GRAINDORGE Pierre, Théodore

Par Daniel Grason

Né le 11 août 1903 à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 15 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ; ajusteur ; militant communiste.

Pierre Graindorge.
Pierre Graindorge.

Fils de Joseph, menuisier et de Marie, née Bornot, blanchisseuse, Pierre Graindorge naquit au domicile de ses parents 30 rue Marjolin. Il épousa Louise Monin le 22 septembre 1923 à Courbevoie, le couple eut deux filles, nées en 1927 et 1932.

En 1932, Pierre Graindorge et sa famille vinrent habiter à Gennevilliers au 44 rue Jean-Jaurès, dans les logements locatifs de la cité jardins. Il travailla dès le 4 avril 1935 comme ajusteur chez Chausson à Asnières. Cette entreprise de la métallurgie fabriquait notamment des radiateurs pour les automobiles et les camions. Il adhéra au parti communiste en 1936 il fut élu délégué CGT.

Il participait à la vie locale, fut élu trésorier adjoint du centre des loisirs de la Maison pour Tous. Dans l’entreprise, le climat social se détériora dès 1937. L’année suivante le gouvernement Daladier mettait en cause par décrets lois les quarante heures hebdomadaires, la CGT appela à la riposte en appelant à la grève le 30 novembre. La mobilisation fut suivie dans la métallurgie, mais inégalement dans l’ensemble du pays. Le patronat riposta par des mesures de lock-out, puis de licenciements contre ceux qu’il qualifiait de « meneurs ». Il y eut quatre-vingt-dix-huit licenciements dans les usines Chausson d’Asnières et de Gennevilliers, Pierre Graindorge fut du nombre, il s’inscrivit au fonds de chômage de la ville.

Du fait de la mobilisation, les entreprises manquèrent de main-d’œuvre, il fut affecté spécial dès le 8 septembre 1939 comme manœuvre, jusqu’au 10 octobre 1940 chez Chausson. Depuis l’interdiction du parti communiste par le décret-loi du 26 septembre 1939, des Brigades spéciales d’intervention furent crées dans tous les commissariats afin de réprimer l’activité communiste.

Des tracts du parti communiste étaient distribués dans la cité jardins, ce qui fut signalé à la police. Pierre Graindorge fut soupçonné de participer « activement à la propagande clandestine ». La préfecture de police décida d’une opération d’ensemble dans le département de la Seine, cent quatre-vingt-sept militants communistes étaient arrêtés le 5 octobre 1940. À Gennevilliers, ils étaient onze à être appréhendés : Pierre Cornil, Léon Goegel, Henri Lefevre, Maurice Morisot, Olivier Offret, Pierre Graindorge, Eugène Jarny, René Guiboiseau, Théophile Tenaille, Charles Alban et Maurice Guy. Les quatre derniers siégèrent au conseil municipal.

Après un passage au commissariat d’Asnières, ils furent emmenés à Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) en application du décret du 18 novembre 1939. Le 4 décembre, transfert de Pierre Graindorge à la prison de Fontevrault (Maine-et-Loire), puis le 20 janvier 1941, il était emmené à la centrale de Clairvaux (Aube), ensuite le 12 août au camp d’internement de Rouillé (Vienne), enfin à Gaillon (Eure). Il était extrait de ce camp le 5 mars 1942 par les autorités allemandes pour le Frontstalag 122 à Compiègne (Oise).

Sa femme écrivit au préfet dès le 23 décembre 1940, elle protestait du fait de l’arrestation de son mari « sans aucune preuve […] Je me vois du fait de cette mesure arbitraire de justice privée du secours de chômage auquel mon mari avait droit. J’ai deux enfants c’est sur moi seule maintenant que repose les soucis de les élever et de les nourrir : pourquoi me refuse-t-on tout secours ? ». Elle concluait « Espérant que vous prendrez ma demande en considération, j’attends la libération de mon mari ou le paiement de secours ».

Le 6 juillet 1942 un convoi de mille cent soixante-quinze hommes partit de Compiègne à destination d’Auschwitz (Pologne). Ce transport politique était composé essentiellement de militants communistes, de quelques socialistes et radicaux, de syndicalistes de la CGT, et de cinquante-six juifs. Parmi les déportés plusieurs anciens volontaires des Brigades internationales. L’administration allemande entendait dissuader les dirigeants et les résistants communistes de poursuivre la guérilla urbaine, commencée en août 1941, sous la forme d’attentats contre des officiers et des troupes de l’armée d’occupation. Ce convoi fut particulièrement meurtrier, 90 % des déportés périrent. Pierre Graindorge matricule 45626 mourut le 15 août 1942. Treize militants de Gennevilliers étaient dans ce transport, aucun ne revint.

Le Ministère des anciens combattants lui accorda le 10 juillet 1948, la mention « Mort pour la France ». En juin 1950, un dossier de demande de certification d’appartenance aux FFI fut déposé le concernant. Il n’y eut pas de suite et pour cause, Pierre Graindorge était arrêté le 5 octobre 1940, quant aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), elles furent créées le 29 novembre 1943 en vue de combats aux côtés des troupes alliées au moment du débarquement.

Le nom de Pierre Graindorge fut gravé sur le monument des morts en déportation dans le cimetière de la commune. En septembre 1966, le conseil municipal donna son nom à une rue de la ville située dans un nouvel ensemble locatif.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140551, notice GRAINDORGE Pierre, Théodore par Daniel Grason, version mise en ligne le 17 mai 2012, dernière modification le 29 décembre 2019.

Par Daniel Grason

Pierre Graindorge.
Pierre Graindorge.

SOURCES : Arch. PPo. BA 2113, BA 2114, BA 2373, BA 2374, BA 2397, 77W 1436. – Arch. Mun. Gennevilliers. – Bureau Résistance GR 16 P 266956 (non homologué). – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Triangles rouges à Auschwitz. Le convoi politique du 6 juillet 1942, Claudine Cardon-Hamet, Éd. Autrement, 2005. – La Voix populaire, 16 décembre 1938. – JO n° 41, 18 février 1994. – Site Internet GenWeb. – État civil, Gennevilliers, Levallois-Perret.

PHOTOGRAPHIE : AM. Gennevilliers.

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