MARCON Michel

Par Jacques Debesse

Né le 11 janvier 1932 à Paris (XIIIe arr.) ; tourneur outilleur ; fédéral JOC (Seine, sud-est) de 1954 à 1956 ; secrétaire de la section CFDT de la SNECMA à Kellermann (Paris XIIIe arr.) puis Corbeil (Seine-et-Oise, Essonne) de 1962 à 1969 ; membre du comité national de l’ACO (1971-1977) ; secrétaire général de Culture et liberté (1976-1981) puis président (1981-1985) ; secrétaire général du comité d’établissement de la SNECMA à Corbeil (1983-1992) ; conseiller municipal d’Évry (Essonne) de 1993 à 1995 ; président de l’association les Villages club du soleil (2002).

Michel Marcon en 1964
Michel Marcon en 1964
Archives personnelles

Fils de Sante Marcon, d’origine italienne, manœuvre chez Citroën, et d’Yvonne Perdereau, sans profession, tous deux agnostiques, Michel Marcon était l’aîné d’une fratrie de cinq. Il fréquenta l’école maternelle puis l’école primaire de la rue Jean-Jacques Rousseau à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Il entra ensuite au cours complémentaire Robespierre à Ivry-sur-Seine, où il obtint en 1946 le certificat d’études primaires, puis poursuivit ses études au cours complémentaire industriel, où il acquit en 1948 le certificat d’études complémentaires industrielles et en 1949 le CAP de tourneur outilleur. Ses parents l’avaient inscrit en 1944 au patronage Sainte-Croix d’Ivry-Port où il devint chef d’équipe de Cœurs vaillants, puis moniteur des colonies de vacances de la paroisse (1949-1952). Il s’était fait embaucher en 1949 au service entretien de la société Turquetil, fabrique de papiers peints à Ivry-sur-Seine, avant l’appel sous les drapeaux (mai 1952-septembre 1953). Il fut affecté au 1er bataillon du 4e régiment de zouaves basé en Tunisie, durant les affrontements pour l’indépendance qui lui valurent la carte du combattant.

Démobilisé, Michel Marcon se fit embaucher le 2 octobre 1953 à la société des engrenages Citroën, 31 quai de Grenelle à Paris (XVe arr.) qu’il quitta le 12 septembre 1955 pour entrer aux établissements André Verger, entreprise de mécanique de précision (14 au 30 septembre 1955), puis chez Zarfman, autre entreprise de mécanique de précision, 5 rue Kléber à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) du 1er octobre 1955 au 12 janvier 1956, et enfin à la Maison Bréguet, 19 rue Didot à Paris (XIVe arr.), du 2 février au 14 mars 1956, où il obtint la qualification de tourneur P2. Dès son retour du service militaire, il avait repris contact avec la paroisse en participant aux réunions de la JOC locale. Il y rencontra Jacques Pince*, président de la fédération JOC (Seine sud-est) qui lui demanda de devenir membre de l’équipe fédérale (1954-1956). Au sein de la JOC, il avait pris conscience de la nécessité de l’engagement syndical, prioritairement dans les grandes entreprises, où les conquêtes sociales pouvaient triompher et entraîner l’ensemble du monde du travail, comme l’avait fait valoir Eugène Descamps, venu animer un débat à Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), au siège de la fédération.

Michel Marcon entra le 15 mars 1956 à la Société nationale d’étude et de construction de moteurs d’aviation (SNECMA), boulevard Kellermann à Paris (XIIIe arr.), en qualité de tourneur outilleur P2. Il devint P3 en mai 1956. Il rencontra André Téqui*, qui travaillait dans le même atelier d’outillage et était responsable de la CFTC dans l’établissement, ainsi que d’autres militants de la CFTC, notamment Ange Legrusse, Jean Ruel* et Georges Petit. Michel Marcon prit sa carte à la CFTC en janvier 1957 au syndicat des ouvriers de la métallurgie de la région parisienne, composante de l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM-CFTC). Il fut élu délégué du personnel du collège des ouvriers en 1958. Il participa, de 1959 à 1964, aux cycles de formation syndicale premier et second degré de l’École normale ouvrière (ENO) au centre confédéral de Bierville à Boissy-la-Rivière (Seine-et-Oise, Essonne). Devenu secrétaire de la section syndicale CFTC de la SNECMA Kellermann en 1962, il représentait son équipe à l’inter SNECMA (structure de coordination des sections d’établissements de l’entreprise en France) et au conseil du syndicat parisien des industries aéronautiques et spatiales (SPIAS-CFTC). Il se fit élire au comité d’établissement (1962-1966). Au sein du centre de Kellermann, de nombreux militants, issus pour la plupart de la JOC et de l’ACO, étaient engagés dans les débats qui animaient la réflexion de la CFTC sur son évolution et ses orientations. Grâce à Michel Marcon et Jacques Mosnier*, technicien, la section syndicale adhéra sans heurt aux décisions de transformation de la confédération en CFDT en 1964.

