HÉLAIN DUTAILLIS Louis, François (dit aussi ÉLIN, ÉLAIN, HÉLIN, HÉLAIN)

Par Gérard Boëldieu

Né le 9 septembre 1816 à Saint-Christophe-du-Luat (Mayenne), mort le 7 avril 1853 à Saint-Hélier (Jersey) ; victime du coup d’État du 2 décembre 1851 ; en résidence surveillée à Rennes (Ille-et-Vilaine) puis exilé à Jersey ; incidents lors de ses obsèques.

Né dans une famille de fabricants de toile, Louis Hélain-Dutaillis épousa le 9 février 1838 à Souligné-sous-Ballon (Sarthe), Anne Marguerite Poirier, âgée de 19 ans et 6 mois, originaire de cette commune, fille d’un « marchand ». À cette date, il était marchand drapier à Torcé-en-Charnie (Mayenne) où naquirent, en 1839, 1840 et 1844, ses trois enfants dont seuls les deux derniers, un garçon et une fille, survécurent. Lors du coup d’État du 2 décembre 1851, il résidait dans la Sarthe, marchand de bois en gros (sur certains documents, on lit « marchand de biens ») à Beaumont-sur-Sarthe. Soupçonné d’être venu au Mans avec l’intention de participer à la tentative de résistance armée préparée le 5 décembre chez l’avoué Fameau, il fut arrêté et incarcéré à la prison de Mamers. La Commission mixte de la Sarthe, sous l’inculpation de « chef de la propagande démagogique dans le canton de Beaumont », le condamna à l’interdiction de la Sarthe et des départements voisins pendant 5 ans.

En résidence surveillée à Rennes, Hélain-Dutaillis sollicita au début d’août 1852 « l’autorisation de se fixer sur une propriété rurale d’Ille-et-Vilaine où on lui confierait la surveillance des travaux ». Demande rejetée, le 12, par le préfet : « Hélain-Dutaillis supporte sa peine avec impatience, emploie tous les moyens possibles pour déjouer la surveillance de la Police, vit continuellement dans l’oisiveté et fréquente assidûment les cafés où il se pose en victime du gouvernement. Cet homme n’est digne d’aucune espèce d’intérêt. Hélain-Dutaillis a demandé à plusieurs reprises l’autorisation de quitter Rennes, de voyager, de se fixer à la campagne. C’est un homme incorrigible qui a abusé d’une permission donnée par mon prédécesseur pour faire probablement de la propagande anarchique ou tout au moins pour exciter les hommes de l’opposition par le récit des persécutions dont il est l’objet. Je lui refuserai toujours l’autorisation de quitter Rennes ». Le 4 septembre suivant, le préfet, jugeant que Rennes était « encombré d’internés dont plusieurs de la Sarthe », estimait dangereux de les laisser au contact d’Hélain-Dutaillis « dont la conduite donne des sujets de plaintes et qui pourrait être l’objet d’un changement de résidence ». Sur ordre ministériel, le 19 septembre, Hélain-Dutaillis fut conduit à Saint-Malo d’où il s’embarqua pour l’île de Jersey.

Installé à Saint-Hélier, Hélain-Dutaillis y mourut le 7 avril 1853, de la fièvre typhoïde selon l’acte de décès rédigé sur la déclaration d’Eugène Beauvais, un autre proscrit Sarthois. De chagrin dirent aussi certains. Les premières d’un exilé français à Jersey, les obsèques d’Hélain-Dutaillis au cimetière de Green Street à Saint-Hélier, le 9 avril, furent pour le moins mouvementées. Au départ du cortège, le prêtre catholique fut écarté et, selon des dernières volontés du défunt, arboré le drapeau rouge surmonté de crêpe noir, et non le drapeau français comme annoncé. Les cordons du poêle étaient tenus par le docteur Jacques Barbier, compatriote sarthois d’Hélain-Dutaillis, le Polonais Mikulowski, le Hongrois Téléki, et un Italien. Au cimetière parlèrent Charles Heurtebise qui salua « la République universelle, démocratique et sociale », Mikulowski, et Picquet (ou Piquet) de la Nièvre. Après le discours vengeur de ce dernier contre l’Empire mais aussi contre les Républicains « du lendemain », Victor Hugo, qui avait promis à Barbier et Heurtebise de parler, offensé, estima que l’union entre les proscrits, qu’il n’avait de cesse de prôner, était bafouée. Il se retira sans avoir prononcé le discours attendu par nombre d’exilés. De même Pierre Leroux. Après plainte du vice-consul français Laurent, les autorités civiles et religieuses de Jersey interdirent toute inhumation de proscrit à Saint-Hélier. La proscription choisit le cimetière de Saint-Jean dans le centre de l’île (aujourd’hui cimetière Macpela, à Sion) où, semble-t-il fut transférée la dépouille de Hélain-Dutaillis.

La commission sarthoise constituée en application de la loi du 30 juillet 1881, dite « loi de réparation nationale », proposa une rente de 800 F à reverser à sa veuve (400 F) et à son fils Scipion (400 F). La première résidait alors chez le second à Paris (VIe arrondissement) où elle mourut le 4 mars 1891.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139625, notice HÉLAIN DUTAILLIS Louis, François (dit aussi ÉLIN, ÉLAIN, HÉLIN, HÉLAIN) par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 9 février 2012, dernière modification le 28 mars 2019.

Par Gérard Boëldieu

SOURCES : État civil de Saint-Christophe-du-Luat, Torcé-en-Charnie, Souligné-sous-Ballon, Paris (6e arr.), Jersey (à Saint-Hélier). – Arch. nat. : F154081 (Loi de réparation nationale du 30 juillet 1881, département de la Sarthe). – Arch. dép. de la Sarthe : 4 M 430 (Condamnations prononcées à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851) ; 4 M 427 et 428 (Dossiers individuels des condamnés, lettres H à P. Les rapports cités du préfet d’Ille-et-Vilaine se trouvent dans les dossiers Leroy Louis et Philippe Pierre) ; 1 M 198 à 200 (Secours et dons accordés aux victimes du coup d’État du 2 décembre 1851). – Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, Paris, 1961. – Philip Stevens, Victor Hugo in Jersey, Philimore, 1985. – Gérard Boëldieu, « Sur six proscrits sarthois, compagnons d’exil de Victor Hugo à Jersey », Gavroche, n° 158, avril-juin 2009, p.24-33.

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