MALÉ Guy, Joseph

Par André Balent

Né le 1er juillet 1930 à Rigarda (Pyrénées-Orientales) ; mort le 3 décembre 1987 à Paris ; employé puis directeur technique à la Mutualité sociale agricole des Pyrénées-Orientales (jusqu’en 1983) ; conseiller municipal de Bolquère (Pyrénées-Orientales) (1965-1977) ; maire de Bolquère (1977-1983) ; maire de Prades (1983-1987) ; conseiller général de Mont-Louis (1973-1985) ; conseiller général de Prades (1985-1987) ; vice-président du conseil général des Pyrénées-Orientales avec délégation pour suppléer le président, malade (1979-1982) ; président du conseil général des Pyrénées-Orientales (1982-1987) ; sénateur des Pyrénées-Orientales (1983-1987) ; adhérent du PS (1973-1976) puis du MRG, puis de l’UDF ; syndicaliste Force ouvrière (FO) des Pyrénées-Orientales ;

Guy Malé, site www.senat.fr
Guy Malé, site www.senat.fr

Guy Malé naquit à Rigarda, un petit village du bas Conflent où ses parents — Joseph, Édouard, Michel Malé, né à Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales) le 8 mai 1898 et Berthe, Amélie, Anna Deit, née à Perpignan le 28 novembre 1902 — étaient alors instituteurs. Son père fut un ami de Léon-Jean Grégory* maire SFIO de Thuir depuis 1956 qui facilita son insertion dans la vie professionnelle et la vie politique départementale. Ses grands-parents étaient agriculteurs. Par sa grand-mère maternelle, née Deit Guy Malé avait des attaches à Banyuls-des-Aspres, une commune viticole du sud de la plaine roussillonnaise. Il fréquenta d’abord l’école primaire de Latour-de-France (Pyrénées-Orientales) commune où ses parents avaient été nommés, puis le lycée François-Arago de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Il poursuivit ensuite ses études au collège technique de (Pyrénées-Orientales) et à une école professionnelle supérieure de Paris où il obtint un diplôme de technicien du bâtiment.

Le 14 avril 1951 Guy Malé se maria à Latour-de-France avec Laurence, Georgette Dunyach dont il eut deux enfants, une fille et un fils, Jean-Luc, instituteur, qui fut conseiller général de Prades après la mort de son père.

En janvier 1957, il fut recruté par la Mutualité agricole des Pyrénées-Orientales. Il y occupa le poste de directeur technique de La Demeure catalane, un organisme coopératif issu du comité départemental de l’habitat rural. En 1983, son accession à diverses fonctions politiques électives le conduisit à se mettre en disponibilité.

À la fin des années 1950, Guy Malé adhérait à la fois à la SFIO dont il resta un adhérent de base et à FO. Il fut signalé, en novembre 1960, comme étant secrétaire général adjoint de l’Union départementale FO des Pyrénées-Orientales.

Guy Malé fit la première partie de sa carrière d’élu politique dans le sillage de Léon-Jean Grégory*, sénateur et « homme fort » du conseil général depuis la mort de Louis Noguères en 1956 bien avant qu’il n’accédât à sa présidence en 1973.. Guy Malé devint au début des années 1970 un de ces hommes confiance. dont il devint un des hommes de confiance. En 1965, il fut élu conseiller municipal et adjoint au maire de Bolquère (Pyrénées-Orientales), un village de haute Cerdagne, par ailleurs station de sports d’hiver où il possédait une résidence secondaire. Réélu aux mêmes fonctions en 1971, il fut élu maire de Bolquère à l’issue des élections municipales de 1977. Guy Malé adhéra au Parti socialiste en 1973 lorsqu’il fut candidat (et élu) dans le canton de Mont-Louis auquel était rattachée la commune de Bolquère. Il demeura adhérent du PS jusqu’en 1976.