La politique de décentralisation et de restructuration industrielles, menée dans le cadre des plans d’aménagement de la région parisienne dès 1960, conduisit au démantèlement de l’usine du boulevard Kellermann. Les structures techniques et bureaux d’études furent progressivement intégrés au centre de Melun-Villaroche (Seine-et-Marne) et les ateliers dans une nouvelle usine construite à Corbeil-Essonnes, inaugurée fin 1966. Muté à Corbeil le 24 avril 1968, Michel Marcon conserva ses responsabilités syndicales. Au nom de la CFDT, il anima la grève avec occupation, du 17 mai au 24 juin 1968. Il fit partie de l’équipe nationale de négociation avec René Chilin, Jacques Mosnier*, Michel Lecuyer* qui obtint, face au PDG Jacques Lamy, l’égalité du statut social des ouvriers avec celui des employés et techniciens, revendication phare de la CFDT à la SNECMA. Il fut désigné délégué syndical par le SPIAS-CFDT en 1968. L’annonce par la direction d’un plan social en 1969 entraîna plusieurs semaines de débrayages, manifestations et interventions auprès du gouvernement. Les 1 500 suppressions de postes initialement prévues furent réduites à 700. Michel Marcon, licencié, quitta la SNECMA le 1er décembre 1969.

Sur recommandation de son ami Georges Petit avait trouvé un poste à l’Institut national d’études démographiques (INED), Michel Marcon fut employé en mars 1970, par la Société bônoise de sidérurgie (SBS), entreprise algérienne, comme chargé de mission en qualité de technicien métallurgiste. Il intégra une équipe pluridisciplinaire composée d’Annie Borzeix, chef de projet, sociologue française, Pedro Alvarez, psychosociologue colombien, et Boualem Mokrane, psychosociologue algérien. Dans le cadre de l’orientation du gouvernement algérien pour le développement de l’industrie lourde, l’équipe avait mission, sous couvert de la SBS, d’étudier le niveau de qualification et de formation des ouvriers algériens immigrés en France, afin de promouvoir un retour efficace au pays. À partir d’enquêtes, d’entretiens, quatre régions furent explorées dans ce sens, l’Ile-de-France, le Nord, l’Est et les Bouches-du-Rhône. L’étude se conclut par la publication en 1971 de deux rapports internes à la SBS, cosignés par les quatre membres de l’équipe : La qualification des travailleurs algériens en France et La perspective de retour au pays.

Sa mission terminée, Michel Marcon fut embauché à l’ANPE comme prospecteur placier (novembre 1971-décembre 1972). Il donna sa démission pour répondre à la sollicitation du mouvement d’éducation populaire Culture et liberté de devenir permanent, responsable des publications et de la communication. Rédacteur en chef de la revue mensuelle Infordoc pour comprendre, chargé de son contenu, du suivi de la diffusion et des abonnements, il réalisa les supports aux actions de formation du mouvement, fiches et documents pédagogiques, et mit en chantier des stages de formation à la communication et à l’expression, ainsi que des voyages internationaux. Il participait aux conseils d’administration du mouvement et devint membre du bureau. Il fut élu secrétaire général de Culture et liberté, succédant à Jacques Begassat au congrès de Metz en 1976. Ses nouvelles responsabilités l’amenèrent à être particulièrement attentif au développement du mouvement dans une dialectique institutionnelle, apportant son soutien aux vingt-trois associations départementales et au démarrage de groupes de base. Il participa à la réflexion sur les trois dimensions constituant l’essence du mouvement : la formation, l’animation et l’information. Il intervenait dans les sessions de formation dans les domaines de l’expression orale et écrite, la vie quotidienne et l’histoire du mouvement ouvrier. Il obtint en 1981 le diplôme d’animateur de collectivités (assimilé au DEFA), avec les options gestion et animation sociale. Désireux de reprendre une activité à la SNECMA, il ne souhaita pas poursuivre son mandat de secrétaire général au congrès de Lille en novembre 1981 mais fut élu président du mouvement (1981-1985).

Michel Marcon avait accepté, en mai 1981, de devenir permanent salarié du comité d’établissement de la SNECMA à Corbeil, au poste de responsable du service vacances. Dans cet établissement de près de cinq mille travailleurs de toutes qualifications et professions, l’objectif était de développer une politique de vacances et des temps libres diversifiée, tant au plan des organismes que du type d’hébergements et des régions. Son secteur se composait de cinq salariés, à l’écoute des attentes multiples, négociant les contrats avec les prestataires, partenaires, dont le nombre fut multiplié par cinq, et réalisant les catalogues distribués en libre-service aux permanences. Lorsque la CFDT acquit la majorité aux élections du CE en février 1983, il fut nommé secrétaire général du comité, ayant en charge, en liaison constante avec les élus, l’organisation, la mise en œuvre, la coordination de toutes les activités. Chef du personnel, il avait la responsabilité des vingt salariés d’animation et de secrétariat, ainsi que du personnel de cuisine et de salle du restaurant d’entreprise, soit quatre-vingt personnes, conjointement avec le gérant. Il organisa la logistique de l’initiative du CE des « assises du temps libéré », le 3 mai 1984, sous le patronage du ministère de la Culture, dans le cadre d’une convention de développement culturel. Cet évènement de mise en valeur des chefs-d’œuvre des salariés se déroula en présence du secrétaire d’État aux personnes âgées, des représentants du ministère de la Culture, du préfet de l’Essonne, des députés de la circonscription, de la direction de l’entreprise, des représentants syndicaux et de l’ensemble des salariés. Il s’agissait de 500 objets collectifs, façonnés dans des matériaux et pièces au rebut, qui témoignaient non seulement du savoir-faire et de la créativité des ouvriers, mais aussi de leur solidarité et de la fierté de leur métier. Michel Marcon fit valoir ses droits à la retraite en juillet 1992 et maintint son adhésion à la CFDT, section syndicale de la SNECMA, durant deux années.

