AUBRIOT Paul

Par Jean-Claude Grandhay

Né le 22 septembre 1892 à Chevillon (Haute-Marne), mort le 3 août 1966 à Echenoz-la-Méline (Haute-Saône) ; syndicaliste CGT puis FO ; premier secrétaire général de l’UD-FO de Haute-Saône élu en 1948 ; militant SFIO ; maire d’Echenoz-La-Méline (Haute-Saône) (juillet 1955 – juillet 1966).

Quinzième enfant d’une famille de métallurgiste, militant des Jeunesses socialistes depuis 1910, il fut blessé deux fois lors de la guerre de 1914-1918 au cours de laquelle deux de ses frères furent tués. Mutilé de guerre, il fut, à partir de 1921, employé des services municipaux de la ville de Vesoul (Haute-Saône) (il était commis principal au mois d’octobre 1947). Il prit sa retraite en février 1948 puis devint secrétaire de mairie à Echenoz-la-Méline.
Adhérent de la CGT, il fut en 1937 le secrétaire du syndicat confédéré des employés communaux de Haute-Saône. Le 31 octobre 1937, alors qu’il participa à la création à Luxeuil-les-Bains d’une section syndicale, il rappela qu’il était « partisan de négociations et hostile en principe à la grève, laquelle d’ailleurs doit laisser intacte le fonctionnement des principaux services publics ».
Membre de la commission administrative de l’UD-CGT, il fut réélu le 22 janvier 1939, il l’était encore en 1948) ainsi que trésorier de l’UD. Il fut, en même temps, secrétaire du syndicat des services publics (Fédération des services publics).

A partir du mois d’octobre 1943, il participa aux travaux du Comité ouvrier de secours immédiat (COSI) dont il fut un des membres (avec Germain Rigaud, Lucienne Jacquin, Lucien Brice, Georges Chemithe, Charles Bathélémy, Charles Véjux et Julien Hell).

Le Comité départemental de Libération de la Haute-Saône, ignorant sans doute la vraie nature du C.O.S.I. qui n’était autre, au plan national, qu’une officine de recrutement des partis de la collaboration en milieu ouvrier (Voir Henry Rousso in La collaboration, MA Editions, septembre 1987, page 100), peut-être aussi à cause du passé militant de tous ses membres, dont un (Charles Barthélémy) participa à ses travaux, se borna dans sa séance du 20 septembre 1944 à estimer « que le COSI dont les fonds provenaient en partie de la confiscation des biens israélites, doit cesser de fonctionner ». Le 21 septembre, il « rappelle à M. le Préfet que le COSI fonctionnait grâce à la vente des biens israélites. Il demande la mise sous séquestre de tout l’avoir mobilier et immobilier du COSI et la suppression de cet organisme allemand »

Lors du congrès de l’Union des syndicats ouvriers CGT, tenu à Vesoul le 25 août 1945, un nouveau bureau fut constitué : Marcel Edel, secrétaire général, Etienne Roblet, secrétaire général adjoint, Paul Aubriot, trésorier et Lucienne Jacquin*, trésorière adjointe.

Une note des Renseignements généraux de la Haute-Saône, en date du 29 novembre 1947 donne Paul Aubriot comme « le principal animateur du groupement Force Ouvrière. Une réunion groupant seize Secrétaires de syndicats sympathisants du mouvement s’est tenue au cours de la semaine écoulée à Vesoul ».
Pourtant son nom n’apparaît pas parmi les membres du bureau provisoire constitué le 5 janvier 1948 à Vesoul. Toutefois, le 30 janvier 1948, à l’occasion d’une réunion d’information tenue à la mairie de Vesoul et animée par René Peeters, ancien député SFIO de Meurthe-et-Moselle et Compagnon de la Libération, c’est Paul Aubriot qui présida la séance au cours de laquelle il fut présenté comme « trésorier de l’Union départementale ». Le 4 février 1948, il fut élu secrétaire du syndicat des municipaux FO de Vesoul mais à ce jour, il n’avait pas encore démissionné de son poste de secrétaire de l’Union départementale CGT. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à l’issue de cette réunion, Etienne Roblet, secrétaire général de l’UD – CGT intervint pour exiger que Paul Aubriot se démette immédiatement de ses fonctions à la CGT et rende aussitôt la comptabilité. Paul Aubriot refusa, sans que l’on sache la suite donnée à cette affaire par la CGT.

Le 18 mars 1948 eut lieu le premier congrès de l’UD-FO qui vit son élection au poste de secrétaire général. Courant juin 1948, il fut élu secrétaire du bureau du syndicat FO des personnels des services publics et des services de santé de la Haute-Saône à Vesoul. Réélu secrétaire général lors du 2e congrès départemental organisé à Vesoul le 2 décembre 1951, c’est sur ses épaules que reposèrent ces premières années de scission syndicale. A l‘enthousiasme des premiers temps avec la création de l’UD et de trois Unions locales (Héricourt, Vesoul et Gray) succéda une léthargie qui entraîna la disparition des unions locales, et obligea à la constitution d’un Comité interdépartemental Haute-Saône – Territoire de Belfort avec André Bergeron comme secrétaire permanent. Les efforts de tous permirent le redressement de la situation et à la veille du 3e congrès départemental, l’UD représentait quarante syndicats.

