MARCELLESI Jean-Baptiste

Par Jacques Girault

Né 12 avril 1930 à Porto-Vecchio (Corse), mort le 1er octobre 2019 à Nans-les-Pins (Var) ; professeur d’Université ; militant syndicaliste ; militant communiste.

Son père, fils de cultivateurs qui avaient treize enfants, fut élève de l’École normale d’instituteurs de Macon (Saône-et-Loire) et enseigna six ans dans ce département avant de réintégrer la Corse. Sa mère, ancienne élève de l’École normale d’institutrices d’Ajaccio, devint par la suite professeur de cours complémentaires puis de collège d’enseignement général (lettres et italien). Ces instituteurs, militants syndicalistes et communistes (voir Marie et Toussaint Marcellesi*) eurent trois garçons et une fille. Jean-Baptiste Marcellesi, l’aîné, fut le seul à recevoir le baptême catholique. Il fut élevé dans un milieu pratiquant le bilinguisme. Ses parents, déplacés d’office par le gouvernement de Vichy, durent quitter Porto-Vecchio en décembre 1940 pour aller à Sartène puis à Ajaccio. Après avoir effectué ses études primaires à Porto-Vecchio, puis pendant six mois à Sartène, élève au lycée Fesch d’Ajaccio, titulaire du baccalauréat, il entra au lycée Louis le Grand à Paris puis en 1952 à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, en option latin-grec tout en obtenant une licence es-lettres et un diplôme d’études supérieures sur le « roman de Renard » à la Sorbonne . Reçu à l’agrégation de grammaire en 1956, il enseigna au lycée Fesch d’Ajaccio puis, de 1959 à 1967 au lycée Jean-Baptiste Say à Paris.

Jean-Baptiste Marcellesi se maria en avril 1954 à Paris (VIe arr.) avec une étudiante, devenue professeur de littérature, syndicaliste et communiste (voir Christiane Marcellesi*). Ils adoptèrent une fille et un garçon. En 1963, dans le cadre de l’association France-URSS, ils encadrèrent un séminaire d’enseignants de français à Irkoutsk en Sibérie.

Militant du Syndicat national de l’enseignement secondaire, responsable à Saint-Cloud de la FEN-CGT, Marcellesi accepta « sans enthousiasme l’abandon de la double appartenance » demandée aux instituteurs, puis aux enseignants communistes par le PCF en 1954. Il fut le secrétaire des sections syndicales (S1) des lycées d’Ajaccio puis Jean-Baptiste Say au début des années 1960 où il accueillit Gérard Alaphilippe. Élu à la commission administrative de la section académique (S3) de Paris de 1960 à 1967 et à son bureau à partir de 1965, à l’époque de sa « cogestion » entre les militants « Unité et Action » et « autonomes » (avec un soutien irrégulier des tendances très minoritaires, « Ecole émancipée » et celle conduite par Paul Ruff*), il fut responsable de la commission pédagogique. Il combattit souvent les analyses de Victor Leduc, militant communiste qui avait été secrétaire adjoint au côté du secrétaire général, Paul-Louis Letonturier, et qui démissionna en 1965. Mais il ne participa pas au congrès du S3 en 1967 où la tendance « Unité et Action » l’emporta, car il encadrait un stage d’enseignants de la langue française au Tadjikistan.

Jean-Baptiste Marcellesi, élève en classe de philosophie au lycée Fesch, créa une cellule du Parti communiste français, le 24 février 1948, regroupant des lycéens comme lui. Adhérent à la cellule des élèves du lycée Louis le Grand puis de l’ENS de Saint-Cloud, professeur au lycée d’Ajaccio, il participa en Corse à l’organisation de la riposte communiste après l’arrivée de parachutistes en Corse en mai 1958. Membre de la cellule de J.-B Say, il participait au groupe de réflexion sur les questions de l’enseignement secondaire créé par le PCF après 1962.

En 1967, Marcellesi, qui avait écrit quelques articles et participé à l’édition d’un dictionnaire de langue corse, devint assistant de linguistique travaillant avec le spécialiste du vocabulaire politique Jean Dubois et Louis Guilbert à la faculté des Lettres de Nanterre. Après avoir soutenu en 1970 une thèse de troisième cycle sur le vocabulaire du congrès de Tours, il fut nommé assistant puis maître-assistant à la tête du laboratoire de linguistique à la faculté de Rouen. Il devint professeur en 1975. Il participa aux travaux linguistiques se réclamant de l’analyse des discours à entrée lexicale. Il devint spécialiste de socio-linguistique, étudiant le discours dans son environnement social au sein de son laboratoire, puis d’une unité du CNRS qui élabora notamment le concept d’individuation. Lors d’un séminaire sur la norme, en 1976, furent lancés les Cahiers de linguistique sociale qui rassemblèrent des travaux et des comptes rendus de l’activité scientifique du laboratoire. Il dirigea, avec Bernard Gardin, le premier ouvrage sur la question d’un colloque « Théories et pratiques de la sociolinguistique » en 1978 dont les actes parurent en 1981. Il consacra aussi une partie de ses recherches sur les langues régionales et le bilinguisme avec son équipe qui publia plusieurs numéros de revues consacrées aux langues minorées (Langue française, Langage, La Pensée, Etudes normandes, Etudes corses). Il accomplit des missions de formation dans une trentaine de pays. A titre associatif à Rouen, il organisa gratuitement un cours sur l’apprentissage et la ré-acquisition de la langue corse.

Jean-Baptiste Marcellesi fut un des responsables du Syndicat national de l’enseignement supérieur dans son université. Il siégea aussi dans des instances paritaires de gestion universitaire ou de gestion des carrières.

Ses travaux furent au cœur des réflexions du PCF sur la question de langues régionales, et en particulier sur la langue corse dans un état unitaire. Ses travaux sur la co-officialité furent importants pour l’évolution du rapport entre la Corse et l’État français. En Corse, on ne parle plus comme si on avait nécessairement la langue française sans la langue régionale ou la langue régionale sans la langue française. Dans le PCF, tout en réclamant une pratique politique différente, il se montra toujours soucieux de développer un mouvement uni sur une perspective révolutionnaire.

Retraité en 1992, Jean-Baptiste Marcellesi reçut un volume d’hommage, édité par Bernard Gardin, sous le titre Covariation pour un sociolinguiste, publié par l’Université de Rouen en 1998. Il se retira à Nans-les-Pins (Var) pour des raisons de santé. Secrétaire du cercle de l’Union démocratique de Nans, il était toujours un actif militant communiste dans le Nord-Ouest du département.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140378, notice MARCELLESI Jean-Baptiste par Jacques Girault, version mise en ligne le 20 avril 2012, dernière modification le 2 octobre 2019.

Par Jacques Girault

ŒUVRES : Parmi ses ouvrages, signalons : Le Congrès de Tours 1920. Etudes sociolinguistiques, Paris, Le Pavillon, 1971. — Avec Bernard Gardin, Introduction à la sociolinguistique. La linguistique sociale, Paris, Larousse, 1974,

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Presse syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Site Internet : entretien en 2001 avec Thierry Bulot et Philippe Blanchet, Université de Rennes 2 (CREA-CIM). — Notes d’Alain Dalançon.

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