MAILLET-CAMO Armande, Marie, Jeanne [MAILLET Armande, Marie, Jeanne, née CAMO]

Par Jacques Blin

Née le 10 septembre 1922 au Boulou (Pyrénées-Orientales) ; adjointe d’enseignement puis professeur certifiée de Lettres classiques ; agent de liaison dans les Pyrénées-Orientales (AS) ; militante syndicaliste et communiste ; conseillère municipale puis adjointe au maire de Sète (Hérault).

Armande Camo-Maillet le 30 janvier 2010 avec son arrière-petit fils Alexis âgé d’une semaine.
Armande Camo-Maillet le 30 janvier 2010 avec son arrière-petit fils Alexis âgé d’une semaine.

Armande est la fille d’Armand, Jean, Joseph Camo né le 11 juin 1892 à Céret (Pyrénées- Orientales) et de Marie, Rose, Prospère Romeu née le 11 juillet 1896 à Cerbère. Son père fut conseiller municipal de Cerbère, ville frontalière qui s’était développée autour d‘une grande gare internationale. Expert comptable, socialiste SFIO, il fut élu le 29 avril 1945 sur la liste commune d’union patriotique et républicaine qui regroupait neuf socialistes SFIO (dont le maire Julien Cruzel*, un résistant), trois communistes, un représentant du MLN, un prisonnier de guerre rapatrié (sans autre étiquette), un radical-socialiste, Son père avait également joué un rôle important dans la création, en 1935, de la Société coopérative de manutention (SCOM) avec un dénommé Lavila. Le 9 février 1944, Armand Camo avait appris au cours de l’enterrement de sa mère qu’il y avait en mairie une liste d’ « indésirables » et qu’il y figurait avec toute sa famille, y compris sa belle-mère, une ancienne transbordeuse d’oranges.

Armande Camo fit ses études secondaires à Perpignan, puis à la faculté de Lettres de Montpellier (Hérault). Elle obtint la licence de lettres classiques en 1946.

Pendant l’Occupation, Armande qui militait à l’Auberge de la Jeunesse de Perpignan entra en liaison avec un responsable du groupe « les Cam’routes » (camarades de la route). Ce groupe décida de suivre des cours de secourisme (bien utiles en cette période). Son contact fut Pierre Detoeuf médecin militaire, lieutenant. Celui-ci, membre d’un réseau et de l’AS (Armée secrète), succéda à Edmond Barde* au poste de sous-préfet de Céret, peu de temps après la Libération. Par le train de Montpellier Armande ramena des documents au fond d’un thermos. Elle sillonnait les routes de sa Catalogne pour porter des messages cachés dans le guidon de son vélo à des correspondants qui avaient le contact avec des groupes de résistants dans les maquis. En août 1944, après le débarquement en Méditerranée, elle fut volontaire pour porter un message à Passa (Pyrénées-Orientales) qu’elle remit à l’adjoint au maire de cette commune, un vigneron, Marcel Noury*, un moment responsable des MUR pour l’arrondissement, puis chef de l’AS pour les Aspres. Louis Torcatis*, instituteur à Passa, d’octobre 1940 à septembre 1942 était un proche de Marcel Noury : premier chef de l’AS des Pyrénées-Orientales, futur chef des GFL de la R3, assassiné le 18 mai 1944 à Carmaux (Tarn) par la brigade spéciale de l’intendant Marty, il a peut-être été aussi en contact avec elle.

À la Libération, le maire de Perpignan, Félix Mercader*, rendit hommage à Armande Camo en lui délivrant une attestation élogieuse.

Après un séjour à Béziers, comme adjointe d’enseignement au lycée de filles, elle effectua un stage à Sèvres pour s’initier aux méthodes actives (Freinet pour le primaire) et à son retour elle accepta un poste de professeur auxiliaire à Montpellier comme professeure des « sixièmes nouvelles » qui dépendaient du lycée de garçons Paul-Valéry, mais fonctionnaient dans une école primaire proche, Louis Blanc, dont le directeur était un adepte de l’École émancipée. Par la suite elle fut nommée au collège municipal de Sète, Paul-Valéry, toujours comme adjointe d’enseignement. Puis, elle fut professeur déléguée ministérielle à Sète du 25 novembre 1957 au 30 septembre 1958 et professeur certifiée à partir du 1er octobre 1958.
Elle fut donc titularisée et enseigna jusqu’à sa retraite, en septembre 1982, « à 60 ans pile ! » comme elle se plut à le faire remarquer.

Étudiante, elle se maria le 22 juillet 1946 à Montpellier avec Robert Maillet (« Bob »), employé de commerce. Ils eurent deux enfants : Jacques qui naquit le 4 juillet 1947 et Michel qui vit le jour le 11 août 1950. Elle arrêta pendant sa première grossesse toute activité professionnelle jusqu’à la naissance du deuxième enfant ; Jacques devint employé de banque et Michel médecin. Dans l’hiver 1946-1947, ils ouvrirent à la demande de la municipalité Arraut*, l’Auberge de la Jeunesse située à la villa Salis, en haut de la rue du Général- Revest à Sète. Dans la même période, ils adhérèrent au PCF. Elle contribua à la formation d’une petite chorale de l’Union des jeunesses républicaines de France. Elle amena ce groupe à Berlin, en 1951, à l’occasion d’un festival international de la jeunesse. En 1949, après la scission syndicale, Armande fut secrétaire du syndicat SNES du collège Paul-Valéry. Elle succéda à Robert Lafont* qui partit pour Arles (Bouches-du-Rhône).

