MELLIET André, Jacques, Claude

Par Miquèl Ruquet

Né le 11 novembre 1931 à Fleurance (Gers) ; instituteur dans le Gers (1952-1953) puis conseiller d’orientation-psychologue à Carcassonne (1958-1992) ; membre du PSA ; créateur et animateur de la fédération du PSU de l’Aude (1961-1974) ; membre du conseil fédéral du PS de l’Aude ; conseiller municipal de Carcassonne (1965-1971) ; adjoint au maire de Carcassonne (1977-1983) ; conseiller régional de Languedoc-Roussillon (1992-1998) ; membre du Conseil économique, social et environnemental national (1989-1991) ; militant social au planning familial (1967-1975), dans la lutte contre la toxicomanie (1977-1989) et pour l’insertion professionnelle des jeunes handicapés (1990-2011) ; vice-président du CSES 11 (Comité économique, social et environnemental de l’Aude) depuis avril 2008.

<em>L’Indépendant</em>, édition de Carcassonne, du 26 juin 2011 (A. Melliet est à gauche de Jean-Claude Pérez, maire PS de Carcassonne.)
L’Indépendant, édition de Carcassonne, du 26 juin 2011 (A. Melliet est à gauche de Jean-Claude Pérez, maire PS de Carcassonne.)

Son grand-père maternel était maréchal-ferrant, adjoint au maire de sensibilité radical-socialiste ; son père était un petit entrepreneur itinérant pour le dépiquage des moissons et possédait une scierie, indiqué « gérant de l’Épargne » sur le registre d’état civil. La famille était agnostique et surtout « férocement laïque ». De 1948 à 1952, il fut élève-maître à l’École normale d’instituteurs de son département et à sa sortie travailla comme instituteur titulaire en classe unique à Saint-Caprais dans le Gers en 1952-1953. De mai 1953 à octobre 1954, il effectua son service militaire à l’école des officiers de réserve de Caen (Calvados), puis à la base-école de l’armée de l’air à Nîmes-Courbessac dans le Gard. Il en sortit avec le grade d’officier-instructeur de réserve. Titulaire du baccalauréat (série Sciences expérimentales, mention AB), il poursuivit deux années d’études à l’Institut d’études politiques de Toulouse tout en travaillant comme surveillant à l’école normale d’Auch (1955-1956). Il fut rappelé en Algérie de mai à novembre 1956 comme sous-lieutenant dans le Constantinois.

À son retour il passa avec succès le concours d’entrée à l’INOP (Institut national d’orientation professionnelle) de Paris, d’où il sortit diplômé en juillet 1958. Il obtint aussi un diplôme d’histoire du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris. Reçu au concours de conseiller d’orientation-psychologue, il fut nommé à la rentrée de septembre 1958 à Carcassonne, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en juin 1992. Il obtint ensuite un diplôme de psychopédagogie et une licence de psychologie à Toulouse (1960). Il se maria le 23 avril 1957 à Arrien en Bethmale (Ariège) et eut deux filles Catherine, née le 11 janvier 1959 et Sophie, née le 12 février 1963. La première est actuellement infirmière. Après son divorce en septembre 1987, et vingt ans de vie commune avec sa nouvelle compagne, maintenant retraitée de l’Éducation nationale, il l’épousa le 16 février 2008 à Salles d’Aude (Aude).

Membre du PSA, marqué par la figure de Jaurès qu’il retrouva chez Pierre Mendès France* et Michel Rocard*, il créa la fédération du PSU dans l’Aude « aussitôt » après la fondation du parti en avril 1960. Appartenant au « premier cercle » de Rocard qu’il connaissait avant la création du PSU et dont il était l’ami, il était « en liaison directe » avec lui et le fit venir à plusieurs reprises dans le département. Les membres de l’organisation étaient peu nombreux, essentiellement « sur Carcassonne, sur Narbonne et un petit peu dans d’autres villes du département ». En tant que secrétaire fédéral, il reçut l’adhésion au PSU du poète occitan René Nelli*, conseiller municipal de Carcassonne élu sous l’étiquette "Union des forces démocratiques (UFD)" aux élections municipales des 8 et 15 mars 1959. Pour le second tour, il y eut alliance entre la liste SFIO, celle de l’UFD et celle des communistes. René Nelli resta conseiller municipal jusqu’au 23 mars 1965. Pour André Melliet, Nelli « était une référence morale et un poids au niveau de l’opinion ». Le 3 décembre 1961 eurent lieu des élections au poste de conseiller général du canton de Mouthoumet : Nelli était candidat mais le candidat socialiste Joseph Baro, maire de Termes, l’accusa d’avoir été conseiller municipal de Carcassonne sous Vichy. A. Melliet organisa cette campagne très rude qui fut un échec pour Nelli et le PSU.

