MARSEILLAN Alcée [MARSEILLAN Jean, Emile, Alcée]

Par Alain Dalançon

Né le 2 février 1892 à Sère (Gers), mort le 27 juin 1975 à Masseube (Gers) ; professeur ; militant syndicaliste, secrétaire général du Syndicat national des écoles primaires supérieures (1931-1938), membre du bureau national du Syndicat national des collèges modernes (1944-1947) ; militant mutualiste, fondateur de la Société de secours mutuels des fonctionnaires des EPS.

photo d’identité à l’âge de 70 ans environ
photo d’identité à l’âge de 70 ans environ

Fils de Joseph Marseillan, charron, et de Marie Julie Burgan, couturière, Alcée Marseillan fut élève maître à l’Ecole normale d’instituteurs du Gers puis instituteur dans son village natal. Mobilisé durant la Première guerre mondiale avec le grade de caporal, il fut prisonnier de guerre au camp d’Altengrabow à Dornitz (Saxe-Allemagne). À son retour à la vie civile, il reprit un poste d’instituteur et épousa le 17 décembre 1920, à Arcizac-sur-Adour (Hautes-Pyrénées), Jeanne Marie Josèphe Caussade, institutrice, avec laquelle il eut deux fils, Louis et Henri.

Alcée Marseillan passa le concours de professeur de l’enseignement primaire supérieur et fut nommé professeur de lettres-espagnol à l’EPS de garçons d’Albi (Tarn) où il enseignait au début des années 1930, puis aux écoles normales d’instituteurs et d’institutrices du Tarn.

Franc-maçon, militant du Parti socialiste SFIO, militant syndicaliste, Alcée Marseillan fut tête d’une liste d’opposition à la direction du Syndicat national des EPS en 1931, qui emporta la majorité. Il devint donc secrétaire général, prenant la succession de François Dupas. Il militait pour que l’amicale, qui venait de se transformer en syndicat, soit réellement un syndicat, tenant toute sa place dans la Fédération générale de l’enseignement (CGT) et la Fédération des fonctionnaires. Enseignant dans la ville d’Albi, où existait une longue tradition mutualiste, il fonda en 1932-1933 avec Pierre Maillebuau, la Société de secours mutuels des fonctionnaires de l’enseignement supérieur de France et des colonies qui fut reconnue officiellement par le ministère du Travail et de la Prévoyance sociale le 24 mai 1933. Il favorisa en outre en 1937-1938, la possibilité d’adhésion des membres du Syndicat national des professeurs d’école normale et du Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire. Du complément indemnitaire pour maladie et congés de longue durée et pour frais de décès, cette mutuelle élargit la couverture des risques aux opérations chirurgicales en se rattachant à la caisse chirurgicale « La Tarnaise ».

Alcée Marseillan milita pour que son syndicat soutienne la politique de la CGT, fit ratifier son projet « d’École unique » et appela à la grève du 12 février 1934 en étant gréviste lui-même. Il combattit les lois-décrets de 1934-1935 mais en affirmant, dans son éditorial du bulletin du SNEPS d’octobre 1935, que « seule une politique nouvelle, s’inspirant des conditions économiques et sociales nouvelles, peut nous tirer de cette situation alarmante, relever notre enthousiasme et nous apporter des raisons d’espérer. » Il considérait en outre que « l’unité syndicale était la condition sans laquelle il était impossible de tenter un changement de politique gouvernementale ». Il fut donc un participant enthousiaste au congrès de réunification de la CGT de Toulouse de 1936, tout en considérant qu’on avait passé trop de temps sur les questions de structures et pas assez sur la façon d’appliquer le Plan de la CGT.

