MAZEAS Roger, Jacques, Hervé, Emmanuel, Marie

Par Jacques Girault

Né le 18 janvier 1910 à Tunis, mort le 9 mars 1973 à Montpellier (Hérault) ; instituteur ; militant syndicaliste en Tunisie.

Son père, pêcheur de sardines à Douarnenez (Finistère), devint douanier maritime (sous-patron des douanes selon l’état civil) à Sfax (Tunisie). Roger Mazéas, élève de l’école primaire supérieure de Sfax, y obtint le brevet d’arabe, entra à l’Ecole normale d’instituteurs de Tunis en 1925. À sa sortie en 1928, il enseigna quelques mois à l’école franco-arabe de Sfax, puis effectua son service militaire dans un régiment de tirailleurs sénégalais à Gabès.

Il épousa, en juillet 1931, au consulat de France à Sfax, Françoise Jaudeau (7 juin 1907 à La Grève sur le Mignon devenu en 1928 Saint Martin de Villeneuve en Charente-Maritime), fille d’un ingénieur des travaux publics à Tunis, ancienne normalienne puis institutrice en Charente-Maritime et en Tunisie, directrice d’un centre de formation professionnelle d’Hammamet, puis du collège d’enseignement technique de Tunis, Le couple eut deux filles. Ils furent nommés dans un village du Sud tunisien, El Guettar, près de Gafsa, où ils restèrent trois ans avant d’être mutés à Mahboubine, dans l’île de Djerba, puis en 1938 dans l’oasis de Menzel Gabès.

Roger Mazéas adhéra au Parti socialiste SFIO à la fin des années 1920 et en resta membre, comme le laissaient supposer des correspondances de militants. Il participa en 1933 à l’élection du Grand Conseil qui venait d’être créé, soutenant le candidat socialiste, attitude qui lui valut une menace d’expulsion.

Mobilisé sur place en 1939 dans la DCA, il reprit sa classe en octobre 1940 à l’école franco-arabe de Grombalia, près de Tunis. Il rejoignit les troupes françaises en Algérie en 1942, participa à la campagne de Tunisie, puis devint instructeur de stages de formation d’officiers de réserve à Rabat, Marrakech et Cherchel. Démobilisé en 1946, Mazéas reprit son poste à Grombalia.

Roger Mazéas devint membre du conseil syndical de la section de Tunisie du Syndicat national des instituteurs. En 1947, en poste à l’école franco-arabe d’Hammamet, il accéda au secrétariat de la section, responsabilité qu’il conserva jusqu’à la dissolution du syndicat en 1956. Il était assesseur lors des congrès nationaux de SNI à Paris, le 19 juillet 1950 et de Brest, le 17 juillet 1958.

Roger Mazéas, convaincu dès 1950, que la Tunisie allait accéder à l’indépendance, imagina un projet d’école associant une école tunisienne bilingue et une école française, l’indépendance ne signifiant pas disparition de l’enseignement du français et départ des enseignants français. Ce projet fut adopté et mis en pratique en 1955. Toutefois, pendant cette période tendue en raison de l’évolution vers l’autonomie, il eut à affronter l’agressivité de beaucoup d’Européens hostiles. D’autre part, dans le SNI, par trois articles successifs dans L’Ecole libératrice, en 1952, à la suite d’une délégation avec le secrétaire général Denis Forestier, Adolphe Baillet, nouveau responsable de l’Union française dans le bureau national, exprima un point de vue proche de celui de Mazéas. Baillet rappelait, le 23 mai, que lors de l’assemblée générale, le responsable de la section tunisienne du SNI avait noté que « les plus ardents adversaires du vieux colonialisme sont les plus acharnés défenseurs d’un néo-colonialisme qui se manifeste, soit par l’assujettissement politique, soit par l’assujettissement économique des peuples ». Mazéas, au nom de commission exécutive de la section SNI de Tunisie, composa un long article dans L’Ecole libératrice du 27 juin 1952. Après avoir analysé la complexité de la situation qualifiée de « très grave », il avançait ce que pouvait être la ligne de conduite de la section du SNI dans la « solution originale » qu’on ne pouvait trouver « en dénonçant systématiquement tout ce qui est français comme colonialiste et tout ce qui est tunisien comme antifrançais. » Peu après, il critiqua les positions du Néo-Destour lors de la réunion du conseil national du SNI, le 15 juillet 1952. Il envoya, au nom de la section SNI de Tunisie, « une documentation abondante et un rapport fort intéressant » que Baillet résuma dans une page de L’Ecole libératrice, le 17 avril 1953, sous le titre « La scolarisation en Tunisie ». Lors du congrès du SNI à Pau en 1953, il intervint le 17 juillet dans la séance consacré au militantisme contre le colonialisme pour noter, que sans approuver les nationalistes, le SNI en Tunisie avait dénoncé la politique répressive du gouvernement à leur égard. Puis le lendemain, il jugea positive l’action des fonctionnaires français en Tunisie et se déclara partisan de l’apprentissage de la langue arabe à l‘école, notant la différence entre les enfants du bled pauvres qui venaient régulièrement à l’école et les enfants des banlieues, tout aussi miséreux mais souvent absents.