Dans les années 1950-1958, le PCF, par la bouche d’un de ses responsables, Jean Ribot, lui demanda si elle acceptait d’aller en Espagne pour chercher des camarades espagnols et leur faire passer la frontière clandestinement. Elle accepta sans hésiter et à trois reprises elle ramena un camarade dont elle ignorait tout. Bob, son mari était au courant. Comme c’était un travail clandestin, elle n’en parla à personne et cet épisode demeura enfoui au fond de sa mémoire. Jusqu’à un jour de février 2009 où une association l’ASEREF (Association pour le souvenir de l’Exil républicain espagnol en France) fit une exposition à la Bourse du Travail de Sète autour de la Retirada et de l’exil espagnol où il fut surtout question de l’accueil des Républicains espagnols dans les « camps de concentration ». Elle intervint pour dire que si le gouvernement français de l’époque avait mal agi, par contre des Français, individuellement, avaient apporté leur aide à ce moment-là mais aussi plus tard. Elle parle de sa propre action de solidarité, en soulignant qu’elle ne l’avait jamais raconté y compris à sa famille. Elle évoqua mai 1958 quand elle partit avec sa Deux-Chevaux, alors que l’Hérault connaissait des inondations. Sa voiture faisait bien rire les Espagnols qui avaient franchi les portes de la liberté…en « dos caballos ! » À la fin de son témoignage, un petit bonhomme vint se planter devant elle et lui déclara : « alors, c’est vous qui m’avez sauvé la vie ». L’émotion l’envahit et elle n’en dormit pas de la nuit.

En 1959, elle fut élue conseillère municipale de Sète sur la liste communiste conduite par Pierre Arraut*. À l’issue de ce scrutin, elle accéda au poste de sixième adjointe, en charge des Affaires sociales. Avec Fanny Carriès, elles étaient les deux seules femmes de ce conseil municipal. Elle fut réélue en 1965, mais n’occupa plus son poste d’adjointe. Elle consacra son mandat d’élue à faire en sorte que l’aide sociale ne soit plus octroyée, selon le bon vouloir des élus, mais que celle-ci devienne un droit pour les intéressés et un devoir pour la municipalité. Sous son impulsion furent créées les haltes garderies du Château-Vert, de la Corniche et de l’Île-de-Thau, le service des assistantes sociales municipales, les premiers restaurants (avec le concours d’un autre élu, Gilles Salvat) pour personnes âgées, le service des aides ménagères, la restauration scolaire (maternelle et primaire), etc.

Pendant la guerre d’Algérie elle déploya une grande activité en faveur de la paix. Elle occupa les voies de chemin de fer en gare de Sète avec notamment Maurice Burguière, Gilbert Martelli* et Antoine Beille* afin de s’opposer au départ du contingent. Elle fut citée à comparaître, le 23 décembre 1957, devant le tribunal de première instance de Montpellier pour l’audience du 13 janvier 1958, avec les personnes déjà citées, pour les motifs suivants : « Le 28 mai 1956, en tout cas depuis un temps non prescrit : 1e ) troublé ou entravé la mise en marche ou la circulation des trains, 2e ) Pénétré, circulé, stationné sans autorisation régulière dans les parties de la voie ferrée ou de ses dépendances non affectées à la circulation publique. ». Le procès fut l’occasion de nombreux articles dans le journal La Marseillaise  : « Les six démocrates sétois doivent être relaxés » ; « Le conseil communal de la paix décide d’organiser un déplacement à Montpellier », etc. Une manifestation se déroulera devant le Palais de Justice. Le 28 janvier 1958, les six Sétois furent condamnés à verser individuellement 12.000 francs d’amende et ils furent condamnés aux dépens. La lutte continua jusqu’au cessez-le-feu, en 1962.
En 1968, Armande Maillet représenta la FEN et elle intervint à ce titre dans les meetings à Sète. Elle fut en même temps responsable de la commission enseignement de la section de Sète du PCF.

Armande continuait (2012) d’exercer sa vigilance sur tout ce qui concernait la Résistance, la Libération et de la guerre d’Algérie. Elle exprimait parfois ses indignations et ses colères dans la presse locale, notamment dans L’Hérault du Jour (édition départementale du journal La Marseillaise). Toujours en phase avec son temps elle suivait l’actualité politique, nationale et mondiale, via internet et n’hésitait pas à donner son point de vue à chaque fois qu’elle le jugeait nécessaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140254, notice MAILLET-CAMO Armande, Marie, Jeanne [MAILLET Armande, Marie, Jeanne, née CAMO] par Jacques Blin, version mise en ligne le 19 mai 2012, dernière modification le 14 juin 2013.

Par Jacques Blin

Armande Camo-Maillet le 30 janvier 2010 avec son arrière-petit fils Alexis âgé d’une semaine.
Armande Camo-Maillet le 30 janvier 2010 avec son arrière-petit fils Alexis âgé d’une semaine.

SOURCES : Discours prononcé par Antoine Beille*, le 24 février 1983 à l’occasion de la remise de la distinction de l’Ordre national des Palmes académiques à Armande Camo-Maillet. — La Marseillaise, 8 au 30 janvier 1958. — Entretiens de Jacques Blin avec Armande Camo-Maillet, juin 2009, novembre 2009, mars 2012.— Notes d’André Balent.

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