Cette année-là, les élections cantonales auraient dû permettre à l ‘union de la gauche de l’emporter largement et de mettre un terme à l’hégémonie d’une coalition centriste départementale groupant la gauche et la droite modérée, l’Union républicaine et socialiste, animée par le sénateur Grégory, président sortant du conseil général. Beaucoup d’élus départementaux qui adhéraient alors au PS (six après le scrutin de mars 1976) ou au MRG, étaient des affidés (dont Guy Malé dont le siège de conseiller général n’était pas renouvelable en 1976) de Léon-Jean Grégory obstinément hostile à une alliance avec le PCF. Or, la poussée de la gauche aux élections cantonales de 1976 dans les Pyrénées-Orientales s’effectua principalement au profit du PCF qui, à l’issue du second tour se trouvait en position de revendiquer la présidence du conseil général, conformément aux accords conclus entre les signataires du programme commun de la gauche. Léon-Jean Grégory avait virtuellement perdu la présidence de l’assemblée départementale qu’il occupait de puis 1973. Mais après le second tour des séries de manoeuvres, en particulier des absences de certains conseillers socialistes, permirent lors de l’élection du président le 17 mars 1976 la réélection de Léon-Jean Grégory, contre André Tourné* (PCF) candidat de l’Union de la gauche au bénéfice de l’âge, les deux candidats ayant obtenu chacun onze voix. Lors de ce scrutin, Guy Malé fut l’un des deux parmi les sept conseillers généraux socialistes et radicaux de gauche qui ne suivirent pas la discipline de leurs partis. Il vota pour Grégory envers lequel il manifesta une fidélité sans failles. Celui-ci devait bientôt l’en récompenser, à commencer par son élection, dès la session du 17 mars 1976, à un poste de vice-président du conseil général. Il ne pouvait cependant pas demeurer dans les rangs d’un parti dont il était toujours officiellement membre. Le 19 mars 1976, après le rapport d’une commission d’enquête nationale du PS, il fut officiellement exclu du parti, en même temps, d’ailleurs que Paul Alduy*, maire de Perpignan, battu le 7 mars 1976, après le premier tour de l’élection cantonale. Toutefois, le 23 mars 1976, il expliquait dans les colonnes de L’Indépendant qu’il demeurait, « socialiste coeur, mais que cette année, il n’ a pas renouvelé sa carte ».

Mars 1976 marqua donc un tournant dans sa carrière politique. Devenu l’un des principaux lieutenants du président du conseil général, il acceptait donc de se détacher d’une union de la gauche en laquelle il n’avait jamais vraiment cru du fait de ses réticences pour une alliance entre PS et PCF motivées en premier lieu par des considérations politiques propres au département des Pyrénées-Orientales. L’élection de François Mitterrand à la présidence de la République le conduisit cependant à réviser provisoirement son point de vue en l’amenant à adhérer provisoirement au MRG. En 1979, Guy Malé fut réélu conseiller général de Mont-Louis et accéda à la vice-présidence de l’assemblée départementale. Cette même année, l’état de santé de Léon-Jean Grégory se détériora au point que le conseil général vota une délégation à Guy Malé afin de le suppléer. Il assura donc progressivement la réalité de la présidence de l’assemblée départementale. En 1981, son élection à la présidence de l’Association des maires des Pyrénées-Orientales fit alors la démonstration éclatante de l’ancrage départemental qu’il avait acquis en cinq ans. Aux élections cantonales de 1982, Léon-Jean Grégory ne s’étant pas représenté, Guy Malé fut élu, le 24 mars, président du conseil général. Il fut le premier qui put exercer pleinement les nouvelles compétences attribuées par les mois de décentralisation. Au même moment, il donnait sa démission du MRG afin, selon toute vraisemblance d’être davantage en phase avec une majorité départementale qui, toujours conduite par Léon-Jean Grégory, avait glissé depuis les péripéties de 1976, du centre gauche au centre droite. Les membres de l’UDF ou proches de cette formation quand ils n’y adhéraient pas —ce qui fut, provisoirement, le cas de Guy Malé— constituaient désormais le pivot de la nouvelle majorité du conseil général. À partir de 1983, il fut amené à siéger aux conseils d’administration de la Société anonyme d’HLM des Pyrénées-Orientales et du Crédit immobilier des Pyrénées-Orientales. Il présida également le centre de gestion départemental du personnel des collectivités territoriales et l’UDSIST dont le maître d’oeuvre avait été son prédécesseur à la présidence du conseil général. Signalons que, après son accession à la présidence de l’assemblée départementale sa décision de résider dans le mas —aménagé en demeure cossue— que possédait le conseil général à Saint-Jean-Lasseille pour l’accueil de ses hôtes suscita beaucoup de commentaires acerbes, à commencer par les vifs reproches de ses adversaires politiques

