFDT au congrès confédéral de 1964.

Jean Mathieu devint secrétaire de la section CFDT de l’établissement de Châtillon (1966-1973). Il fut élu délégué du personnel en 1966 et désigné délégué syndical en 1968 par le syndicat parisien des industries aéronautiques et spatiales (SPIAS-CFDT). Il anima l’action du syndicat dans l’établissement durant l’occupation de l’usine pendant plus d’un mois en mai et juin 1968. La répression revancharde de la direction, qui lui infligea en 1969 deux avertissements en l’espace d’un mois, n’empêcha pas Jean Mathieu de poursuivre la structuration et le développement de la CFDT, qui devint majoritaire aux élections du comité d’établissement en 1979. Entre-temps, il élargissait son action interne à l’établissement en devenant, dès 1966, secrétaire de l’Inter Nord-Aviation, structure de coordination de l’ensemble des établissements de l’entreprise en France, jusqu’à la fusion avec Sud-Aviation et la société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques (SEREB) en 1970, prélude à la création de la SNIAS. Il accepta la responsabilité de secrétaire adjoint de la jeune Inter CFDT de la SNIAS, chargé de la communication écrite et téléphonique, des échanges d’informations, écrits et tracts, et des contacts entre les seize établissements regroupant les soixante milles salariés de la nouvelle société géante. Il représenta l’Inter Nord-Aviation puis l’Inter SNIAS aux réunions de l’Union fédérale des industries aéronautiques (UFIA) de la FGM-CFDT, et à ce titre, participa aux côtés d’André Soulat*, secrétaire national de la FGM-CFDT, à des négociations avec l’Union patronale de la métallurgie (UIMM).

À son départ en préretraite en 1983, Jean Mathieu transféra son adhésion CFDT à l’Union des travailleurs retraités (UTR-CFDT) en région parisienne. Il adhéra à l’Association aéronautique « les vieilles racines » affiliée à la Fédération nationale André Maginot des anciens combattants et victimes de guerre (FNAM) qui lui remit, en 2004, une médaille et un diplôme libellé « pour services rendus à l’aéronautique ». Adhérent également à l’association « La société des volontaires » affiliée à la FNAM, il reçut en 1996 une médaille et un diplôme d’honneur en tant qu’engagé volontaire de la Seconde Guerre mondiale et, en 1998, le ministère des Armées lui délivra une médaille et un diplôme au titre de reconnaissance de la Nation (TRN). En 1996, il devenait membre de l’amicale des anciens de l’Aéronavale de l’Ile-de-France et en 1998, s’inscrivait à la délégation interdépartementale de Paris de la France mutualiste. En 1991, il avait obtenu la médaille d’or du travail. Par ailleurs, il s’était affilié en 1973 au Sporting club bellevillois (SCB) à Paris (XXe arr.), avec lequel il participa à de nombreuses épreuves de marche sportive, et de randonnées pédestres qui lui valurent plusieurs médailles et coupes.

Abonné à Témoignage chrétien depuis 1955, sur sollicitation du jésuite Jean Lacan, prêtre à Notre-Dame de la Gare à Paris (XIIIe arr.), Jean Mathieu était devenu, en 1960, membre de l’équipe de l’Action catholique ouvrière (ACO) de la paroisse. Il avait tenu à accompagner ses parents jusqu’à leur mort en habitant avec eux : son père, victime d’une attaque d’hémiplégie en 1958, resta paralysé jusqu’à son décès en 1969 et sa mère, atteinte d’une maladie cardiovasculaire, décéda en 1975.

Jean Mathieu s’était marié avec Josette Mathieu en 1951, à Bobigny (Seine, Seine-Saint-Denis). Sa femme quitta le domicile conjugal en 1953 et demanda le divorce, contre lequel, avec l’aide du père Jean Lacan, il s’opposa. Le divorce fut toutefois prononcé en 1967, aux torts de sa femme. Il fit la connaissance en 1975 de Jacqueline Saunier, née en 1933 à Poligny (Jura), comptable dans une petite entreprise rue Cadet à Paris (IXe arr.), catholique pratiquante et divorcée aux torts de son mari. Ils eurent une fille, Céline, née en février 1978. Jacqueline Saunier fut d’une aide et d’un soutien précieux pour l’action syndicale de son compagnon jusqu’à son décès le 12 octobre 1998.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139601, notice MATHIEU Jean, Henri par Jacques Debesse, version mise en ligne le 7 février 2012, dernière modification le 13 juin 2022.

Par Jacques Debesse

Jean Mathieu
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Sources : Archives UPSM-CFDT. – Archives fédérales FGMM-CFDT. – Document écrit de Jean Mathieu et entretiens avec lui en avril 2010 et février 2011.

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