MORAND Henri

Né le 26 février 1914 à Arles (Bouches-du-Rhône), mort le 26 novembre 2010 à Arles ; instituteur puis professeur ; syndicaliste, communiste, résistant (Front national de lutte pour la Libération de la France et FTPF) ; sous-préfet d’Arles à la Libération.

Henri Morand naquit à Arles, rue du Quatre septembre, où sa mère tenait une épicerie. Son père était comptable à la compagnie Drouard qui travaillait pour les chemins de fer. À la fin de la Grande guerre, l’entreprise le muta en Haute-Saône, aux Ballastières de Champagney. C’est donc dans ce pays plus froid qu’Henri Morand continua, vers six ans et demi, sa scolarité et fréquenta le cours complémentaire de la ville jusqu’à l’âge de 16/17 ans. Il décida alors de présenter le concours d’entrée à l’École normale, et, désireux de retrouver le soleil du Midi, il choisit celle d’Aix-en-Provence.

Il y fut admis à sa deuxième tentative, en 1932, au 16e rang des 35 lauréats sur les 300 candidats des Bouches-du-Rhône. C’est à l’École normale d’Aix qu’il fit ses premières armes revendicatives. Les élèves se plaignaient du caporalisme qui régnait dans l’établissement et des brimades qu’ils subissaient. En février 1933, ils décidèrent une grève de protestation. Ils furent sanctionnés, mais une intervention de l’inspection générale entraîna la mise en congé du directeur. L’expérience marqua Henri Morand qui sympathisa avec les normaliens les plus engagés.

Après l’obtention du brevet supérieur en juin 1935, Henri Morand fut appelé sous les drapeaux. Incorporé le 21 octobre 1935, il fit son service militaire au 4e régiment d’artillerie à Colmar (Haut-Rhin). Nommé maréchal des Logis en avril 1936, il fut renvoyé dans ses foyers le 10 avril 1937.

Il occupa alors un poste d’instituteur à l’école primaire de Fontvieille (Bouches-du-Rhône), village des Alpilles qui, au temps du Front populaire, lui apparut très marqué à gauche. Il y rencontra Paule Dubois, une jeune Arlésienne, institutrice comme lui. Ils se marièrent le 13 juillet 1938. En octobre 1938, Henri Morand fut détaché à Arles, à l’École des métiers Louis Pasquet (futur collège technique) qui préparait au certificat d’aptitude professionnelle.

Le couple participa à la grève générale du 30 novembre 1938 et à la collecte de solidarité qui suivit l’échec du mouvement. Dans la lancée, tous deux donnèrent leur adhésion au Parti communiste. Ils habitaient le quartier populaire de la Roquette à Arles et c’est à la cellule de ce quartier qu’ils furent affectés. Henri Morand en devint rapidement secrétaire. Disposant d’une petite 6 CV Fiat, il fut désigné lors de la Retirada et de l’arrivée dans la région de personnalités républicaines espagnoles, pour les récupérer aux Salins de Giraud où elles accostaient et les convoyer jusqu’à Arles. Il se souvenait d’avoir effectué plusieurs voyages de ce type. Son épouse militait dans une organisation féminine antifasciste qui collectait des vivres pour les enfants espagnols.

La guerre déclarée, il fut mobilisé le 2 septembre 1939 et affecté au 173e régiment d’artillerie lourde à longue portée. Ce dernier prit position entre Lemberg et Saint-Louis-lès-Bitche, près de la zone de combat. C’est peut-être pour l’éloigner de celle-ci, qu’en avril 1940, Henri Morand fut affecté à Nîmes, puis à Grasse, et après la déclaration de guerre de l’Italie, au camp du Larzac. C’est là qu’il fut démobilisé, le 12 juillet 1940. Revenu à Arles, il reprit son poste à l’École des métiers Louis Pasquet, tandis que sa femme enseignait à l’école primaire de Pont de Crau, à quelques kilomètres du centre d’Arles.

