LOUET Jean, Yves, Noël

Par François Honoré

Né le 16 juillet 1925 à Selongey (Côte-d’Or), mort le 9 septembre 2017 à Dijon (Côte-d’Or) ; prêtre du diocèse de Dijon (Côte-d’Or) ; aumônier diocésain de mouvements d’Action catholique (JOC, ACO) ; délégué diocésain du mouvement ouvrier.

Arrière petit-fils d’un marchand de bois, fils de Constant Louet, cultivateur à Selongey (Côte-d’Or), et de Marie Japiot, ouvrière à l’usine Lescure, Jean Louet fut le dernier enfant d’une fratrie de cinq. Son père était un homme de conviction. Catholique pratiquant, il se fit remarquer lors de réunions contradictoires avec des anticléricaux, n’hésita pas à prêter main forte en 1936 contre l’occupation de l’usine où sa femme travaillait, accepta de faire partie du conseil général après la Seconde Guerre mondiale au titre du Comité de libération avec la chanoine Kir, le député-maire de Dijon et fut longtemps conseiller municipal de Selongey (du 31 octobre 1947 au 21 mars 1965).

Comme deux de ses frères, Jean Louet, après le certificat d’études obtenu à Selongey, poursuivit ses études au séminaire de Dijon en 1938, puis à Flavigny-sous-Ozerain (Côte-d’Or). Il entra au grand séminaire de Dijon en 1944 et fut ordonné prêtre le 25 juin 1951. Doutant depuis l’âge de onze ans de l’idéologie de son père qui affirmait que l’ordre et la discipline devaient régner, ayant souffert également de l’absence de liberté au séminaire, il fut marqué par le père Paul Gauthier qui préparait les jeunes à vivre dans le monde et pas seulement dans la culture anticommuniste de l’Église. Jean Louet se forgea peu à peu une conscience ouvrière.

Nommé vicaire à Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or) du 25 août 1951 au 19 juillet 1958, il eut carte blanche pour s’occuper des jeunes. Il organisa et anima des colonies de vacances, le patronage, le scoutisme. D’un naturel sportif, il encadra « La sans peur », association sportive d’obédience catholique concurrente de la société laïque anticléricale « L’espérance ». Il fut sollicité par Gilles Forel puis par Paul Lamarche, jocistes, pour créer la JOC à Nuits-Saint-Georges au grand dam de la bourgeoisie locale. Il lança aussi la JAC pour les jeunes fils d’ouvriers vignerons de la Côte.

Nommé à l’église Notre-Dame à Dijon en juillet 1958 et fort de son expérience, Jean Louet anima le patronage de la paroisse rue de Mulhouse, nommé « Burgundia ». Il y découvrit la misère du quartier, les gens logés dans les greniers de la rue Jean-Jacques-Rousseau, une des rues commerçantes. Une de ses préoccupations fut de permettre aux jeunes de ce quartier de partir en vacances. Il organisa des camps à Bierre-les-Semur (Côte-d’Or), mais considéra qu’il fallait leur permettre de découvrir d’autres régions. Passionné de montagne, il décida de partir camper avec les jeunes du quartier au fond de la vallée de Chamonix dans le village du Tour à partir des années 1960-1961. Il y acheta 25 m2 de terrain en 1964, chercha un mazot qu’il trouva en 1965 et remonta sur place, puis le mit à la disposition de tous ceux qui souhaitaient découvrir la montagne. Lors de la mission de 1958, initiée par les mouvements d’Action catholique, le père Arnoux, missionnaire, proposa à Jean Louet d’organiser une veillée populaire avec les jeunes. Une trentaine de jeunes y participèrent. A contrario du père Arnoux, Jean Louet considérait que la JOC était faite pour eux.

Il accompagna également la première équipe d’ACO ainsi qu’une équipe de jeunes foyers et participa à une équipe de « Vie Nouvelle » très engagée dans la mise en application de Vatican II. Pendant la guerre d’Algérie, partisan de l’indépendance de l’Algérie, il prêta les locaux du patronage pour permettre à une organisation proche du mouvement « Témoignage Chrétien » de tenir une réunion d’information avec André Mandouze.

Le 17 juin 1966, André-Charles de La Brousse, évêque de Dijon, le nomma à Chenôve (banlieue de Dijon) pour s’occuper de la ZUP en construction. Pour répondre à sa mission, Jean Louet fit le choix d’aller habiter parmi la population. Il loua un appartement HLM, 34 boulevard de Lattre de Tassigny, qu’il allait occuper avec son père pendant vingt-quatre ans. Il adhéra à l’Association syndicale des familles de Chenôve en 1967, présidée par Marie-Louise Pérignon*. Il participa à la grève des charges de loyers qui consistait à ne payer que la location de l’appartement et à bloquer sur un compte le montant de l’eau et des charges annexes pour obtenir de la Société « Le Foyer Dijonnais » qui gérait les logements, l’alimentation en eau chaude dès l’automne et fit partie de la délégation qui se rendit à Paris pour rencontrer et négocier avec la société parisenne chargée de la construction de la ZUP. Il prêta sa plume pour la rédaction d’articles dans le journal de l’Association syndicale des familles, Le nouveau Bonbis, du nom des gens qui habitent Chenôve. En 1975, Jean Louet adhèra au Groupe d’action municipale (GAM) pour préparer la liste d’opposition au maire sortant, Henri Bailly et s’opposa avec d’autres prêtres à la construction d’une église au milieu de la ZUP, proposée dans le programme du maire sortant, préférant céléber la messe dans la salle municipale.

