LUCAS René [LUCAS Auguste, René]

Par Jacques Girault, Michel Pinault

Né le 17 juillet 1898 à Paris (XXe arr.), mort le 16 juin 1990 à Paris (Ve arr.) ; professeur d’université ; militant syndicaliste.

René Lucas était le fils de Pauline Lucas, âgée de dix-huit ans, fleuriste, selon le registre de naissances, qui, ouvrière en fleurs artificielles, commença des études par correspondance en 1904. Elle se maria avec un avocat et devint professeur de chimie organique à la faculté des Sciences de Paris en 1935.

Élève de l’école Lavoisier puis de l’École municipale de physique et chimie industrielles de Paris, René Lucas devint préparateur de Maurice de Broglie puis de Paul Langevin (1922-1925), chef de travaux de 1925 à 1935 à l’EPCI, travaillant avec Langevin sur les propriétés de la vibration acoustique de la matière (effet Brillouin). Docteur d’Etat en 1927, il couvrit en 1932 avec Pierre Biquard la diffraction de la lumière par les ondes ultra-sonores. Il fut professeur (1936-1941), puis directeur des études (1941-1947), puis directeur de l’EPCI de 1947 à 1968. Parallèlement maître de recherches au CNRS depuis 1934, il travaillait sur les « études des propriétés optiques des corps purs et des solutions ».

Lorsque le gouvernement de Vichy voulut, en 1941, nommer le professeur Jean Thibaud à la direction de l’EPCI dont Paul Langevin avait été évincé, René Lucas lui fit obstacle et, soutenu par la plus grande partie des professeurs, exerça la direction effective de l’école pendant toute l’Occupation. Lorsque Thibaud se présenta, en 1942, à une maîtrise de conférence de physique (PCB) à la faculté des sciences, il fut battu par Lucas. Ce dernier échoua, lorsqu’il se présenta au secrétariat général de la Société française de physique contre le collaborateur Eugène Darmois, régulièrement stigmatisé dans L’Université libre.

Membre du Front national universitaire, il figura parmi la quinzaine de scientifiques qui, groupés autour de Frédéric Joliot, se réunirent, le 1er septembre 1944, au siège du CNRS pour le refonder et le relancer.

Maître de conférences en électrotechnique générale en 1946, puis professeur de physique à la faculté des Sciences de Paris en 1956, René Lucas occupait le poste de directeur du laboratoire des recherches physiques de la faculté à partir de 1958. Il prit sa retraite en 1968. Élu à l’Académie des Sciences en 1964, il en devint secrétaire perpétuel en 1966.

Membre de la commission administrative du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en 1939, il continua d’y militer dans les années suivant la Libération : membre de la CA du SNESRS en 1945 et 1946. En 1950, candidat au directoire du CNRS, il fit partie des nombreux battus lors d’un scrutin marqué par un fort recul des positions syndicales.

Sa mère, Pauline Ramart-Lucas fut très proche de Jean Perrin ce qui ne fut pas sans importance pour sa carrière universitaire hors-normes. La presse collaborationniste parisienne rappela son appartenance aux milieux « Front populaire » en dénonçant, après Langevin, Perrin, Joliot, la « juive roumaine Ramart-Luca [sic], veuve d’un pharmacien français titulaire de chaire en Sorbonne et « follette » [sic] de la maison de la rue Victor-Cousin [où habitait Perrin] » (La France au Travail, 13 août 1940). Marie-Elisa Cohen la citait, dans son témoignage recueilli par Mme Merlat en mars 1946, parmi la quinzaine de professeurs du supérieur donateurs « dès le début » en faveur de L’Université libre. Selon René Maublanc, elle appartenait au « noyau » du FNU (L’Université libre, 20 février 1946). Elle assista à la réunion du 1er septembre 1944, au siège du CNRS. Elle figura dans le comité de patronage de création de l’Union nationale des intellectuels, en janvier 1945 et son nom y apparut encore en 1950, avant l’effacement définitif de cette organisation proche du Parti communiste français.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139621, notice LUCAS René [LUCAS Auguste, René] par Jacques Girault, Michel Pinault, version mise en ligne le 9 février 2012, dernière modification le 2 mai 2021.

Par Jacques Girault, Michel Pinault

SOURCES : Arch. Nat. F17 29215, 72AJ57 FNU-1 (témoignage recueilli par Mme Merlat, le 18 mars 1946). — Site Internet Wikipedia. - Bulletin du SNESRS. — René Zazzo, 58 récits de résistance universitaire, Paris, ACREN, 1948. — Eva Telkes, « Présentation de la Faculté des sciences et de son personnel à Paris », Revue d’histoire des sciences, 1990, t. 43, no 4.

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