Roger Mazéas créa une section tunisienne de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, devenue Mutuelle de l’instruction publique tunisienne à partir d’octobre 1949, pour pallier l’absence de Sécurité sociale. Il en fut le vice-président. Il participa à de nombreuses réunions à Tunis ou à Paris pour préparer l’indépendance de la Tunisie entre 1953 et 1956 et pour obtenir la création d’une Sécurité sociale pour les fonctionnaires français de Tunisie. Il fut un des 37 signataires de la lettre ouverte à Pierre Mendès France, parue dans Le Monde, le 9 juillet 1954 demandant l’arrêt de la politique de répression.

Après l’indépendance, la convention culturelle franco-tunisienne de 1955 garantissait le droit syndical pour les personnels des écoles françaises et pour les coopérants français mis à la disposition du gouvernement tunisien. La section du SNI devint Association des personnels enseignants français de Tunisie et Mazéas la présida de 1956 à 1963.

Roger Mazéas participait régulièrement aux réunions nationales du SNI et y prenait souvent la parole. Ainsi lors du congrès de Bordeaux en 1955, il intervint dans la discussion du rapport moral, le 21 juillet. Il plaidait pour le respect et « l’application loyale des conventions ». S’étonnant de la position des délégués de Constantine s’opposant aux revendications d’indépendance, il les invitait « à raisonner sainement et froidement » et à ne « pas être à la remorque des événements, il faut les dominer ». Le secrétaire général Denis Forestier souligna l’intérêt de cette prise de position qui fut saluée par les congressistes par une ovation. Puis dans la séance suivante consacrée à l’Union française, il estima que « le génie de la France doit permettre la paix ». Lors du congrès de 1957, il remercia la direction du SNI pour son action en faveur des instituteurs français en Tunisie rentrés en métropole. En juillet 1958, il tira les conclusions de l’exemple de l’indépendance en Tunisie. La coopération technique et culturelle, difficile à faire vivre, ne pouvait s’établir qu’après avoir réalisé « les conditions et les moyens ».

Lors du congrès de Strasbourg, le 5 juillet 1960, dans la discussion du rapport moral notamment, il apportait son soutien à l’action du bureau national vis-à-vis du corps enseignant du Maghreb. L’APEFT et la MGEN jouèrent un grand rôle au début des années 1960 dans l’aide aux Tunisiens, victimes de la répression, après les événements de Bizerte en 1961 et pour permettre, en 1963, que le dialogue soit renoué entre les deux états. Lors des congrès nationaux du SNI, en juillet 1962, il présenta la motion de coopération culturelle et technique, et en 1963, il intervint dans la séance consacrée à la discussion du rapport de James Marangé sur la coopération culturelle affirmant qu’il fallait respecter la personnalité du pays d’accueil mais aussi « ne pas accepter une limitation quelconque des valeurs universelles. » Il signa la motion d’orientation de la majorité pour le congrès du SNI de Lille en 1964.

Mazéas fut nommé directeur de l’école française de la rue de Colmar à Tunis en 1960 où les derniers normaliens français recevaient leurs cours pédagogiques pratiques alors que l’école normale française passait sous le contrôle du gouvernement tunisien. Son épouse devint la directrice d’un collège technique pour assurer la transition avant le passage sous contrôle tunisien. Après les évènements de Bizerte pendant l’été 1961, la tension entre la Tunisie et la France fut à son apogée. Devant l’absence d’instructions données par le gouvernement français, il encouragea les enseignants français à reprendre leurs postes en Tunisie. Il fut reçu peu après par le Premier Ministre Couve de Murville avec Denis Forestier, secrétaire général du SNI et protesta contre l’attentisme dont avait preuve les autorités françaises. Par la suite, à plusieurs occasions, il intervint, avec la confiance du président Bourguiba, pour calmer les mouvements des colons.

Sa retraite approchant, Mazéas organisa sa succession dans les diverses responsabilités qu’il occupait, syndicat, association des enseignants, MGEN, Foyer laïque. En juillet 1965, alors qu’il prenait se retraite, il représenta la Tunisie aux congrès du SNI et de la MGEN. En décembre 1966, il démissionnait des cercles Jean Jaurès qui fonctionnaient dans le cadre de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste pour des raisons de santé.
Peu après, il vint habiter Royan (Charente-Maritime) avec son épouse directrice du collège d’enseignement technique jusqu’à sa retraite. Dès lors, il séjournait une partie de l’année à Montpellier (Hérault).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article140775, notice MAZEAS Roger, Jacques, Hervé, Emmanuel, Marie par Jacques Girault, version mise en ligne le 5 juin 2012, dernière modification le 26 avril 2021.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F17 28342 (dossier de F. Mazéas). — Arch. de l’OURS (Tunisie). — Presse syndicale citée. — Diaspora sfaxienne, juin 1995. — Sources orales. — Renseignements fournis par la famille de l’intéressé. — Notes de Martine Coryn-Salhi.

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