En 1983, il choisit de briguer, sans étiquette politique précise, face à la gauche (le maire sortant était le communiste Henri Gipolo* qui ne sollicitait pas le renouvellement de son mandat) et tout en n’affichant l’étiquette d’un parti politique le mandat de maire de Prades, chef-lieu du troisième arrondissement des Pyrénées-Orientales. Il l’emporta sur la liste d’union de la gauche. Commençait alors un mandat qui ne fut interrompu que par son décès. Il s’attacha à améliorer les équipements de sa commune en réhabilitant un palais de justice vétuste et la maison de retraite. Il oeuvra aussi au développement de la foire exposition annuelle de Prades. Il fit également réaliser le contournement de l’agglomération par la RN 116 : il fit adopter pour son finacement deux fonds de concours du conseil générale en 1987 et 1988 ce qui . Ces travaux qui n’ étaient encore terminés lors de son décès prématuré permirent aussi d’entreprendre la rénovation du centre ville. Il apporta son soutien aux grandes manifestions culturelles qui faisaient depuis les années 1950 ou 1960 le renom de la ville : festival de musique Pablo Casals depuis 1950, Rencontres cinématographiques internationales depuis 1959 , Université catalane d’été (UEC) depuis 1969. Celle-ci attira particulièrement son attention du fait de son intérêt pour la langue et la culture catalanes. Il noua à cette occasion des liens avec des intellectuels catalans prestigieux, en particulier avec Max Cahner professeur de littérature catalane à l’université de Barcelone qui, durant son mandat, fut recteur de l’UEC de 1985 à 1987. L’UEC lui permit également d’établir des contacts cordiaux avec des hommes politiques barcelonais qui assistaient à cette manifestation, notamment avec le président de la Generalitat, Jordi Pujol. Ces liens lui permirent de donner une impulsion nouvelle à la nouvelle politique « transfrontalière » qu’il impulsa en tant que président du conseil général. Dès 1984, il s’était rendu à cet effet à Barcelone afin de concrétiser avec Jordi Pujol les divers aspects, économiques et culturels de cette politique. Son intérêt pour la langue catalane s’est manifesté de façon éclatante en 1986. En mai, il s’est déplacé à Palma de Majorque pour assister à l’inauguration du Deuxième congrès international de la langue catalane et participa ensuite assidument aux sessions de ce congrès à Perpignan. la même année, il accompagna Louis Lliboutry* adjoint au maire de Perpignan et Jean Becat, professeur à l’université de Perpignan au ministère de l’Éducation nationale afin de faire avancer le dossier de la licence de catalan.

