MONTARELLO Raphaël

Par Robert Mencherini

Né le 29 novembre 1917 à Radicena (Italie), mort le 1er mars 2009 à Pierrevert (Alpes-de-Haute-Provence) ; ouvrier ajusteur-modeleur à Marseille ; militant du PCF et de la CGT à Marseille et dans les Basses-Alpes (Alpes de Haute-Provence) ; résistant FTPF.

Raphaël Montarello arriva à Marseille le 29 juin 1924 avec sa mère, Maria Teresa, sa sœur Rosa et ses quatre frères, Ange, Sauveur, Antoine et Francis. Ils avaient quitté le petit village calabrais de Radicena pour rejoindre le père, Rocco Montarello. Celui-ci, venu à Marseille en 1922, avait trouvé un emploi de journalier aux tuileries de la Méditerranée de Saint-Henri, dans la banlieue industrielle de l’Estaque. La famille occupa un deux-pièces – cuisine, dans le quartier des Barraques, au dessus du bar Buiscavos, (ex boulevard des Cantines, aujourd’hui boulevard Albin Bandini). Raphaël et Antoine furent scolarisés à l’école primaire de garçons de l’Estaque tandis leurs frères plus âgés travaillaient : Ange (15 ans) aux tuileries Sacoman et Sauveur (11 ans) comme mousse chez un patron pêcheur sardinier. La famille s’agrandit encore avec la naissance de Séverin, le 12 mars 1925 et de Marie, le 5 juillet 1927 qui mourut à 23 mois.

Le jeune parti communiste s’implantait dans ce quartier à forte population ouvrière et immigrée, par l’intermédiaire d’un Club prolétarien qui offrait des activités sociales et festives auxquelles participa activement Sauveur, devenu responsable des Jeunesses communistes. Naturalisé en 1932, comme ses frères, celui-ci désormais put affirmer au grand jour ses opinions. Il fut mandaté par le parti communiste pour participer avec Henri Enjalbert à la manifestation parisienne du 12 février 1934. En l’absence de son frère, Raphaël assura la diffusion des Avant-garde dans le quartier, premier pas vers son propre engagement et celui de son frère Antoine. Après son certificat d’études obtenu à quatorze ans, Raphael Montarello avait été embauché, le 22 septembre 1939, par les ateliers métallurgiques Favant de Saint-Henri comme ajusteur-modeleur. Il participa activement à la grève de 1936 et à l’occupation de l’usine.

En novembre 1938, Raphaël Montarello fut incorporé à Grenoble dans l’infanterie mobile de montagne à Grenoble pour un service militaire de deux ans, et, pendant la guerre de 1939-1940, fut envoyé sur le front des Alpes. Démobilisé le 3 août 1940, il revint à l’Estaque et reprit jusqu’en mars 1942 son travail aux Établissements Favant. Il s’embaucha ensuite aux Établissements de réparation navale Groignard. Il reprit clandestinement son activité militante et admit difficilement que son frère cadet, Séverin ait adhéré à la JOC.