Les activités de secrétaire général du comité d’établissement qui avaient amené Michel Marcon à entretenir des relations avec les collectivités locales, des organismes de tourisme social, culturels, ne furent pas sans conséquences sur ses engagements personnels. Lorsque Jacques Guyard, maire d’Évry (Essonne), lui demanda de figurer sur la liste des candidats socialistes aux élections municipales de 1989, bien que non adhérent au parti, il accepta, en position non éligible. Toutefois, le départ d’un élu en province le mit en situation de le remplacer. Michel Marcon entra ainsi au conseil municipal (1993-1995). Sur le plan du tourisme social, un partenariat solide avait été établi, avec une association marseillaise, « Les Villages club du soleil », dont les membres fondateurs étaient, pour la plupart, issus des mouvements du catholicisme social ou du CCO. Michel Marcon était en terrain connu. Il entra au conseil d’administration de l’association en 1993 et en devint président en 2002. L’aventure culturelle du CE des « assises du temps libéré », de promotion de la culture du travail et de l’histoire des savoir-faire de la communauté des travailleurs de l’établissement, donna un sens à la création du Centre action recherche et documentation des entreprises (CARDE), dont il fut cofondateur en 1992, sous l’impulsion de Jean Olivier*, militant CFDT à IBM, et de Nadia Simony, chercheur, chargée d’études et du développement au CE de la SNECMA Corbeil. Lorsque Jean-Michel Gaullier, juriste, intervenant lors de permanences en entreprise, pour des conseils aux salariés, créa l’association de juristes « Droit contact », Michel Marcon y participa et en devint président à partir de 1995. Revenu à Ivry-sur-Seine pour sa retraite, il adhéra en 1994 à l’amicale des locataires de son immeuble, « l’Amicale Guignois », et en devint président en 2007.

Michel Marcon avait fait partie d’une équipe d’Action catholique ouvrière (ACO) au sein de la paroisse Saint-Pierre-Saint-Paul d’Ivry en 1956. Il en était devenu responsable en 1960, au côté de l’aumônier Jean Lacan* à partir de 1964. Il fut chargé du secteur Seine sud-est de 1962 à 1975, et devint membre du comité national de l’ACO de 1971 à 1977. En septembre 1964, sur sollicitation, par courrier, de Maurice Feltin, archevêque de Paris, il accepta de participer à la coordination des mouvements d’action catholique, prêtres et religieux du secteur de mission ouvrière, nouvellement créé sur les territoires d’Ivry et Vitry (Val-de-Marne). Il mit fin à ce mandat lorsqu’il intégra le comité national de l’ACO.

Il s’était marié en juin 1956 à Ivry-sur-Seine avec Conchita Vega, cheftaine des Guides de France à la paroisse d’Ivry (1950-1954), secrétaire comptable, décédée en 1980. Le couple eut quatre enfants, Bruno (1957, décédé en 1968), Christine (1959), François (1965), Jérôme (1969).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139602, notice MARCON Michel par Jacques Debesse, version mise en ligne le 7 février 2012, dernière modification le 28 avril 2013.

Par Jacques Debesse

Michel Marcon en 1964
Michel Marcon en 1964
Archives personnelles

ŒUVRE : Préface à Jacques Begassat, Culture jour après jour, Culture et liberté, Nogent-sur-Marne, 1981. — Michel Marcon, À pied, jour après jour, sur le chemin de Compostelle, compte d’auteur, 1994. — avec Nadia Simony, Les transformations du comité d’entreprise, Snecma Évry-Corbeil 1983-1993, L’Harmattan, 2005. — Préface à Nadia Simony, Des valeurs en partage, Les Villages Clubs du Soleil, Villages Clubs du Soleil, Marseille, 2010.

SOURCES : Archives UPSM-CFDT. — René Chilin et Roger Mullié, Pages d’histoire syndicale, la CFTC-CFDT Snecma-Villaroche 1947-1980, L’Harmattan, 2000. — Manuscrit de Michel Marcon sur sa formation et son expérience professionnelle, 1988. — Archevêché de Paris, lettre de Maurice Feltin à Michel Marcon, 14 septembre 1964. — Entretien avec Michel Marcon, novembre 2011.

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