MARTY Guy

Par Gilles Morin

Né le 16 juin 1931 à Viviez (Aveyron), mort le 17 juin 2005 à Clichy (Hauts-de-Seine) ; cadre ; militant socialiste du Tarn, puis des Yvelines ; membre du conseil national des Jeunesses Socialistes, du comité directeur de la SFIO (1967-1969), puis du Parti socialiste (1969-1971, 1975-1979) ; membre de cabinets ministériels.

Guy Marty
Guy Marty
Cliché fourni par Gilles Morin

Fils de Paul Marty, agent de maîtrise dans l’industrie métallurgique (employé à la Vieille Montagne selon l’acte de naissance), et de Madeleine Mons, Guy Marty fut élève du lycée Foch à Rodez. Il obtint le baccalauréat en 1949. Guy Marty qui devait toujours conserver une pointe d’accent de son terroir, poursuivit des études supérieures à la Faculté de Lettres de Toulouse et de Paris, puis à l’Institut d’études politiques. Il obtint successivement un certificat d’études littéraires, en juin 1950, un diplôme d’études de l’IEP, en juillet 1952, enfin des certificats d’histoire économique et d’histoire moderne et contemporaine en 1953. Il fut encore élève de l’Institut des sciences sociales du travail.

Guy Marty fut très tôt attiré par la politique. Militant dès le lycée, membre du comité national des JS en 1948, il dirigea à partir de 1949 les Étudiants socialistes puis les JS de Toulouse et appartint au comité national des Étudiants socialistes en 1951-1952. Il fut ensuite secrétaire national adjoint des JS en 1956-1960 et collabora désormais régulièrement au journal du mouvement, Luttes, dans lequel il écrivait depuis 1955. Après la victoire électorale du Front républicain, le jeune dirigeant socialiste devint, à vingt-cinq ans attaché parlementaire dans le cabinet de Paul Ramadier, ministre des Finances et des affaires économiques, du 15 février 1956 au 12 juin 1957 (chef du secrétariat particulier puis chef de cabinet selon le Who’s Who). En sortant de ce cabinet, il fut nommé, le 1er août 1957, stagiaire au secrétariat général d’EDF. Il fit dans cette entreprise publique toute sa carrière, en devint un cadre supérieur, chef de service à Gaz de France, chargé des affaires générales, enfin chef du service des relations publiques de la direction de la distribution. En 1993 il devint contrôleur général adjoint à la direction des affaires internationales d’EDF. En 1964-1969, il avait été détaché comme chef de cabinet du président du comité consultatif économique et social de la Région parisienne.

Guy Marty, proche de Pierre Mauroy depuis les années cinquante, avait été l’un des fondateurs de la Fédération Léo Lagrange, avec Raymond Vaillant et Antoine Blanca. Il appartint longtemps au comité exécutif de la Fédération et il devait plus tard présider sa fédération des Yvelines.

Guy Marty s’intéressa très tôt aux questions africaines. En 1951, il comparut devant la commission des conflits de la SFIO pour avoir publié dans son petit journal toulousain un article intitulé « Assez de sang versé en Tunisie ! ». Puis comme secrétaire national des JS, il accompagna le mouvement de création du Mouvement socialiste africain à partir des fédérations coloniales du parti et des branches issues des Jeunesses socialistes. Il participa ainsi, avec Roger Fajardie, au congrès constitutif du Mouvement des Jeunesses socialistes africaines (MJSA), tenu les 10-12 février 1957 à Saint-Louis du Sénégal. Il créa pour la Fédération Léo Lagrange un bureau de Liaisons africaines et malgaches. Mais, le Parti socialiste SFIO profondément intégré à la IVe République se trouva confrontée à la décolonisation et ses Jeunesses socialistes se trouvèrent déchirées par les difficultés de l’organisation. Le parti réussit certes à mettre en place la loi-cadre en Afrique Noire, mais perdit une partie de lui-même dans la guerre d’Algérie, avant de se rallier dans la division à la Ve République. Guy Marty choisit de s’engager dans l’humanitaire. Il fut cofondateur et vice-président en 1963 de l’Association française des volontaires de progrès, ONG présidée par Michel Cépède qui envoyait des jeunes gens pour aider les pays en développement ; il en devint président en 1981-1986. Ces compétences expliquent qu’il fut désigné président de la commission des affaires africaines et malgaches de la SFIO en 1965. Il devait toujours conserver des relations avec des leaders africains issus des indépendances, notamment en Tunisie et au Sénégal.

