MARTINIE Élisabeth [MARTINIE Marie Élisabeth Ernestine dit]

Par Pascale Le Brouster

Née le 17 juin 1909 à Paris (XIVe arr.), morte le 19 juin 1997 à Viry-Châtillon (Essonne) ; professeure de musique, concertiste, puis administratrice à la préfecture de police de Paris ; secrétaire générale du syndicat CFTC-CFDT de la préfecture de police (1946-1975) ; vice-présidente de la Fédération CFTC des Fonctionnaires (1947-1961) ; vice-présidente de l’URP (1957-1961) ; membre de la Commission féminine confédérale de CFTC-CFDT (1952-1970) ; vice-présidente du Conseil international des travailleuses de la CISC-CMT (1955-1980) ; administratrice de la Croix-Rouge française (1956-1989).

Fille unique, Élisabeth Martinie naquit à Paris où ses parents, issus d’un milieu de cultivateurs corréziens, avaient émigré au début du siècle. Pour raison de santé, elle fut scolarisée à domicile jusqu’à l’âge de onze ans. À cette date, elle put intégrer l’école. Parallèlement, elle suivit dès l’âge de six ans des cours de violon. Après avoir passé le brevet élémentaire, elle obtint en 1927 le baccalauréat. Souhaitant devenir professeure de violon, mais n’ayant pas le temps de préparer le concours d’entrée au Conservatoire de Paris, elle intégra en 1927 la Schola Cantorum. Au sein de cet établissement elle assista, entre autres, aux cours dispensés par Vincent d’Indy. En 1930, elle obtint le diplôme de professeure, puis en 1931 celui de concertiste. À côté de l’enseignement musical qu’elle dispensait, elle travailla d’abord comme soliste à la Radiodiffusion française, puis entra à l’Orchestre national de la Radiodiffusion française. Enfin, à partir de 1936, elle joua de la musique de scène en orchestre à l’Odéon, à la Comédie Française, ou encore pour des théâtres de boulevard. Catholique pratiquante, elle s’investit également, au cours de cette période, dans des actions paroissiales.

En 1939, la guerre la contraignit à abandonner la musique. Sans ressources, Élisabeth Martinie décida, sur les conseils d’un ami, de passer un concours pour entrer à la préfecture de police de Paris. Embauchée comme auxiliaire au mois de novembre, elle fut affectée à l’administration centrale au service des étrangers et des affaires juives. Durant ces années noires, elle tenta alors de sauver des vies en détruisant certains dossiers.

En septembre 1944, marquée par les exactions de l’administration à l’égard du personnel et par les inégalités entre auxiliaires et titulaires, Élisabeth Martinie constitua le syndicat CFTC de la préfecture de police. Membre du bureau, elle en fut la secrétaire générale de 1946 à 1975. Très vite, elle exerça également des responsabilités fédérales. Ainsi, de 1947 à 1961, elle fut vice-présidente de la Fédération CFTC des Fonctionnaires et eut en charge le problème des auxiliaires et le suivi de la loi de titularisation. La lutte qu’elle mena de 1947 à 1951 pour la titularisation des auxiliaires au sein de la préfecture lui permit d’ailleurs de faire « ses premières armes de syndicaliste ». En 1951, elle passa un concours interne et fut titularisée, avec valeur rétroactive. Elle devint ainsi administratrice à la préfecture de police de Paris, cadre B de la Fonction publique. De 1955 à 1967, elle fut également désignée membre du conseil confédéral de la CFTC (catégorie A) en tant que suppléante d’André Jeanson*, alors secrétaire général de la Fédération des Fonctionnaires et vice-président de la CFTC en charge de la politique confédérale. Militante majoritaire, Élisabeth Martinie se prononça contre l’évolution de la centrale en 1964, mais se rallia à la majorité ayant voté pour la CFDT.

Sensibilisée aux questions féminines dès l’après-guerre – à la préfecture de police les auxiliaires étaient majoritairement des femmes –, elle s’engagea, au moins à partir de 1952, à la Commission féminine confédérale (CFC) de la CFTC où jusqu’en 1970 elle représenta la Fédération des Fonctionnaires. Bien que militante majoritaire défendant initialement une approche plutôt familialiste des rapports sociaux de genre, Élisabeth Martinie n’en accompagna pas moins la stratégie pour les femmes qui fut initiée dès 1961 par Jeannette Laot et Aimée Jeantet. Elle fit ainsi partie de l’équipe restreinte dont la CFC se dota en septembre 1963 pour suivre les questions relatives aux travailleuses, appelée équipe fonctionnelle. Elle y participa aux côtés de Simone Troisgros*, Renée Lambert, Jeannette Laot et Aimée Jeantet. Comme l’ensemble de ces militantes, cette célibataire de cinquante ans faisait d’ailleurs partie des rares femmes à avoir des responsabilités au sein de la CFTC-CFDT.

Son intérêt pour la question des femmes conduisit également Élisabeth Martinie à présider la commission féminine de l’Union régionale parisienne CFTC, dont elle fut vice-présidente de 1957 à 1961. De même, est-ce « pour parler au nom des femmes », qu’en 1955 elle acquit des responsabilités au sein de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC), devenue en 1968 Confédération mondiale du Travail (CMT). Ainsi, jusqu’en 1980, elle fut vice-présidente du conseil international des travailleuses, alors présidé par Simone Troisgros, et présidente du conseil européen des travailleuses. À ce titre, elle fut chargée, au sein de la CISC-CMT, de la condition féminine dans les services publics, tant au niveau européen que mondial. Avec Simone Troisgros, Élisabeth Martinie partageait également un intérêt commun pour le tourisme populaire pour lequel elle œuvra dès 1946 au sein de la CFTC. Enfin, à partir de 1956, elle représentait la CFTC à la Croix-Rouge française où elle milita jusqu’en 1989.

Bien qu’ayant pris sa retraite en décembre 1974, elle ne quitta sa fonction de secrétaire générale du syndicat CFTC de la préfecture de police qu’en décembre 1975. De même, elle conserva ses mandats au niveau européen et mondial jusqu’en 1980. Militante infatigable, elle s’investit alors dans l’Union confédérale des retraités où elle milita jusqu’à la fin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140173, notice MARTINIE Élisabeth [MARTINIE Marie Élisabeth Ernestine dit] par Pascale Le Brouster, version mise en ligne le 3 avril 2012, dernière modification le 14 décembre 2017.

Par Pascale Le Brouster

SOURCES : Arch. conf. CFDT : activité du secteur « femmes » (1944-1982) ; réunions statutaires : congrès confédéraux, bureaux, conseils, comités (1955-1982) ; entretien réalisé avec Louisette Battais et Pierre Autexier, 6 février 1991, 38 p. — Romain Vila, Histoire de la Fédération Interco CFDT. Du Front populaire au début du XXIe siècle, Arbre bleu, 2014. — État civil de la mairie du XIVe arr. de Paris (acte de décès).

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