BEAULIEU Jacqueline [née LEVY Jacqueline, Suzanne, dite, épouse BLOC, puis LALANDE]

Par Claude Pennetier

Née le 27 avril 1925 à Vitry-le-François (Marne), morte le 31 mai 2011 à Paris (Xe arr.) ; employée, institutrice puis journaliste à l’Humanité-Dimanche, chef de la rubrique Média ; militante de Meurthe-et-Moselle puis de Paris ; en rupture avec le PCF en 1981 et licenciée de l’Humanité.

Jacqueline Lévy naquit dans une famille juive d’ancienne souche française qui faisait si bien silence sur cette origine qu’elle ne comprit que très tard, à douze ans, son lien avec la judaïté. Son père avait une entreprise « Lévy frères, les fils de Jacob Lévy » et des terres dans la campagne environnant Vitry-le-François. Elle fut élevée bourgeoisement dans une famille de gauche, respectueuse de l’école et de la bienséance. Elle se devait de réussir à l’école – ce qu’elle fit – et d’avoir un comportement digne. Son frère était destiné à la reprise de l’entreprise. Elle fut en réaction contre le carcan familial, surtout lorsque son père se soumit aux règles administratives de Vichy qui touchait les Juifs. Les aléas de la guerre, le départ en zone libre, lui permirent de prendre de la distance.

Après la Libération, elle se maria jeune avec Jacques Bloc, commerçant, pour gagner sa liberté. Le couple eut deux enfants, mais les rapports avec la belle famille très conservatrice furent difficiles. Vivant à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), titulaire du baccalauréat, elle fut employée, puis remplaçante dans l’enseignement mais sans en tirer satisfaction. Son adhésion au Parti communiste en 1947, suivie de celle de son mari en 1949, lui donna un nouveau souffle. Elle fut secrétaire de cellule puis section et écrivit dans La Voix de l’Est prenant ainsi goût au journalisme. La fédération voulait assurer sa promotion au comité fédéral et la présenter aux élections locales lorsqu’une crise dans son couple la conduisit à quitter Lunéville pour Paris et à subir l’opprobre des responsables et militants locaux. Son mari fut membre du comité fédéral en 1953, secrétaire de la section de Lunéville, puis quitta le PCF.
Militante communiste parisienne à partir de 1953, mais avec une activité moins intense, elle fut à nouveau institutrice, travailla pour la télévision scolaire puis demanda à être journaliste dans la presse du PCF. Jean Dorval lui proposa d’être secrétaire à l’Office parisien des papiers, une entreprise du parti. Elle accepta en renâclant et en guettant une occasion pour revenir à son projet initial. En 1962, Raymond Lavigne la prévint que l’Humanité Dimanche allait recruter un rédacteur pour la rubrique télévision. Elle fut prise comme pigiste et s’affirma : elle devint chef de la rubrique Média, succédant à Jack Ralite, de 1962 à 1981.

Très tôt elle se manifesta par son franc-parler, ainsi dans sa cellule elle critiqua le mode de préparation du XVIIe congrès qui se tint à Paris le 14-17 mai 1964. Pour présenter les conclusions du congrès, la direction réunit l’ensemble du personnel de la presse communiste. À sa grande surprise, Georges Marchais, secrétaire à l’organisation dénonça quatre journalistes, dont Jacqueline Beaulieu (son nom de presse inspiré par le domaine agricole de son père), pour leur comportement politique. Elle monta à la tribune pour dire que les réunions de cellule étaient des lieux d’échanges politiques. « Tu aggraves ton cas » répliqua [Étienne Fajon-20040] qui refusa cependant, dans les jours suivants, sa démission du journal.

Elle poursuivit donc sa carrière avec une belle réussite professionnelle, mais sans participer à la vie du parti. Elle avait déjà contesté la campagne contre le planning familial dans les années 1950, elle critiqua la position de son parti en 1968, soutint Roger Garaudy et ne supporta pas la position de la direction lors de la rupture du Programme commun.

La direction de l’Humanité la licencia début 1982 avec une quinzaine d’autres journalistes, pour des raisons économiques, ce qu’elle contesta en affirmant devant les micros et caméras de Michel Polac qu’il s’agissait d’un licenciement politique. Elle condamna à cette occasion la prise en main de la Pologne par l’armée, déclarant qu’elle n’acceptait pas de « journalistes en uniforme ».

Elle travailla pour les magazines de Temps présent et pour divers journaux et publia des livres sur la télévision. Elle était mariée avec l’acteur Jacques Lalande qui appartint à troupe du TNP puis œuvra pour le théâtre décentralisé, fit des rôles secondaires au cinéma et à la télévision. Il avait débuté dans le théâtre militant (Henri Martin), mais il resta seulement sympathisant du PCF. Elle entretenait un large réseau d’amitié dans les milieux de la télévision de la presse et du théâtre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139750, notice BEAULIEU Jacqueline [née LEVY Jacqueline, Suzanne, dite, épouse BLOC, puis LALANDE] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 4 mars 2012, dernière modification le 19 novembre 2021.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : J’ai pleuré à la mort de Staline. Souvenirs partiels et partiaux de trois quarts d’un siècle mouvement, octobre 2006, tirage limité pour sa famille et ses amis, 117 p.

SOURCES : Renseignements communiqués par Jacqueline Beaulieu. — Presse.
IMAGE ET SON : INA « L’Humanité et les licenciements politiques ». Droit de réponse, de Michel Polac. TF1, 23 janvier 1982, 7 minutes.

IMAGE ET SON : INA « L’Humanité et les licenciements politiques ». Droit de réponse, de Michel Polac. TF1 23/01/1982 7 minutes..

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