En mars 1965, la liste commune Parti communiste français-Parti socialiste SFIO aux élections municipales proposa un seul siège au PSU : André Melliet, devenu conseiller municipal de Carcassonne, le resta jusqu’en mars 1971. Aidé par Rocard, il multiplia ses interventions au conseil et dans la presse locale, ce qui agaçait parfois le maire Jules Fil*. Ainsi, en janvier 1967, il proposa la création d’une commission municipale d’urbanisme (« Proposition d’études préalables de conjoncture et d’aménagement urbain de Carcassonne ») que le maire socialiste refusa avec la majorité du conseil municipal. Cette proposition inspira en 2011 la municipalité socialiste ! Faisant le constat des inégalités régionales, de la sous-industrialisation de l’Aude et de la crise de la viticulture, il fut un militant particulièrement actif dans les luttes de mai 1968 et participa à la grande manifestation du stade Charlety à Paris le 27 mai 1968, aux côtés de Michel Rocard* et de Pierre Mendès France*. Il accompagna Rocard, lequel « implora » en vain Pierre Mendès France de prendre la tête du mouvement. Ce fut le moment « historique » d’une grande déception pour André Melliet ! Dans l’Aude, il anima la campagne contre le procès de Burgos, en décembre 1970, avec l’ensemble des organisations de gauche, à l’exception du PCF et de la CGT.

En 1971, André Melliet était secrétaire de la section de Carcassonne du PSU et, à ce titre, fut interviewé dans le livre PSU, des militants du PSU présentés par Michel Rocard. Il y témoignait d’une forte critique, tant vis-à-vis du PS pour "son hégémonie teintée de centrisme et son clientélisme", que du PCF pour "ses positions plus soucieuse d’électoralisme que de fidélité aux valeurs fondamentales de gauche". En 1971, il se présenta aux élections municipales sur une liste PSU et opposants communistes mais la liste obtint à peine 8,4 % des voix. Avec Rocard et une minorité du PSU, il prit la décision en décembre 1974, de rejoindre le Parti socialiste sans jamais renier la critique qu’il fit du parti. Il fut, dès 1974, membre du conseil fédéral et, secrétaire fédéral à la formation, à la santé et à l’éducation (1978). Par la suite, il fut secrétaire fédéral aux associations et à la santé et délégué auprès du premier secrétaire pour les problèmes du handicap et de la vie associative. À la même époque, il fut aussi membre de la commission nationale du PS sur le handicap et la vie associative.

En mars 1977, il fut à nouveau élu au conseil municipal de Carcassonne sous l’étiquette socialiste. Pendant l’ère du « programme commun de gouvernement », les rapports des forces entre le PCF et le PS étaient assez équilibrés à Carcassonne, en particulier lors de la préparation des élections municipales de 1977. La section communiste de la ville exigea une liste équilibrée et les communistes obtinrent 16 sièges sur les 33 à pourvoir. Après la victoire de l’Union de la gauche, Antoine Gayraud* retrouvant son poste de maire, Marcel Peytavi*, responsable du groupe communiste au conseil municipal, accéda au poste de 2e adjoint jusqu’à sa démission, du parti et de la municipalité, en décembre 1980. André Melliet fut jusqu’en 1983 adjoint au maire chargé du personnel communal, des jeunes en difficultés et des immigrés. En mars 1983, la gauche perdit les élections municipales alors qu’elle était majoritaire au premier tour (60 %). Peytavi avait pris la tête d’une liste indépendante, composée de communistes dissidents, d’écologistes et de catholiques de gauche. Cette liste obtint 9 % des voix au premier tour et fusionna avec la liste d’union entre les socialistes et les communistes menée par le député PS Joseph Vidal (34 %). Mais deux autres listes de gauche (celle du docteur Faye, divers gauche, 2 % et surtout celle du premier adjoint devenu maire à la mort d’Antoine Gayraud en 1981, Fernand Ancely (15,5 %) se retirèrent sans appeler à voter pour la gauche. Celle-ci fut battue par la liste de droite RPR-UDF de Raymond Chésa (53 % des voix). André Melliet fut néanmoins réélu conseiller municipal d’opposition de Carcassonne, et présida le groupe socialiste jusqu’en mars 1989. Il fut ensuite nommé au Conseil économique et social au palais d’Iéna à Paris du mois juin 1989 à septembre 1991. Il participa aux travaux de la section « cadre de vie » et s’intéressa à la place et au rôle des associations. En février 1990, il fit jouer ses liens d’amitié avec Michel Rocard, alors premier ministre, pour sauver l’hôpital psychiatrique de Limoux menacé de fermeture. Rocard, malgré son agenda chargé, fit un déplacement en avion dans l’Aude le samedi 27 février et, après une réunion avec les militants PS de Limoux, assura de l’annulation du décret de fermeture. Aux élections de mars 1992, Melliet fut élu conseiller régional du Languedoc-Roussillon. Il fut membre de la commission « Jeunesse et vie associative ».

