LLIBOUTRY Louis

Par Étienne Frénay

Né le 17 février 1924 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 16 août 2006 à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) ; inspecteur des PTT ; conseiller municipal de Perpignan (1959-1989) ; militant socialiste SFIO puis du PS ; syndicaliste (FO) ; catalaniste.

Louis Lliboutry
archives de L’Indépendant

Louis Lliboutry est le fils de Félix, Léon, Casimir Narcisse Authié-Bellerose et de Marie, Jeanne, Baptistine, Anne Laclare. Son père décédé en 1933, il a été adopté par Louis Lliboutry, viticulteur à Cabestany (Pyrénées-Orientales). Son patronyme complet est Louis Authié-Bellerose-Lliboutry.

Après des études secondaires à l’École primaire supérieure de Perpignan, Louis Lliboutry réussit le concours d’entrée à l’école des PTT de Bordeaux (Gironde). Il fut nommé à la fin de ses études à Paris puis à Perpignan en 1947 inspecteur des PTT. Il fut dans les années qui suivent son arrivée à Perpignan membre du parti socialiste SFIO, syndicaliste actif de FO, ouvert aux problèmes sociaux, d’esprit curieux, indépendant.

En 1959, il critiqua avec d’autre militants socialistes dont le cordonnier Emile Roudayre* le maire socialiste de Perpignan, Félix Depardon*. A la recherche d’un leader, ces opposants acceptèrent l’offre du maire socialiste d’Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales), Paul Alduy*, qui leur proposa de se présenter en mars 1959, sous sa direction, aux élections municipales à Perpignan. Ils furent élus le 15 mars 1959.

Louis Lliboutry fut, dans ce nouveau conseil municipal, membre de la commission des affaires sociales, de l’aide sociale, des colonies de vacances, des cantines scolaires, une responsabilité qu’il assuma dans les différentes municipalités conduites par Paul Alduy jusqu’en 1985. Il fut longtemps vice-président du bureau d’aide sociale. Il fut le rapporteur, pendant ses mandats successifs, des accords de la ville avec l’administration des PTT. Réélu en mars 1965 et en mars 1971, il fut aussi chargé de l’organisation de la saison lyrique du théâtre municipal. En février 1986, il se flatta d’avoir été un des créateurs de Radio Castillet qui vient de cesser ses activités. Il prit à l’occasion des positions originales, souhaita que les pompes funèbres devinssent un service municipal (21 juin 1972), que les funérailles fussent gratuites, financées par la ville, et que l’incinération rendît les cimetières moins nécessaires.

Le 18 juin 1975, il annonça sa démission du conseil d’administration de la SEMETA, société d’économie mixte chargée, entre autres, de l’aménagement du Barcarès (Pyrénées-Orientales) et de Pyrénées 2000 (Pyrénées-Orientales) où il représentait la ville. Dans un long rapport il dénonça, après la Cour des Comptes, la mauvaise gestion de la société et mit en cause « les vrais coupables (…) avec à leur tête Gaston Pams [sénateur maire radical d’Argelès-sur-Mer] ». Le maire Paul Alduy, sans contester ces critiques, reconnut qu’il « est très difficile de faire un scandale à l’endroit d’un collègue qui appartient à la même formation politique que moi ». Jusqu’en 1977, Louis Lliboutry fut un conseiller actif. Cependant lorsqu’il se présenta le 3 juillet 1973 au poste de premier adjoint, après la mort du docteur Louis Torreilles, il n’obtint que 8 voix contre 26 à Caux qui fut élu.

Ses responsabilités s‘accrurent après les élections du 20 mars 1977. Il fut élu septième adjoint et entama, avec l’appui du maire Paul Alduy, une politique de soutien à la culture catalane. Il était un des membres fondateurs de la Federació per a la defensa de la llengua i de la cultura catalana. Le 16 février 1978, il fit adopter par le conseil municipal un vœu demandant que la langue catalane fût enseignée dans les établissements primaires et secondaires de Perpignan et à l’université. Il suggèra le 13 avril 1978 la création d’un Centre de documentation et d’animation de la culture catalane (CeDaCC) qui se proposait de « répertorier toutes les œuvres relatives à la culture catalane » et de « coordonner les diverses activités culturelles sur le plan du département ». Ce centre devait être installé dans la villa des Tilleuls léguée à la ville par Joseph Puig dans le but de favoriser la culture catalane. Ce centre devait partager la villa avec la collection de monnaies léguée par Joseph Puig. Le 7 septembre 1978, Louis Lliboutry obtint l’attribution par la ville d’une salle de classe à La Bressola, la première école maternelle de langue catalane en immersion complète ouverte dans les Pyrénées-Orientales le 16 septembre 1976. Le 23 mars 1979, il proposa que le nom de Perpinyà soit apposé aux entrées de la ville, que soient ajoutés leurs noms en catalan aux vieilles rues du centre ville. Les locaux du CeDaCC furent aménagés en 1981 et 1982 dans la villa des Tilleuls. Le centre reçut des dons de revues et d’ouvrages. Un emploi de conservateur fut créé pour le musée de la monnaie et le CeDaCC. Joséphine Matamoros fut nommée sur ce poste. Le nouvel établissement ouvrit ses portes le 15 février 1983.