Raphaël Montarello prit la direction, en 1942, du groupe FTPF « La Marseillaise » de l’Estaque-gare sous le pseudonyme de Durand. L’ouvrier charpentier Gilbert Charmasson appartenait également à cette formation. L’une des actions du groupe fut le sabotage de la voie ferrée de l’Estaque à Port-de-Bouc, sur le pont de l’Estaque-Riaux, le 31 janvier 1943. Plusieurs groupes FTP tombèrent, à la suite de l’arrestation, à la fin avril 1943, de Paul Romeyer, Rudy, muté de Haute-Loire à Marseille comme commissaire militaire des FTP le mois précédent. Raphaël Montarello fut arrêté chez Groignard, le 3 mai 1943, amené au commissariat du Boulevard d’Athènes et passé très brutalement à tabac. Il fut ensuite, dans l’attente de son jugement, incarcéré à la prison d’Aix-en-Provence où sa mère et son jeune frère vinrent régulièrement le visiter au parloir. Le vicaire de la paroisse de l’Estaque, Roger de la Pommeraye, intervint sans succès en sa faveur. En octobre 1943, à la suite des sévices subis, il fut opéré à l’Hôtel-Dieu d’Aix et hospitalisé pendant deux mois. La section spéciale d’Aix-en-Provence condamna les FTPF à de lourdes peines de prison et Raphaël Montarello écopa de cinq ans de réclusion. Mais, dans la nuit du 23 au 24 avril 1944, une opération des FTP d’Aix-en-Provence, sous la direction d’André Claverie, avait permis l’évasion de 28 prisonniers dont Raphaël Montarello. Les évadés furent conduits dans la ferme isolée de Lambruisse, sur le flanc de la Sainte-Victoire. Après un mois passé dans ce refuge provisoire, Raphaël Montarello partit pour Lincel, à proximité de Saint-Michel-l’Observatoire (Basses-Alpes) où demeurait son frère Ange, qui avait trouvé du travail à la mine de lignite de Villemus toute proche. Il fut dissimulé dans une ferme voisine. Dès que sa santé s’améliora, Raphaël Montarello reprit ses activités clandestines et parcourut en bicyclette les Basses-Alpes.

À la Libération, Raphaël Montarello s’occupa de la mise en place des nouvelles municipalités dans les Basses-Alpes. Il fut aussi permanent du Parti communiste et inspecteur de Rouge-Midi dans ce département du 12 octobre 1944 au 26 août 1945. Il signait ses articles « André ». De retour à Marseille, il reprit le travail comme ajusteur dans la réparation navale, chez Groignard où il devint rapidement délégué du personnel. Il se maria, le 15 mars 1947, avec Angèle Garcia dont il eut quatre fils. Licencié de l’entreprise Groignard le 28 mai 1949, il fut ensuite employé quelques mois par la société minière-amiante de Canari, en Corse, puis à la SNCASE à Marignane jusqu’en mai 1951. Il militait alors à la CGT et son engagement ne favorisait pas la stabilité professionnelle. Il retrouva ensuite un emploi dans la réparation navale de Marseille, chez Durbec et Cie, puis à la Compagnie Fabre-Fraissinet (de 1951 à 1976).

Raphael Montarello, en pré-retraite depuis le début 1977, prit sa retraite le 31 décembre 1982 et se retira dans le petit village de Pierrevert, à proximité de Manosque (Alpes de Haute- Provence). Il participa à la création de l’association de mémoire Basses-Alpes 1939-1945. En septembre 2004, à l’occasion de la commémoration de la Libération organisée par le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, sa photographie et une courte biographie figurèrent parmi les 60 portraits de résistants exposés à l’hôtel de région. Il intervint à Manosque pour des causeries d’Amis de la Résistance. Il décéda le 1er mars 2009 et fut enterré dans le cimetière des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône). Un hommage lui fut rendu par la section de Manosque de l’ANACR et par son frère Séverin qui lut à cette occasion la prière de la JOC. « Rien ne nous divisait, écrit-il. Nous restions unis pour lutter pour la promotion collective des travailleurs ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139712, notice MONTARELLO Raphaël par Robert Mencherini, version mise en ligne le 20 février 2012, dernière modification le 16 février 2016.

Par Robert Mencherini

SOURCES : Arch. Bouches-du-Rhône, 8 W 67. — Entretien avec le militant. —Ttémoignage et documents de son frère, Severin Montarello – Severin Montarello, Et pourquoi pas moi, Marseille, chez l’auteur, Imprimerie Grignan, 1994. – Jean-Maurice Claverie, La Résistance notre combat, Ed. au seuil de la vie, Aix-en-Provence, 1991. — Marcel-Pierre Bernard, Les communistes dans la Résistance, Marseille et sa région, thèse de doctorat de troisième cycle, sous la direction d’Émile Temime, Université de Provence, Aix-en-Provence, 1982. — Robert Mencherini, Résistance et Occupation, Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930 - 1950, tome 3, Syllepse, 2011.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément