MAISONNEUVE Raymond

Par Claude Cuenot

Né le 28 janvier 1899 à Besançon (Doubs), mort le 17 avril 1965 à Besançon ; agent de distribution à la Société des Forces Motrices de l’Est puis à EDF ; syndicaliste CGT puis Force ouvrière (FO), secrétaire de l’Union départementale CGT, puis FO du Doubs ; militant socialiste.

Fils d’Auguste Maisonneuve, employé du chemin de fer, et d’Étiennette Mangault, sans profession, Raymond Maisonneuve s’engagea volontairement pour le front à dix-sept ans en 1916 et il fut médaillé. À sa démobilisation, de forte constitution, il fut embauché comme porteur chez un marchand de viande en gros de Besançon. Il aurait alors adhéré au syndicat des ouvriers bouchers affilié à la CGT. Lorsque la scission syndicale intervint dans le Doubs, la majorité des syndicats bisontins dont celui des bouchers restèrent fidèles à la CGT confédérée.

Très tôt et durablement opposé aux communistes, Raymond Maisonneuve disait avoir été influencé par des militants libertaires dans cette première partie de sa vie. L’anticléricalisme tenait aussi une place primordiale dans ses convictions et il n’hésitait pas à en venir aux mains avec certains curés. Il participa en 1934-1935 aux manifestations contre la menace fasciste et aux combats de rue qui opposaient les militants de gauche aux ligues.

Après avoir travaillé depuis la fin des années 1920 à l’usine des soieries où n’existait plus de syndicat, Raymond Maisonneuve devint en 1935 agent de la Société des Forces Motrices de l’Est au centre de distribution de Besançon. Il occupa le poste de secrétaire du syndicat CGT sept mois après son arrivée, exerçant là ses premières responsabilités syndicales. Seules les organisations du gaz et des forces motrices, des établissements militaires et des typographes réunissaient de nombreux adhérents au moment de la réunification, sans concurrent unitaire dans ces secteurs. Aucun accord n’intervint entre les deux Unions locales CGT et CGTU avant la conclusion des négociations sur le plan national. Raymond Maisonneuve devint responsable de la fédération de l’Éclairage pour le Doubs en 1938 et le 28 novembre, il présida le meeting contre les décrets-lois à Besançon, où Adrien Jeannin* prit la parole devant près de trois mille personnes. Au congrès de l’Union départementale en mai suivant, il fut élu à quarante-quatre ans membre suppléant de la commission administrative. Dans cette instance, il approuva la rupture avec les syndicalistes communistes après la signature du Pacte germano-soviétique.

Mobilisé en septembre 1939, Raymond Maisonneuve retrouva Besançon peu après la débâcle et reprit son travail. En 1943, il rejoignit le groupe « Libération » d’Adrien Jeannin et Jean Minjoz*, cacha, diffusa la presse de ce mouvement et récupéra plusieurs parachutages. En octobre de cette même année, il participa à la reconstitution clandestine de l’Union départementale CGT avec des ex-confédérés réunis autour de Georges Vagneron* et Jules Pagnier*. Il remplaça ce dernier comme secrétaire pour le Doubs en novembre 1944, représentant déjà la CGT au Comité local de libération de Besançon par arrêté préfectoral du 8 septembre.

Au congrès départemental d’avril 1945, Raymond Maisonneuve fut élu secrétaire général permanent de l’UD et assura ainsi une direction ex-confédérée aux syndicats du Doubs. Lors de cette assemblée, il adopta une attitude conciliatrice au moment de l’exclusion d’Adrien Jeannin, et le syndicat qu’il dirigeait prôna l’abstention sur ce vote. Durant ses mandats, il œuvra notamment contre la hausse des prix et les carences du ravitaillement, avec des plaidoyers presque populistes où il demandait par exemple, avec humour, de « pendre les bouchers ».

Dans les instances dirigeantes de la CGT du Doubs, les débats entre tendances demeuraient vifs, particulièrement entre Raymond Maisonneuve et Gaston Genin*, le premier reconnaissant facilement son « franc-parler loyal mais peu académique ». Les désaccords portaient en particulier sur la représentation des syndicats lors des congrès départementaux, les statuts de décembre 1935 favorisant considérablement les petits syndicats bisontins et par conséquent les ex-confédérés.

Raymond Maisonneuve partageait la stratégie de reconquête engagée par Robert Bothereau* et Léon Jouhaux, et c’est tardivement qu’il construisit avec Jules Pagnier*, Louis Clerc* et Léon Raulin* un groupe Force ouvrière dans ce département. Lors de la réunion du comité confédéral national des 12 et 13 novembre 1947, il soutint, au nom de son union départementale, le texte de la minorité présenté par Léon Jouhaux, refusant « de souscrire à une décision qui, en faisant dépendre l’activité syndicale d’autres assemblées que les assemblées régulières, risque de briser l’unité ouvrière ». Fin 1947, après avoir réfléchi durant plusieurs mois, Raymond Maisonneuve fut un des premiers à répondre à l’appel de l’équipe qui jeta les bases de la fédération Force ouvrière des Industries de l’énergie électrique et du gaz.

Il organisa parallèlement la nouvelle Union départementale du Doubs, et même s’il fut parfois critiqué au sein de Force ouvrière pour son manque de dynamisme, il en resta secrétaire général de 1948 à juin 1958 avec Louis Clerc. Il fut alors remplacé par Émile Geoffroy, assisté d’Abel Manso. Très proche de la retraite ou en retraite, Raymond Maisonneuve fut nommé président d’honneur de son UD.

Secrétaire du syndicat Force ouvrière du centre EDF de Besançon, il fut aussi élu au comité fédéral à l’issue du Ier congrès de sa fédération tenu en juin 1948, puis à la commission exécutive et au comité fédéral, du IIe au Ve congrès inclus (octobre 1950-octobre 1956). De 1957 à 1959, il fut administrateur du Comité de coordination des Caisses mutuelles complémentaires d’action sociale.

Adhérent de la SFIO depuis 1936, Raymond Maisonneuve fut élu conseiller municipal de Besançon le 13 mai 1945 et cinquième adjoint du maire Jean Minjoz* jusqu’en 1947, chargé des prix, du ravitaillement et de la main d’œuvre, puis réélu conseiller municipal jusqu’en 1965. Il créa d’ailleurs une boucherie municipale en 1945 pour diminuer les difficultés d’approvisionnement. Représentant la municipalité, il fut aussi durant dix ans membre de la commission administrative et ordonnateur de l’hôpital de cette ville. Adhérent à la Libre Pensée, Raymond Maisonneuve était affilié à la loge maçonnique de Besançon.

De son mariage avec Germaine Fleurot, le 20 octobre 1923 naquirent trois enfants. Le cadet, René Maisonneuve, travailla à EDF et milita à Force ouvrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139957, notice MAISONNEUVE Raymond par Claude Cuenot, version mise en ligne le 19 mars 2012, dernière modification le 14 août 2013.

Par Claude Cuenot

SOURCES : Arch. Dép. Doubs, fonds CGT, bureau et commission administrative de l’Union départementale ; M 3069, rapport des renseignements généraux du 10 juin 1948. — Compte rendu du congrès confédéral de la CGT en avril 1946. — Comptes rendus des congrès confédéraux de FO de 1948 à 1956 et de 1966. — L’évolution intérieure de la Confédération Générale du Travail (Documents et Chronologie), Paris, La Documentation française, Notes et études documentaires, n° 1 239, 2 décembre 1949. — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 22 janvier 1948, 16, 23 et 30 juin 1949, 11 avril 1954, 14 juillet 1955, 12 juin 1958. — Michel Dreyfus, Éric Belouet, Dictionnaire biographique des gaziers-électriciens, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 1997. — Claude Cuenot, La CGT dans le Doubs : l’Union départementale de 1944 à 1950, mémoire de maîtrise, Besançon, 1990. — Lettre de Raymond Maisonneuve à J. Minjoz, 28 mars 1963. — Témoignages de son fils René Maisonneuve, de Robert Charles, de Pierre Rizzi et Robert Roth. — Notes de Louis Botella. — État civil de la mairie de Besançon.

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