Toute sa vie professionnelle, sans être un militant actif, il fut adhérent des syndicats de la FEN, d’abord du SNI puis en tant que conseiller d’orientation-psychologue, au Syndicat national de l’enseignement technique puis au SNES.

Fortement marqué, selon ses dires, par l’enthousiasme « soixante-huitard », en dehors de son engagement politique à gauche, André Melliet fut un homme d’action du monde associatif. En juin 1966, il créa et mit en place la permanence du Planning familial pour Carcassonne et le département de l’Aude. Il en fut le co-président de 1967 à 1975. De 1975 à 1989, il fut président d’une association de lutte contre la toxicomanie. Il intervint sur ce sujet au congrès national du PS à Bourg-en-Bresse en 1983. Il présida de 1977 à 1989 le centre de cure et postcure anti-drogue des Campets à Portel-des-Corbières, dans l’Aude.

En avril 1990, il fut élu à la présidence de l’association « Élan » qui gérait une vingtaine d’établissements accueillant des handicapés (IME et CAT) et regroupait 750 salariés dont 400 travailleurs handicapés. Il consacra une grande partie de son énergie au service de cette association qu’il présida jusqu’en 2006. Il fut aussi, en juin 1997, le président fondateur de l’association gestionnaire du CFAS (Centre de formation des apprentis spécialisés) Languedoc-Roussillon. Ce centre régional qu’il présida pendant 14 ans, accueillait pour insertion professionnelle en 2011, près de 300 apprentis en situation de handicap dans le cadre d’une alternance emploi-formation. En décembre 2005, il fut élu à l’unanimité représentant délégué de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) à la CDA (commission des droits et de l’autonomie). Il était aussi à la même date représentant au Groupement d’intérêt public (GIP) des associations intervenant pour le handicap mental et depuis 2004, correspondant délégué de RÉCIT (Réseau des écoles des citoyens) de la région toulousaine. Il fut aussi administrateur délégué de plusieurs organismes départementaux (COTOREP de l’Aude), régionaux du Languedoc-Roussillon (IRTS : institut régional des travailleurs sociaux, CREAI : centre régional enfance et adolescence inadaptées, observatoire du handicap) ou nationaux (APAJH : association pour les adultes et les jeunes handicapés). Il a participé à des colloques nationaux sur l’économie sociale dont ceux de l’ADDES (Association pour le développement de la documentation sur l’économie sociale) dont le premier colloque eut lieu en 1983. Enfin, il siégeait depuis novembre 2008 au Comité économique, social et environnemental de l’Aude (CESE11) en tant que vice-président. Actuellement (2012), il vit dans l’Aude entre Limoux et Preixan, non loin de Carcassonne.

André Melliet a été fait chevalier des palmes académiques (1991), chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2000 pour ses 45 ans de services civils, militaires et d’activités sociales. Il a reçu la médaille de la Ville de Carcassonne en juin 2011.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140606, notice MELLIET André, Jacques, Claude par Miquèl Ruquet, version mise en ligne le 1er juin 2012, dernière modification le 29 avril 2013.

Par Miquèl Ruquet

<em>L'Indépendant</em>, édition de Carcassonne, du 26 juin 2011 (A. Melliet est à gauche de Jean-Claude Pérez, maire PS de Carcassonne.)
L’Indépendant, édition de Carcassonne, du 26 juin 2011 (A. Melliet est à gauche de Jean-Claude Pérez, maire PS de Carcassonne.)

SOURCES : Arch. Nat., 581AP/104. — Documents fournis par A. Melliet. —L’Indépendant (édition de Carcassonne), 2 décembre 1961, 8 février 1967, 26 juin 2011. — PSU, des militants du PSU présentés par Michel Rocard, Paris, Épi, 1971. —Intervention d’A. Melliet au congrès national du PS de Bourg-en-Bresse, les 28, 29, 30 octobre 1983. — Entretiens téléphoniques avec André Melliet, le vendredi 3 septembre 2010, en avril 2012, le vendredi 11 mai 2012, le mercredi 30 mai 2012. — Notes de Jacques Girault.

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