Louis Lliboutry participe était également membre du conseil d’administration de la maison d’enfants « Les Isards » de Py (Pyrénées-Orientales), propriété communale de Perpignan, où il représentait la ville de Perpignan
Lors des élections du 11 mars 1983, Louis Lliboutry fut réélu conseiller municipal sur la liste « Perpignan, notre ville », dirigée par Paul Alduy. Il fut élu 13e adjoint. Le 14 décembre 1983, une convention fut proposée entre la ville, le CeDaCC et l’université en vue de publications. Le 30 octobre 1984, la question des relations culturelles entre les deux Catalogne fut abordé ; l’entrée de l’Espagne dans la Communauté économique européenne approche et Louis Lliboutry fit voter au conseil municipal une motion demandant au maire de « multiplier les contacts avec le sud sur les plans linguistiques, culturels et économiques (…) en créant une entité catalane qui nous donnerait une certaine liberté d’action, nous permettrait des contacts plus étroits et plus fructueux avec le Principat ». Le 14 novembre 1984, le maire confirma qu’il était « déterminé » à « renforcer les relations avec la Generalitat de Catalunya ». Mais le 23 avril 1985, ce fut la rupture entre Paul Alduy et Louis Llibroutry qui « n’ayant pu résoudre avec Monsieur le maire, comme il le souhaitait, un certain nombre de problèmes concernant la participation de la ville de Perpignan » à une mostra prévue en juin, a écrit à la Generalitat que la ville se désengageait. Paul Alduy exprima alors son « très vif regret devant l’initiative de M. Lliboutry ». Le 23 mai 1985, un arrêté du maire lui retira toutes ses délégations sauf celle qui concerne la Casa Pairal. Le 21 septembre 1986, la convention officialisant les échanges culturels avec la Generalitat fut rapportée par un autre conseiller, M. Fernandez.

Dorénavant, Louis Lliboutry vota avec l’opposition au conseil municipal contre le budget proposé par Paul Alduy ou s’abstint. En mars 1989, il ne se représenta pas aux élections municipales à Perpignan. Lors des élections européennes du 12 juin 1994, il était présent avec cinq autres Catalans des Pyrénées-Orientales sur la liste « Régions et peuples solidaires » conduite par Max Siméoni et qui obtient 0,67% des votants dans la département des Pyrénées-Orientales.

Décédé à Port-Vendres le 16 août 2006, ses funérailles civiles eurent lieu au crématorium de Canet (Pyrénées-Orientales) le 19 août. Le 25 septembre 2006, un hommage fut rendu à sa mémoire par le conseil municipal de Perpignan « uniquement en catalan, du jamais vu » note le journal L’Indépendant.

Louis Lliboutry marié trois fois a laissé deux enfants, Jean-Louis, le fils de sa seconde épouse Jeanne, Louise Bissar, et Marie-Pascale, fille de Thérèse, Louise de Besombes, sa troisième épouse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139634, notice LLIBOUTRY Louis par Étienne Frénay, version mise en ligne le 20 février 2012, dernière modification le 30 octobre 2013.

Par Étienne Frénay

Louis Lliboutry
archives de L’Indépendant

SOURCES : Arch. com. Perpignan, 1D4 21, 27, 33 à 44 ; 77W 1 à 4 ; 74W9 à 13 ; 5W2 et 6. —L’Indépendant des 9 mars 1959, 10 et 14 juin 1974, 27 septembre 2006. — Étienne Frénay, notice biographique in Nouveau Dictionnaire de biographies roussillonnaises,volume I, tome 1, Perpignan, Publications de l’Olivier, 2011, 699 p. [pp. 618-620]. — Entretien avec Jean-Louis Authié-Lliboutry le 6 mars 2009.

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