MEKNASSI Abdelkader [Dictionnaire Algérie]

Par Louis Botella, René Gallissot

Né le 14 février 1915 à Khenchela (Algérie) ; mineur des mines de l’Ouenza, surveillant mineur puis comptable ; syndicaliste CGT puis Force ouvrière (FO), ensuite autonome ; militant SFIO.

Ayant une bonne instruction primaire française, Abdelkader Meknassi, fils d’Abdelhafid ben Mohamed (S’agit-il du syndicaliste Abdelhafid Meknassi ?) et de Hanem Cherifa bent Mansouri, commença à travailler en 1938 aux mines de l’Ouenza (nord-constantinois). Il devint dans les années 1950, surveillant-mineur.

Il était, depuis mai 1949 au moins, secrétaire général du syndicat CGT des mineurs de l’Ouenza regroupant un millier de mineurs dont beaucoup sont Marocains ; un syndicat-maison, appartenant à la CGSI (Confédération générale des syndicats indépendants), réunit seulement 120 adhérents.

En 1951, il était membre du secrétariat de l’Union algérienne des mineurs CGT.
Etant toujours à la tête de son syndicat, il fut mis en minorité, dans les tous premiers jours de novembre 1953, lors de la tenue d’une assemblée générale. Abdelkader Meknassi et ses partisans quittèrent la salle.

Il fut condamné par le tribunal correctionnel de Guelma, le 11 février 1954, à une lourde amende pour avoir tenu une réunion publique non autorisée, puis par la cour d’appel d’Alger, le 24 janvier 1955, à un mois de prison avec sursis et à une très lourde amende pour détention d’une arme trouvée chez lui par la police à la fin juillet 1954.

Selon un rapport des Renseignements généraux, il démissionna en octobre 1954, de son poste de secrétaire général du syndicat CGT, soupçonné de « détournement d’argent » (2 millions de francs d’alors). Avec l’appui d’ « européens socialistes » employés au centre minier et, plus particulièrement, de Fernand Manchon, ancien militant de la CGT et du PCA, alors secrétaire général de l’Union départementale FO du Constantinois, A. Meknassi forma, au début de 1955, un syndicat FO des mineurs réunissant quelques 600 travailleurs de l’Ouenza et 400 à la mine voisine de Bou-Khaddra.

Les Renseignements généraux, dans une note en date du 11 mars 1955, signalèrent qu’il fut alors l’objet d’une condamnation à un mois de prison ferme, sans indication du motif, et que cette décision fut alors l’objet d’un examen de la Cour de cassation. Toujours dans cette note, il fut indiqué que la police le suspecta d’avoir effectué, clandestinement, un voyage en Tunisie, rencontré des dirigeants de l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) et d’être en relation étroite avec un imam de la région, militant notoire du PPA (Parti du peuple algérien). De plus, la police continua à le surveiller pendant la guerre de libération car il serait en relations avec les chefs de maquis ALN issus de la mine. Par ailleurs, le secrétaire général du syndicat autonome, Bennaceur El Bey, prit également le maquis.

Abdelkader Meknassi, alors secrétaire général du syndicat FO des mines de l’Ouenza, représenta son syndicat ainsi que celui des mineurs de Bou-Khadra lors du congrès confédéral FO d’octobre 1956.

Il intervint à la tribune et, dans un premier temps, mit en exergue les excellents résultats obtenus par FO dans ces deux mines ("78% de voix musulmanes pour FO et 22% de voix européennes pour la CGT" à l’Ouenza et "98% de voix musulmanes pour FO et 2% de voix européennes pour la CGT" à Bou-Kkhadra). Puis, dans un second temps, il exhorta les congressistes à arracher "ce pays des griffes du colonialisme". Il critiqua Roger Lapeyre qui dénonça à la tribune du congrès Ferhat Abbas, le leader nationaliste algérien. Abdelkader Meknassi réclama ensuite l’arrêt de l’effusion de sang par un cessez-le-feu et l’ouverture de négociations rapides "car ce n’est pas dans la haine qu’on peut résoudre les problèmes, c’est plutôt dans la fraternité."

Lors des élections législatives de novembre 1958 dans la circonscription de Bône [Annaba], il fut candidat sur une liste intitulée Union des démocrates pour la fraternité en Algérie, soutenue par la SFIO. Sur cette liste figurèrent également 3 autres militants FO dont 2 cheminots et 1 postier.

A partir du printemps 1959, sa gestion du syndicat (notamment l’absence du règlement des cotisations dues à l’Union départementale) et son comportement furent sévèrement critiqués par les dirigeants de son UD. Malgré ces reproches, Abdelkader Meknassi arriva à se maintenir à la tête de son syndicat jusqu’au 11 juin 1960. Au cours d’une assemblée générale extraordinaire, il fut démis de ses fonctions par un vote des adhérents : il n’obtint que 6 voix contre 187 pour Azouaou Touaf.

Lors de l’élection, en février 1961, des membres du conseil d’administration de la Caisse de secours du personnel des mines de l’Ouenza, il fut tête de liste de l’alliance CFTC/Indépendants. Abdelkader Meknassi et sa liste ne recueillirent que 6,13% des voix face à la liste FO, menée par Kamel Zedam, qui obtint 93,87% des voix.

Il était marié et père de cinq enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141163, notice MEKNASSI Abdelkader [Dictionnaire Algérie] par Louis Botella, René Gallissot, version mise en ligne le 25 septembre 2013, dernière modification le 19 septembre 2015.

Par Louis Botella, René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat. Outre-mer, Aix-en-Provence, ALG, 93/4364, 93/4385, 9314/70, 9336/48, 91 3F/66. — Alger Républicain, novembre 1950. — Compte rendu du congrès confédéral FO de 1956. — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 22 mars 1961. — N. Benallègue-Chaouia in Algérie. Mouvement ouvrier et question nationale, op.cit. — Notes de Ouanassa Siari-Temgour sur la documentation CIE (service de renseignements du Gouvernement général), Arch. Nat. d’Outre-mer, Aix en Provence et Arch. armée française au Château de Vincennes.

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