LEPRETTRE Raoul, Marie, Alfred, dit Léonard

Par Gilles Morin, Antoine Ransonnet, mise à jour par Marie-Cécile Bouju

Né le 25 novembre 1913 à Buchy (Seine-Inférieure), mort le 17 mai 1991 à Rouen (Seine-Maritime) ; directeur commercial de publicité puis Président-directeur-général de Paris-Normandie ; militant socialiste et résistant de la Seine-Inférieure ; membre du Comité départemental de Libération clandestin ; membre de la commission exécutive fédérale SFIO de Seine-Maritime de 1954 à 1957 ; membre du bureau fédéral SFIO en 1955 et 1964-1968 ; conseiller municipal de Rouen (1965-1983).

De gauche à drote Pierre-René Wolf (directeur de Normandie) Raoul Leprettre à son retour de déportation et Bourdeau de Fontenaye (Commissaire de la République nommé par le CDLN).
Photo prise à Rouen fin avril 1945

Fils d’Albert Narcisse Prétextat Leprettre, trente-et-un ans, cordonnier et de Marguerite Germaine Pauline Marie Candé, vingt-neuf ans, son épouse, Raoul Leprettre suivit des études commerciales à l’Ecole supérieure de commerce. Il avait également suivi une formation de publicitaire.

Leprettre fit un stage dans la filiale norvégienne de Citroën, puis travailla aux Economiques de Normandie et aux Coopérateurs de Normandie. En 1937, Leprettre devint secrétaire de direction de l’Imprimerie Wolf à Rouen, une des plus importantes de la région. Il fut chargé de la publicité.

Leprettre adhéra à la SFIO en 1932. Franc-maçon, il était affilié à la loge la “Fidélité Normande 456” (GDLF)

En 1940, la famille Wolf, juive, fut spoliée de son entreprise, dirigée désormais par Jean Allain, imprimeur, et Raoul Leprettre qui assurait toujours la direction commerciale de l’entreprise.

Contacté en 1941 par Césaire Levillain, directeur de l’Ecole supérieure de commerce de Rouen, Leprettre entra dans la résistance. Il adhéra au réseau Cohors-Asturies en mai 1942. Il fabriqua des faux papiers, distribua tracts et journaux clandestins, fit du renseignement. En septembre 1943, il entra dans le mouvement Libération-Nord. Levillain fut arrêté en mai 1943 et son adjoint Michel Corroy en juin, Leprettre les remplaça à la tête du mouvement pour la région.
Par l’intermédiaire de Tony Larue, il entra alors en contact avec Henri Ribière, responsable de Libération-Nord. Il était alors chargé du Renseignement, formant un triangle régional avec Jean Capdeville, responsable NAP et Georges Brutelle, chargé des questions militaires. Il avait, selon Georges Brutelle, le contact avec la résistance bourgeoise et les chrétiens. Responsable départemental de Libération-Nord, il en fut aussi responsable régional civil (Capdeville étant responsable militaire) de Normandie, comprenant outre la Seine-Inférieure, l’Eure, l’Orne, le Calvados (mais non la Manche, zone interdite avec Cherbourg). Militant du Comité d’action socialiste, adjoint d’Henri Ribière, il était fondateur du Comité départemental de Libération clandestin (CDLN), siégeant au nom de Libération-Nord.

Le 8 mai 1944, Leprettre fut arrêté avec une partie du CDLN clandestin. Mis au secret et interrogé pendant trois semaines, il fut détenu à la prison Bonne-Nouvelle à Rouen. Le 26 juin 1944, il fut détenu à Compiègne. Le 2 juillet 1944, il fut déporté à Neckarelz. Leprettre fut libéré à Osterburken le 4 avril 1945 par l’armée américaine et rapatrié le 22 avril. En raison de son état de santé, il ne put reprendre son activité professionnelle qu’en août 1947.

Grande figure de la Résistance en Seine-Inférieure, Raoul Leprettre joua un rôle important dans les associations d’anciens résistants. Président départemental du Comité d’action de la Résistance et membre de son comité directeur national, il fut président départemental de la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance (FNDIR, UNADIF). Il était habilité à donner les attestations aux anciens clandestins de Libération-Nord en 1950 pour la Seine-Inférieure.

