MASSON Loys

Par Frédéric-Gaël Theuriau

Né le 31 décembre 1915 à Rose-Hill (île Maurice), mort le 24 octobre 1969 à Paris ; peseur de cannes à sucre, employé de banque, poète, légionnaire, secrétaire de rédaction puis administrateur de Poésie 41, 42 et 45, premier rédacteur en chef des Lettres françaises, journaliste puis producteur à la RTF, romancier ; résistant ; membre du Parti communiste français.

Loys Masson et Marthe Romains
Loys Masson et Marthe Romains

Issu d’une famille franco-mauricienne vivant sur une île sous domination britannique, Loys Masson naquit d’abord anglais. Il fut instruit religieusement au Royal College de Curepipe, était passionné de boxe et de poésie, mais ne supportait aucun carcan. Il trouva une place de peseur de cannes à sucre puis travailla à la Mauritius Commercial Bank tout en se faisant remarquer pour ses poésies emplies de rêves de liberté d’expression, d’idéal chrétien, de socialisme. Grâce à Jean de Beer et Henri Dadais, il accepta l’opportunité de quitter son île natale pour Paris.

Il arriva en pleine mobilisation, s’engagea dans la Légion étrangère, fut réformé, vécut misérablement dans la clandestinité et fréquenta les intellectuels de l’époque : Georges Hugnet, Paul Éluard*, Robert Ganzo.

Il fit partie du groupe de poètes et d’artistes de la résistance réuni au château de Lourmarin en Provence, entre le 19 et le 22 septembre 1941, qui avait pour but de s’organiser contre le nazisme depuis la zone libre. Il y rencontra Emmanuel Mounier, Manza del Vasto, Armand Guibert, Pierre Emmanuel, Max-Pol Foucher, Georges-Emmanuel Clancier, Claude Roy* et Pierre Seghers qui lui demanda de travailler pour la revue Poésie 41.

Poète engagé, condamné à mort par contumace et recherché par la Gestapo, il fuit la capitale avec son épouse Paula (née Slaweska). Il se réfugia au Châtelet de Thilouze, en Touraine, entre avril 1943 et septembre 1944, collabora à la revue littéraire et politique algérienne Fontaine, l’une des rares revues contre le nazisme, ainsi qu’aux Lettres françaises, principale revue littéraire clandestine. Malgré sa foi chrétienne, il adhéra au Parti communiste français clandestin, accomplit des missions secrètes pour la résistance, devint l’un des chantres des événements dramatiques de son temps et insuffla par ses vers une flamme d’espoir de libération.

Loys Masson sortit de la clandestinité, fin 1945, en obtenant la nationalité française. Il devint le premier rédacteur en chef des Lettres françaises (1946) qu’il quitta avant de devenir rédacteur du magazine Regard (1948). Il entra ensuite à la Radiodiffusion-télévision française (1950) où il travailla avec la journaliste et auteure dramatique Marthe Romains, ancienne résistante. Débutant comme journaliste, il produisit ensuite des émissions comme Le Poète et le mois, La Volière enchantée et Clefs pour mon jardin.

Écrivain prolixe de poèmes, romans, nouvelles, divertissements, essais, pièces de théâtre, cantates, paroles de chansons et de nombreuses œuvres radiophoniques, il se retira progressivement près de Forcalquier dans sa grange de Pavoux pour se consacrer à l’écriture.
Son œuvre romanesque, plus particulièrement L’Étoile et la Clef (1945) et Le Notaire de Noirs (1961), laisse transparaître une volonté politique d’indépendance et de décolonisation pour l’île Maurice.

En 1952, Tout ce que vous demanderez fut mis en scène par Michel Vitold. Ce roman fut aussi adapté pour la télévision et diffusé en 1964. Hilda Muramer, son adaptation théâtrale de la nouvelle fantastique Metzengerstein (1832) d’Edgar Allan Poe, fut mise en scène par Jacques Trébouta pour le petit écran, puis diffusée en 1973.

L’écrivain reçut de prestigieuses récompenses littéraires comme le prix des Deux-Magots, celui de la fondation Del Duca, le prix Antonin Artaud et la récompense Katherine Mansfield.
Il disparut un an après la déclaration d’indépendance de son île qui lui avait donc conféré la nationalité mauricienne. Tourmenté par la fragilité de son couple et par son fils Grégoire qui l’aurait déçu, il se laissa sombrer dans son appartement parisien le 27 octobre 1969.

Inhumé à Pantin sur une concession vite abandonnée, Marthe Romains tenta de faire rapatrier le corps de son frère spirituel à l’île Maurice, conformément au vœu non respecté du vivant du défunt. Mais elle décéda en 2002 sans y parvenir. Les reliques de Loys Masson furent détruites en 2005.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140396, notice MASSON Loys par Frédéric-Gaël Theuriau, version mise en ligne le 19 mai 2012, dernière modification le 23 août 2014.

Par Frédéric-Gaël Theuriau

Loys Masson et Marthe Romains
Loys Masson et Marthe Romains

SOURCES : Frédéric-Gaël Theuriau, « Indépendance et décolonisation dans l’œuvre de Loys Masson », in Lettres Éoliennes, Callithea (Grèce) : éd. Costas Valetas, 2009, p. 31-34 – Idem, Loys Masson : engagement et romantisme, Antibes : éd. Vaillant, 2010.

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