LÉVY William, Simon

Par Gilles Morin

Né le 20 janvier 1908 à Alger, tué par l’OAS à Alger le 20 novembre 1961 ; comptable, employé à la mairie d’Alger, directeur de chantiers navals ; militant socialiste ; adjoint au maire d’Alger (1945-1946) ; secrétaire de la fédération SFIO d’Alger (1950 puis 1958-1961).

Issu d’une famille juive d’Algérie, William Lévy était un syndicaliste CGT de longue date, lorsqu’il adhéra à la SFIO en 1935. Il était secrétaire général du syndicat des employés municipaux d’Alger, trésorier et délégué régional adjoint de la 7e région des services publics et de santé et secrétaire adjoint des syndicats confédéraux du département d’Alger.

Révoqué de ses fonctions municipales à la suite de la grève de novembre 1938, William Lévy prit la tête des syndicats confédérés algérois après le Pacte germano-soviétique. Réintégré, il fut de nouveau révoqué par Vichy. À la Libération, il entra dans l’industrie privée comme entrepreneur de Travaux publics.

William Lévy était membre du bureau de la fédération socialiste d’Algérie en 1944-1947 et fut conseiller municipal, puis adjoint au maire d’Alger en août 1945. Il démissionna de son poste avec tous les socialistes en novembre 1946.

Présenté comme candidat SFIO à la première Assemblée constituante en octobre 1945 et aux élections législatives de novembre 1946, William Lévy fut de nouveau candidat à l’élection partielle du 27 janvier 1952, en remplacement de M. Colonna d’Istria, démissionnaire. Il obtint alors seulement 3 762 voix sur 103 512 exprimé, Jacques Chevallier, futur maire d’Alger l’emportant. La candidature d’un libéral en la personne de Chevallier et le fait que Lévy était peu connu semblent expliquer l’échec des socialistes qui perdaient près de 60 % de leurs électeurs de 1951.

Secrétaire de la fédération socialiste d’Alger en 1950 puis en 1958-1961, William Lévy s’inquiéta rapidement de la politique menée par le gouvernement Guy Mollet. En juin 1957, Le Monde et L’Express firent état de son opposition à la politique menée par Robert Lacoste et à une démarche qu’il aurait accomplie auprès de Guy Mollet le 6 avril précédent, au nom de la majorité des cadres algériens, dont Henri Doumenc, sénateur du Constantinois et Charles Ceccaldi-Raynaud, secrétaire de la fédération d’Algérie à cette date. Il nia vigoureusement cette démarche – il aurait porté un rapport rédigé par Ceccaldi-Raynaud –, évoquée publiquement par Henri Doumenc. Il affirmait être allé rencontrer Guy Mollet pour des questions intérieures au parti.

William Lévy représentait régulièrement ses camarades algérois dans les réunions nationales du parti. Alors que sévissait la guerre d’indépendance de l’Algérie, il siégeait souvent dans les instances de ces réunions. Il appartint ainsi à la commission internationale au conseil national des 3 et 4 mai 1958 qui venait de décider le départ d’Alger de Robert Lacoste, fut membre de la commission de résolution du conseil national du 11 avril 1960 et figurait souvent parmi les assesseurs des présidents de séances du début de la guerre d’Algérie, jusqu’à son décès.

William Lévy défendait à la tribune des réunions nationales de la SFIO la possibilité pour les Européens d’Algérie de rester dans ce qu’ils considéraient comme leur pays. Il critiqua ainsi vertement au conseil national de décembre 1956 les positions d’Alain Savary*, qui avait justifié le droit à l’indépendance à moyen terme et expliqué qu’une partie des Européens devaient rentrer en métropole pour obtenir un meilleur partage des richesses. Lévy voulait pour sa part « se sentir national » dans le pays où il était né. Il relativisait aussi la profondeur du fossé entre Musulmans et Européens, se montrait compréhensif envers ceux qui avaient eu le mérite, même en faisant couler le sang, de mettre le problème algérien à l’ordre du jour, estimant qu’il y avait une révolution en Algérie. Mais, il jugeait que l’on avait déformé une « révolution de classe », en faisant apparaître un prolétariat s’insurgeant contre la France. Il voulait éviter que l’Algérie « ne passe à la sécession » et défendait donc un statut, dans l’esprit de la motion du congrès de Lille, laquelle prévoyait une lutte sur deux fronts, et en assurant une égalité réelle entre tous, Musulmans et Européens. Il fut désigné à la commission des résolutions du conseil national.

Au congrès national de juin 1957 à Toulouse, William Lévy demanda que tout statut nouveau soit conditionné à la pérennité d’un arbitrage de la République française qui garantirait la défense des intérêts de la minorité européenne, ne croyant pas – de part l’expérience tunisienne – au respect des promesses d’une vocation à l’indépendance qui se limiterait à cela, mais qui conduirait fatalement à l’exigence de l’indépendance. Il dénonçait aussi le rôle de l’Union soviétique et du PCF derrière Bourguiba et Nasser ; le but des communistes étant selon lui de détruire le Pacte atlantique en s’en prenant à la France.
Au congrès national de 1960 encore, William Lévy intervint pour s’opposer à un éventuel monopole de discussion avec le FLN, invitant ses camarades à n’abandonner ni les Européens, ni les Musulmans fidèles à la France. Francis Leenhardt, qui présentait la motion des Bouches-du-Rhône, contra longuement ses arguments. Il lançait par ailleurs régulièrement des avertissements concernant les ultras, craignant deux fascismes antagonistes. Il refusait de se taire et de quitter l’Algérie, tenant à maintenir une parole socialiste dans le conflit. Ayant reçu des menaces de mort et l’injonction de quitter la ville d’Alger – qu’il se refusait à entendre – William Lévy fut abattu au volant de sa voiture, dans le quartier de Bab-el-Oued d’Alger, le 20 novembre 1961 par des tueurs de l’OAS. Il avait cinquante-deux ans et était père de treize enfants. L’un de ses fils avait été tué en 1957 par le FLN et sa nièce fut amputée des deux jambes après l’attentat de la Corniche en juin 1957. Le bureau de la SFIO organisa au plan national une journée William Lévy, entre le 29 novembre et le 3 décembre 1961. Des rues et places de diverses villes dirigées par des socialistes portent son nom.

William Lévy, socialiste sensible aux causes ayant provoqué la Révolution algérienne, est représentatif de certains français d’Algérie, juifs ou non, qui ne pouvaient se résoudre à une indépendance accompagnée du départ de l’immense majorité des Européens. Il considérait cette terre où il était né comme son pays, pouvant accueillir plusieurs communautés. Méfiant envers le FLN, mais attentif envers les conditions des Musulmans, il était hostile à toute politique uniquement répressive et aux ultras puis à l’OAS. Il fut abattu pour cela par ses derniers, de même que Camille Blanc, maire d’Évian, l’inspecteur de l’Éducation nationale Max Marchand, ou le secrétaire de la section de Perrégaux notamment.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139900, notice LÉVY William, Simon par Gilles Morin, version mise en ligne le 10 mars 2012, dernière modification le 26 avril 2013.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3233, 3252 ; F/1cII/113/D et 212. — Arch. de l’OURS, dossiers Levy, Alduy, et F9/26MM. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 103, circulaire nationale du 23 novembre 1961. — Démocratie 61, n° 109 du 23 novembre 1961. — Le Populaire, 23 novembre 1961.

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