Dès son arrivée, Jean Louet fonda la JOC à Chenôve et fit en sorte que dix jeunes participassent au rassemblement national de la JOC« Paris 1967 ». Il devint en 1967 aumônier d’ACO du secteur Sud et en 1969 aumônier diocésain, responsabilité qu’il allait conserver jusqu’en 1985. Aumônier régional de l’ACO, il participa en 1990 à la Commission nationale de l’aumônerie.

Depuis le 1er octobre 1967, nommé doyen de la zone Dijon sud qui comprenait beaucoup de prêtres engagés aux côtés des mouvements d’Action catholique, il était à l’initiative de la mise en place d’une péréquation des charges et des loyers des prêtres de la zone, quels que soient les revenus des différentes paroisses. Le 13 juin 1968, à la suite de Vatican II, il organisa une réunion des prêtres du diocèse sur le statut des prêtres, s’inscrivit dans la démarche d’« Échanges et Dialogue », que Robert Davezies et quelques autres prêtres avaient initiée, mais ne donna pas son adhésion. Il choisit de participer au groupe « Recherche », associant laïcs et prêtres, crée le 29 septembre 1968, ainsi qu’à des réunions à Paris du groupe « Participation ».

Le 19 novembre 1971, son évêque, le nomma pour accompagner la JOCF et les mouvements d’Action catholique en monde ouvrier. En septembre 1972, il fit partie d’une équipe d’aumôniers composée de Roland Messager (mort en 1975) pour la JOC et de Marc Richert pour le suivi des équipes ados de la JOCF. De 1974 à 1985, il participa aux différentes rencontres inter mouvements ACO, JOC, JOCF, ACE, organisées sous la responsabilité des aumôniers diocésains et fédéraux puis des délégués des équipes fédérales diocésaines. Détaché le 24 septembre 1976, comme responsable diocésain du monde ouvrier, il fut à l’initiative d’un groupe de révision de vie pour les sœurs au travail qui rejoignirent officiellement la Mission ouvrière en 1983. Le 1er septembre 1985, il fut nommé délégué diocésain à la Mission ouvrière (DDMO) par l’évêque Jean Balland, ce qui le fit participer aux rencontres avec l’évêque réunissant les délégués des mouvements d’Action catholique ouvrière, des religieuses et des religieux en monde ouvrier, des prêtres-ouvriers. Marc Richert lui succéda comme DDMO en 2000.

Tout en étant délégué diocésain à la Mission ouvrière, Jean Louet fut nommé du 21 juin 1990 à 2000 à Montbard, ville industrielle du nord-ouest de la Côte-d’Or, administrée par Jacques Garcia, maire communiste. Invité le 16 novembre 1995 à une réunion du Parti communiste, il répondit au maire que s’il partageait certains de ses points de vues, il ne pouvait au nom de son ministère y participer. Sa conception d’une Église non pas rassemblée autour du clocher, mais davantage ouverte à la vie collective de la population, permit d’accueillir dans les locaux de la paroisse « la marche des chômeurs » en novembre décembre 2009 et de prendre position lors des grèves locales. Sa présence lors des manifestations, notamment celles du 1er Mai où il prenait plaisir à rencontrer les responsables syndicaux et politiques fut remarquée. Avec les membres de l’ACO, il participa à des rencontres ouvertes aux militants des organisations syndicales et politiques.

Repéré par Michel Protte, maire UMP de 1995 à 2008, successeur de Jacques Garcia, Jean Louet fut nommé par le préfet de Côte-d’Or au conseil d’administration de l’hôpital alors que planait des menaces de fermeture de la maternité et se déroulaient des manifestations pour son maintien. Il participa, en lien avec le Secours catholique et le CCAS de Montbard à des réunions pour mettre en place une structure d’accueil pour les personnes de passage.
Nommé vicaire épiscopal pour la zone ouest et doyen du doyenné Auxois-Nord le 21 octobre 1993, Jean Louet fit valoir en 2000 ses droits à la retraite et revint à Dijon. Il assuma les fonctions d’administrateur de Précy-sous-Thil à partir de novembre 2001 pendant un an. Il avait adhéré à la ligue des droits de l’homme en 2000.
Mort le 9 septembre 2017 à Dijon, il est inhumé au cimetière communal, à Selongey (Côte-d’Or).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140124, notice LOUET Jean, Yves, Noël par François Honoré, version mise en ligne le 1er avril 2012, dernière modification le 3 août 2018.

Par François Honoré

Sources : Archives du diocèse de Dijon. — Archives ACO de Côte-d’Or à Dijon. — Interview et notes de Jean Louet. — État civil de Selongey. — Notes personnelles de Marc Richert et Hermine Campion. — Association bourguignonne des Amis du Maitron.

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