Le 25 septembre 1983, Guy Malé fut élu sénateur des Pyrénées-Orientales dès le premier tout avec 492 voix sur 841 suffrages exprimés. Ils succédait ainsi à son défunt mentor. Son suppléant, André Daugnac*, maire du Soler, était un ancien socialiste qui comme lui avait construit sa carrière dans le sillage de Léon-Jean Grégory. À noter, que Paul Alduy*, élu au Sénat en même temps que Guy Malé sous l’étiquette UDF, était lui aussi un ancien de la SFIO et du PS qui refusait l’alliance avec le PCF. Ce faisant ces anciens socialistes s’ « adaptaient », en les accompagnant aux nouveaux rapports de forces politiques départementaux. Après son élection il s’inscrivit au groupe de l’Union centriste de démocrates de progrès (plus tard Union centriste), ce qui lui permit ensuite d’adhérer à l’UDF dont il devint rapidement l’un des notables départementaux. Il fut vice-président du groupe Union centriste de la haute assemblée.
Il siégea à la commission des affaires économiques et du plan (1983-1986) et à la commission des lois (d’octobre 1986 à sa mort). Il représenta le Sénat au conseil d’administration du Conservatoire du littoral et des espaces lacustres dont il fut un membre titulaire en 1986 et en 1987. Guy Malé fut un parlementaire actif. IL posa de nombreuses questions écrites. Il intervint souvent dans les débats, en particulier dans tous ceux qui concernaient la mise en oeuvre de lois de décentralisation. Par exemple, dans la discussion de la loi des finances de 1984, il manifesta des inquiétudes quant à la répartition de dotations des communes rurales de certains départements, déplorant le désengagement de l’État qui pouvait obliger certaines d’entre elles à emprunter à des taux désavantageux. Il intervint aussi comme rapporteur de la commission des lois lors des débats concernant le fonctionnement et l’organisation des conseils généraux et régionaux en application des lois Defferre de 1982. Il fut également rapporteur de la commission des lois pour la réforme des chambres régionales comptes. Au Sénat, il ne manqua pas de défendre les intérêts des Pyrénées-Orientales en premier lieu de son agriculture (sécheresse de 1985, inquiétudes de certains professionnels agricoles face à l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans la CEE en 1986 : en décembre 1983, il fut élu vice-président du groupe sénatorial d’étude de l’économie des régions méridionales, dans la perspective de l’adhésion de ces deux pays), mais aussi de la mise en place par la région Languedoc-Roussillon en collaboration avec l’État de nouvelles infrastructures routières et ferroviaires (il abordait ainsi la problématique du de la construction du TGV vers Barcelone dont la construction ne serait entreprise que vingt ans plus tard). Il s’intéressa aussi aux problèmes de la presse et des télécommunications et à ceux des artisans. Il s’inquiéta de la part croissante de la grande distribution et déplora un manque de soutien public aux associations de consommateurs, et à l’Institut nationale de la consommation. Il déposa de plusieurs propositions de lois relatives à : l’organisation du remboursement immédiat de la TVA aux collectivités territoriales, l’adaptation aux exigences du tourisme de certaines dispositions du code des débits de boissons (session 1983-1984), à l’organisation d’assistant familial dans le but de faciliter le maintien des personnes âgées à domicile, à l’ouverture d’une souscription nationale pour l’érection d’un mémorial pour les victimes et les rapatriés d’Algérie (session parlementaire 1985-1986). Il fut (septembre 1985) le rapporteur de la mission d’information de la commission des affaires économiques sur l’état des relations économiques, financières et commerciales avec la Colombie et l’Équateur.

Guy Malé était aussi actif dans le domaine associatif. Signalons en premier lieu son appartenance à la franc-maçonnerie : il était affilié au Grand Orient de France à la loge « La République ». Il adhérait aussi en de nombreuses associations parmi lesquels les Cadres catalans dont l’objectif proclamé est d’agir comme réseau d’influence.

Guy Malé fut terrassé par une crise cardiaque en son domicile parisien après avoir participé à une session nocturne du Sénat. Cette mort prématurée provoqua une vive émotion. Ses obsèques religieuses eurent lieu en l’église Saint-Pierre de Prades, en présence d’une nombreuse assistance, parmi laquelle on remarqua la présence de nombreux sénateurs et de Camille Cabana (RPR), ministre délégué chargé de la réforme administrative originaire des Pyrénées-Orientales, qui représentait Jacques Chirac, premier ministre. L’inhumation eut lieu dans le caveau familial de Banyuls-dels-Aspres. Alain Poher, président du Sénat prononça son éloge funèbre en soulignant « son sens inné de la fidélité en amitié, sa simplicité, son ouverture permanente au dialogue [qui] lui attiraient la sympathie de tous ». Marcel Mulcio, adjoint, le remplaça au poste de maire de Prades.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139988, notice MALÉ Guy, Joseph par André Balent , version mise en ligne le 22 mars 2012, dernière modification le 3 avril 2012.

Par André Balent

Guy Malé, site www.senat.fr
Guy Malé, site www.senat.fr
Guy Malé, cliché {L'Indépendant}
Guy Malé, cliché {L’Indépendant}

SOURCE : SOURCES : AC Rigarda, état civil, acte de naissance et mentions marginales. — Arch. du conseil général, encore non déposées (2012). — L’Indépendant, 4 décembre 1987, 6 décembre 1987, 14 décembre 1987. — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 24 novembre 1960. — Louis Monich, Histoires rocambolesques de l’élection cantonale 1976 en Roussillon, Perpignan, Trabucaire, 1996, 191 p. — site htp ://www.senat.fr consulté le 30 mars 2012. — Note de Louis Botella. — Souvenirs d’André Balent.

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