Lors de l’élection des membres du bureau le 14 février 1953, survenue au moment de son départ à la retraite de son emploi d’employé de la mairie d’Echenoz-la-Méline, un nouveau poste de président fut spécialement créé, de façon à le maintenir au bureau afin que son influence sur les ouvriers du département puisse encore servir à la cause de FO. Ce fut Jean Thevenot, de l’Alimentation, qui occupa la double responsabilité de secrétaire général et de trésorier. Le nom de Paul Aubriot n’apparaît plus parmi les membres de la commission exécutive issus du Congrès du 28 mars 1954 tenu à Héricourt.

Il fut candidat aux élections législatives du 10 novembre 1946 sur la liste socialiste menée par Jacques Rebeyrol avec pour colistier Renée Nurdin. Cette liste, arrivée en avant-dernière position avec 9 684 voix (9,37 %), n’eut aucun élu. Lors des élections municipales du 19 octobre 1947 à Vesoul, il fut à nouveau candidat, sans succès, sur la « liste de démocratie socialiste et de défense des intérêts vésuliens ».

Il fut élu conseiller municipal d’Echenoz-la-Méline au second tour de l’élection complémentaire du 12 juin 1955 à l’issue d’une crise larvée soldée par la démission de maire et de conseiller de Joseph Cholley, indépendant de droite. Deux tours avaient été nécessaires pour que Paul Aubriot triomphe d’un communiste et d’un MRP, ce dernier soutenu par la majorité modérée du conseil. Le 8 juillet suivant, Paul Aubriot devint maire au terme de deux scrutins particulièrement pénibles. Les 17 sièges de l’assemblée municipale se partageaient alors entre 9 « droite » et 8 « gauche ».

Au renouvellement général du 8 mars 1959, Paul Aubriot patronna la « Liste d’entente républicaine et de défense des intérêts communaux » face à une « Liste d’Union » conduite par le 1er adjoint sortant, Albert Joly, modéré. Réélu maire, il conduisit à nouveau la même liste lors du renouvellement du 14 mars 1965. Malgré une perte d’audience certaine, sa liste passa en entier face à une formation PSU-divers Gauche- PC animée par le 2e adjoint sortant, Catté, appartenant au PSU.
Les réticences de nombreux conseillers à l’endroit de sa politique et de sa personne durant la période 1959-1965 le contraignirent à chercher appui sur quelques éléments de droite : Marcel Richard, instituteur et 1er adjoint, Charles Bazard, Henri Marguet, Raymond Deharbe et Bernard Pahin. Grâce à ce ballon d’oxygène, Paul Aubriot se maintint mais, alors qu’il était en tête en 1959, il n’arriva cette fois qu’à la 15e position (sur 17) avec 549 voix sur 966 suffrages exprimés. Marcel Richard prit la première place.
Par la suite, la manière toute personnelle de Paul Aubriot lassât bien des bonnes volontés, et la soif du pouvoir du 1er adjoint et de ses amis fit le reste. Non seulement isolé, mais violemment contré, réellement accablé par des soucis familiaux (épouse gravement malade), Paul Aubriot, qui n’avait plus le tonus d’autrefois, se vit contraint d’abandonner. Début juillet 1966, il adressa à la préfecture sa démission de maire mais, soucieux de barrer la route de la mairie à ses adversaires, conserva son siège de conseiller, le temps pour lui de battre le rappel en faveur de Georges Chalon, 2e adjoint, radical-socialiste favorable à la tendance Maroselli. Le 26 juillet 1966, le préfet accepta sa démission du poste de maire d’Echenoz-la-Méline. Il décéda quelques jours plus tard.

En 1951, il fut secrétaire adjoint du conseil départemental des Auberges de Jeunesse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140382, notice AUBRIOT Paul par Jean-Claude Grandhay, version mise en ligne le 20 mai 2012, dernière modification le 22 mai 2012.

Par Jean-Claude Grandhay

SOURCES : Archives privées. — La IVe République, édition de la Haute-Saône, " bihebdomadaire de la démocratie socialiste », 8 novembre 1946. – Arch. dép. de la Haute-Saône, 1333 W, 14 M 53, 14 M 55 et 24 M 18 anciennes cotes. — Arch. de la mairie de Vesoul. — L’Union démocratique, 31 août 1945. — Le Socialiste Comtois, n° 27 du 21 février 1948. — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 8 novembre 1951, 22 et 29 janvier, 19 février 1953. — Informations transmises le 2 mai 2011 par Alain Grosdemouge, secrétaire général de l’Union départementale FO de la Haute-Saône. — Notes de Louis Botella.

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