Toujours socialiste, il devint, après la Libération, un militant extrêmement influent au sein de la fédération SFIO bien que restant le plus souvent dans l’ombre (il fut toutefois candidat aux élections législatives – en position inéligible – dans la circonscription de Rouen en 1956). Homme de presse, il dirigea Liberté Normande de la naissance à la mort du journal (1945-1951) et participa à la gestion de l’hebdomadaire fédéral La République de Normandie (1949-1960) dont il était commissaire aux comptes en 1957. En 1956, il devint directeur de la publicité de Paris Normandie

Raoul Leprettre s’impliqua également dans les nombreux conflits traversés par la fédération. Favorable à une ouverture vers le PCF, il s’opposa, comme la majorité fédérale, à l’adoption de la CED. Fin 1954 ou début 1955, il serait intervenu auprès de Guy Mollet afin que Jean Capdeville (évincé, au profit de Georges Brutelle, en avril 1954, de la tête de la fédération) ne soit pas candidat aux élections législatives de 1956 – ce avant que n’éclate l’affaire Bodenan. En 1957, il soutint la motion Depreux lors du congrès de Toulouse qui affichait son désaccord avec la politique algérienne de Guy Mollet et réclamait que soit reconnue « la vocation nationale de l’Algérie ». Il appartenait alors à la minorité fédérale mais ne quitta pas, contrairement à Jean Binot et Pierre Bérégovoy, la SFIO en 1958 pour fonder le PSA. Il était ainsi membre, en 1964-1968 au moins, du bureau fédéral et chargé des questions extérieures pour la fédération. Conseiller municipal de Rouen, il était vice-président de la fédération FGDS au milieu des années soixante. S’opposant à l’alliance avec les communistes, il quitta le PS après le congrès d’Épinay.

En 1957, Leprettre entra à Paris-Normandie comme directeur de la publicité. En désaccord avec la gestion de P. R. Wolf, il soutint le rachat du quotidien par Hersant en 1972. En 1976, Leprettre devint PDG de l’entreprise et le resta jusqu’à sa retraite en juin 1982. Après sa retraite, il continua de représenter le journal au sein du Syndicat des quotidiens régionaux et de la Fédération nationale de presse.

Par ailleurs, Leprettre fut également gérant de la Société normande de publicité de 1962 à 1982 et président directeur général de la l’imprimerie Cornier-Leprettre à Rouen. Le précédent propriétaire, William Cornier, avait été une figure importante de la résistance rouennaise et un ami de R. Leprettre. L’imprimerie Cornier-Leprettre semble avoir fermé ses portes en 2006.

Militant laïc, Raoul Leprettre était par ailleurs délégué cantonal de l’Éducation nationale en 1962.

Leprettre a reçu la médaille de la résistance, la croix de guerre (1947) et il a été fait chevalier de la Légion d’honneur (1948), puis commandeur.

Raoul Leprettre avait épousé Huguette Horst à Rouen le 10 août 1936. Ils divorcèrent en 1947 mais se marièrent à nouveau quelques mois plus tard. Le couple eut cinq enfants dont Philippe (1939-2009) qui fut journaliste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139701, notice LEPRETTRE Raoul, Marie, Alfred, dit Léonard par Gilles Morin, Antoine Ransonnet, mise à jour par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 19 février 2012, dernière modification le 31 juillet 2019.

Par Gilles Morin, Antoine Ransonnet, mise à jour par Marie-Cécile Bouju

De gauche à drote Pierre-René Wolf (directeur de Normandie) Raoul Leprettre à son retour de déportation et Bourdeau de Fontenaye (Commissaire de la République nommé par le CDLN).
Photo prise à Rouen fin avril 1945
Portrait en 1972.
Clichés communiqués par Huguette Leprettre.

SOURCES : Arch. Nat., fonds Noguères, dossier Brutelle, rapport Leprettre de mai 1945 annoté par Brutelle ; F/1cII/221 ; 72/AJ/59, dossier Capdeville ; 19860021/1. — Arch. de l’OURS, correspondance de la fédération d’Algérie, relations avec la Fédération de Seine-Inférieure (années 1950). — Arch. Libération-Nord. — Arch. FJJ, dossiers fédération Seine-Maritime (1968-1978). — Arch. dép. de la Seine-Maritime, fonds La République de Normandie (JPL 81/1 à 81/12). — Profession de foi, législatives de 1956. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Paris, éditions du Rocher, 2001, p. 220 — Jean-Marie Cahagne, La SFIO en Haute-Normandie de 1914 à la rénovation du Parti, Université de Rouen, 1980, volume 2, p. 312-314 et 325-326. — État civil. - SHD GR 16 P 364423. — Paul Chauvet, La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale. Paris : à compte d’auteur, 1979, p. 356-359. — Sources familiales.

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