Le Parti communiste arlésien, dont les cadres étaient internés, était alors en sommeil. Henri Morand participa aux collectes de solidarité avec les internés. À l’automne 1941, il fut approché par la région pour réorganiser le Parti communiste clandestinement. Il s’y employa avec deux cheminots des ateliers SNCF d’Arles (qui regroupaient alors 1 500 salariés), Pierre Paul et Victorin Mourgues. Il eut comme pseudonymes René, André. Les premiers tracts furent manuscrits et dupliqués au papier carbone, puis imprimés avec une petite presse, issue du matériel Freinet de l’école de Mézoargues (Bouches-du-Rhône). Peu à peu, des groupes communistes se formèrent, en particulier au sein des ateliers SNCF, en Camargue et dans les Alpilles, à Saint-Rémy de Provence.

Parallèlement, Paule Morand, contactée par des camarades de promotion, aidait le réseau d’aide aux enfants espagnols, réfugiés et juifs, monté par un couple d’instituteurs de Marseille, Henri et Henriette Julien, qui géraient une maison d’enfants dans un mas de Maussanne (Bouches-du-Rhône). Henri Morand en assurait aussi le ravitaillement.

En 1943, le couple auquel était né un fils, Pierre, le 6 juillet 1941, s’était installé à Pont de Crau, à proximité de l’école. Au début de l’année, Henri Morand reçut l’aide d’un permanent clandestin, envoyé par la région, François. Celui-ci prit en charge l’organisation du PC et de la CGT. Il fut remplacé en juin 1943, par Léon David. Henri Morand fut plus particulièrement responsable du Front national et de la solidarité. Une ronéo, dérobée à l’École des Métiers, améliora considérablement l’impression des tracts.

En 1944, Henri Morand représenta le Front national lors de la première réunion du comité de Libération d’Arles. Celle-ci eut lieu le 6 février 1944, à Arles, 16 rue Lagoy. Henri Morand en devint le secrétaire aux côtés de Pierre Pouly, des Corps francs de la Libération (MUR) désigné comme président, et, Julien Chavoutier, de l’Armée secrète, responsable militaire. Du 22 au 24 août 1944, Henri Morand, bien que tenu en réserve comme « politique », participa aux combats de la Libération d’Arles.

Le 6 septembre 1944, Henri Morand fut nommé délégué aux fonctions de sous-préfet d’Arles, par arrêté du commissaire régional de la République, Raymond Aubrac, confirmé par décret du GPRF du 14 avril 1945. Il eut à gérer les questions aiguës du ravitaillement, de l’ordre public et de l’épuration qu’il s’efforça d’encadrer légalement. Il favorisa aussi la création de homes pour les enfants en déshérence. Un autre problème de maintien de l’ordre apparut lors du rapatriement des troupes américaines, massivement rassemblées dans la commune voisine de Saint-Martin de Crau.

Le 1er novembre 1946, en dépit de nombreuses protestations de la part d’élus, de syndicats, d’associations de résistants et d’anciens combattants et de la chambre de commerce d’Arles, il fut remis à la disposition de l’Éducation nationale. Nommé sous-préfet honoraire par décret du 26 novembre 1946, Henri Morand participa à l’association des anciens préfets et sous-préfets. Comme ses collègues, il demanda vainement, pendant des années, sa réintégration dans le corps préfectoral. Il fut un temps, en 1947, employé au ministère de la Reconstruction, 47, rue de Lille à Paris, puis reprit son poste d’enseignant au collège technique Louis Pasquet, comme professeur de lettres, jusqu’à sa retraite. Il intervint à de nombreuses reprises pour donner son témoignage de résistant.

Henri Morand fut incinéré dans l’intimité le 29 novembre 2010. Immatriculé FFI du 1er janvier 1943 au 31 septembre 1944, il était titulaire de la Croix de guerre 39/45, de la Médaille de la Résistance, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance. Le conseil municipal d’Arles lui rendit hommage le 15 décembre 2010.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139713, notice MORAND Henri, version mise en ligne le 20 février 2012, dernière modification le 19 septembre 2017.

SOURCES : Entretiens avec le militant. — Arch. de l’Association pour un Musée de la Déportation du pays d’Arles (fonds Henri Morand). – Info Arles (Bulletin municipal), n° 148, janvier 2011. – Le blog de Nicolas Koukas. — Nicolas Koukas, La Résistance à Arles, 1940-1944, maitrise d’histoire, Université d’Avignon, 1997. — Robert Mencherini, Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930–1950, tome 3, Résistance et Occupation, Syllepse, 2011.

Robert Mencherini

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