Au congrès de Pâques 1936 de son syndicat, il fit voter une motion en faveur de l’application du programme du Rassemblement populaire et du contrôle syndical : « la meilleure garantie des travailleurs réside dans l’organisation du contrôle ouvrier à tous les étages de l’organisation économique et de la gestion administrative par les syndicats de la CGT réunifiée ». Après la victoire électorale du Front populaire, il fit voter une motion par la commission administrative du SNEPS demandant à « veiller à ce que l’immense espoir qu’elle a suscité ne soit pas trahi, quelles que soient les difficultés et résistances rencontrées… » Il demanda aussi que « l’organisation des loisirs de la jeunesse soit un service d’État », en jugeant indispensable le détachement à ce service d’éducateurs de tous les ordres d’enseignement. Et dès l’été 1936, suivant les consignes de la CGT, il fit appeler à l’aide aux républicains espagnols ; il connaissait en effet bien l’Espagne et son peuple dont il enseignait la langue. Mais dès la rentrée 1936, il se plaignit amèrement de l’insuffisance des moyens accordés aux EPS et à leur rôle dans la réforme de l’enseignement.

Au printemps 1938, Alcée Marseillan défendit au congrès de son syndicat le « cadre unique », tout en demandant l’intégration pleine et entière des EPS dans le second degré ; il fut d’ailleurs élu à cette époque au Comité consultatif de l’enseignement de second degré pour représenter les personnels des EPS. Face aux divergences de toute nature s’exprimant dans le syndicat, il plaidait pour la préservation de son unité, la menace du fascisme et le risque de guerre commandant par-dessus tout son union. Il annonça aussi à ce congrès qu’il ne voulait plus être membre de la prochaine commission administrative. Il obtint sa mutation pour le cadre parisien à l’école Jean-Baptiste Say à Paris à la rentrée 1938 et laissa alors le secrétariat général à Gustave Pacquez.

Au congrès de 1939, dans le débat sur la grève consécutif à l’échec de la grève du 30 novembre 1938, il fut partisan de préserver ce droit, « important moyen de pression sur les pouvoirs publics », et c’était, selon lui, la commission administrative qui devait décider et non les syndiqués par voie de référendum.

Alcée Marseillan fut exclu de la Fonction publique durant la guerre en raison de son appartenance à la franc-maçonnerie. Il dut alors travailler au cours Nadaud à Paris. Il fut réintégré à la Libération à l’école Turgot à Paris devenue par la suite lycée ; il habitait alors 65, boulevard Voltaire (XIe arr.). Ayant fait partie du bureau clandestin du nouveau SNCM en 1944, il fut désigné par le ministère membre du Conseil supérieur d’enquête de l’académie de Paris (sous-commission du 1er degré), mais il démissionna dès la fin de l’année 1944. Il demeura cependant membre de la CA nationale du SNCM et de son bureau jusqu’en 1947. Devenu gaulliste, il était très critique à l’égard du rôle de la SFIO avant, pendant et après la guerre et n’y ré-adhéra pas.

À la Libération, il restait le président de la mutuelle maladie-accident et mutuelle chirurgicale des personnels des lycées, collèges classiques, modernes et techniques et des EN, qui avait continué à fonctionner durant la guerre et avait pu maintenir des liens entre les syndicalistes. Il vécut très mal la création de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale par le Syndicat national des instituteurs qui impliquait la disparition de toutes les autres mutuelles ; il eut à ce sujet des divergences fortes avec Adrien Lavergne, secrétaire général de la FEN et membre du BN du SNCM, lors du congrès du syndicat de 1947. La mutuelle ne disparut qu’à la fin de l’année et se fondit dans la MGEN. Marseillan avait refusé au départ un poste de vice-président mais figura comme membre du CA représentant la Seine lors de l’assemblée générale ordinaire de juillet 1947. Il ne s’y trouvait plus en 1951.

Alcée Marseillan disparut en effet de la scène syndicale en 1948, se consacrant à son métier d’enseignant qui fut une passion de sa vie. Après sa prise de retraite au début des années 1950, il resta quelques années à Paris puis vint s’installer dans son pays natal, cultivant son jardin et plantant des arbres.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140149, notice MARSEILLAN Alcée [MARSEILLAN Jean, Emile, Alcée] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 3 avril 2012, dernière modification le 8 décembre 2014.

Par Alain Dalançon

photo d'identité à l'âge de 70 ans environ
photo d’identité à l’âge de 70 ans environ

SOURCES : Arch. IRHSES. — Renseignements fournis par son fils Henri. — Note d’André Lainé.

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