TOURNADRE Jacques, dit Marius

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Né le 26 avril 1861 à Marchal (Cantal), mort le 12 septembre 1901 à Marchal ; camelot, ébéniste, publiciste ; anarchiste.

Marius Tournade, à gauche
Marius Tournade, à gauche

Fils de cultivateurs propriétaires dans le Cantal, ancien camelot devenu ébéniste, Marius Tournadre aurait participé au début des années 1880 à la fondation du groupe "Les Égaux troyens". Puis il aurait quitté l’Aube et réapparaissait à Clermont-Ferrand où en 1886 il rédigeait et envoyait à la Préfecture les statuts de la société "Les Égaux clermontois", qui serait le premier groupe anarchiste créé dans le Puy-de-Dôme. Il travaillait alors comme rhabilleur de billards, avenue Charras.

Fin octobre 1886, il était signalé dans l’arrondissement d’Issoire – bassin minier de Brissac – où, selon le Préfet, il faisait partie d’un groupe d’agitateurs anarchistes sillonnant la région « pour soulever le bassin minier ». Le 25 octobre, suite à une rixe à Saint-Flour, il était inculpé « d’outrage à la gendarmerie », ce qui constituait le début d’une longue série d’inculpations.
Le 24 septembre 1893, Marius Tournadre, au gymnase Faure rue Blatin à Clermont-Ferrand, organisa une conférence contradictoire, sous l’étiquette « Union des groupes socialistes révolutionnaires français » au profit des grèves du nord et du Pas-de-Calais, avec comme ordre du jour la grève générale – les moyens pacifiques - les moyens violents - le rôle de la dynamite - la question religieuse et la question sociale -la suppression des bourgeois.

Au début des années 1890 il aurait été le gérant d’un journal, La Lutte (non retrouvé) et en mai ou juin 1891 fut jugé avec Louis Vivier pour « provocation à la désobéissance » et acquitté. En juin 1892, la gendarmerie signalait qu’il était dans les auberges du canton de Latour (Issoire) où il « glorifiait Ravachol » et se présentait « comme son disciple ». L’année suivante il fut candidat socialiste révolutionnaire à Thiers lors des élections législatives ; le 21 août, lors du scrutin, il tenta de se saisir d’une urne et de disperser les bulletins au cri de « Vive la Révolution ». Il fut de nouveau candidat à Thiers lors des élections de 1895, et, selon la police, organisa « des conférences sauvages » et semait « le désordre ». Entretemps, il s’était établi à Paris.

Marius Tournadre est resté dans l’iconographie du Mouvement ouvrier grâce à sa photo de 1893 aux côtés d’Achille Le Roy et Maxime Lisbonne : les trois "académicides". Les trois complices avaient déposé à l’Académie française une marmite (à la Ravachol) contenant leurs cartes de visites et leurs candidatures à l’Académie.

Il n’avait pas participé à Commune de Paris, à la différence des deux autres, et était présenté comme un « militant infatigable de la cause anarchiste dans les bassins miniers ».

Tournadre, qui habitait alors rue Ramey 52, Paris 18e arr. et se disait publiciste, n’échappa pas aux rafles de 1894 dans les milieux anarchistes parisiens : il fut arrêté le 3 avril. En 1897, il était toutefois recherché.

Il est mort dans son village d’origine « où il se trouvait de passage » ; selon l’acte de décès, il était alors sans domicile fixe et sans profession spéciale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139904, notice TOURNADRE Jacques, dit Marius par Rolf Dupuy, Marianne Enckell, version mise en ligne le 11 mars 2012, dernière modification le 31 mai 2020.

Par Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Marius Tournade, à gauche
Marius Tournade, à gauche

SOURCE : Mémoire de maîtrise de Frédéric Boiron, Le mouvement anarchiste dans le Puy-de-Dôme, 1881-1914. — Archives départementales du Puy-de-Dôme : M 4516. — AD Cantal, actes de naissance et de décès de Champs-sur-Tarentaine-Marchal. — APPo Ba 1500, Liste et états d’anarchistes 1892-1915. — La Commune, n° 49, 2012.

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