En 1961, au congrès d’Hénin-Liétard Guy Marty, atteint par la limite d’âge de trente ans, quitta la direction des Jeunesses socialistes, mais il demeura comme délégué adulte au comité national des JS, aux côtés de Pierre Herbaut, André Bidet, Henry Malacrida, Pierre Mauroy, etc. Militant dans les Yvelines il appartint au bureau fédéral de la SFIO et fut candidat aux élections cantonales de 1967 à Maisons-Laffitte.

Guy Marty participa surtout dans les années soixante à la fondation du Centre national d’études et de promotion (CEDEP), club de réflexion créé par Pierre Mauroy, avec aussi Roger Fajardie. Il en fut secrétaire national lors de sa fondation officielle en mars 1966, puis vice-président en 1969-1970 et était conférencier régulier du club. C’est au titre de cette organisation, qui permettait à la SFIO d’avoir une représentation plus importante dans la FGDS, qu’il accéda comme membre suppléant au Comité exécutif de la fédération de la gauche à sa fondation en décembre 1965. Il entama alors une carrière politique au plus haut niveau, sans pour autant – sauf rares exceptions – être remarqué de la presse et du grand public. À trente-six ans, il entra au dernier comité directeur (CD) de la SFIO, de 1967 à 1969, élu en même temps que d’autres « jeunes », comme Jean-Pierre Barel, Denis Cépède, René Debesson et Jacques Fleury. Puis, il siégea au CD du nouveau parti socialiste d’Alain Savary* en 1969-1971. Il fut signataire de la motion majoritaire « pour le renforcement de l’unité socialiste », prônant la création d’un nouveau parti socialiste, avec la CIR, l’UCRG et l’UGCS, pour le congrès national extraordinaire de décembre 1968 à Puteaux, puis de la motion Mollet-Mauroy, pour le congrès national constitutif de mai 1969 à Alfortville. Mais pour le congrès d’Issy-les-Moulineaux en juillet 1969, il rompit avec Guy Mollet et appuya la motion Mauroy. Après le congrès d’Issy-les-Moulineaux, il se situa dans la minorité et participa aux réunions du groupe de travail minoritaire, comme en attestent des notes des archives Pontillon. Au congrès d’Épinay, il appuya avec ses camarades la prise de contrôle du parti par François Mitterrand. Il fut signataire de la motion Mitterrand* pour le congrès de Grenoble en 1973.

Guy Marty se vit confier ensuite une mission de confiance au service du Parti socialiste. Il fut gérant-fondateur de la société coopérative Urba-conseil, bureau d’études dont le siège était 20, rue des Acacias à Paris XVIIe. Au service des municipalités selon ses statuts, il constituait un véritable centre du financement du PS. Le bureau proposait une « assistance commerciale » aux entreprises souhaitant obtenir un marché public auprès de collectivités locales socialistes contre 1 à 2 % du montant des contrats et redistribuait l’essentiel des sommes entre la fédération locale du PS et la direction nationale. Dans des années où le financement public des partis politiques n’existait pas, le PS, qui devait faire face à des campagnes électorales de plus en plus coûteuses et voulait renforcer un appareil politique historiquement très limité, avait ainsi mis en place un système organisé qui visait aussi à éviter les dérives locales. Contrairement à une légende noire, le système Urba n’était en rien occulte et s’inscrivait dans les mœurs et tolérances du temps. En 1977 par exemple, Thierry Pfister en décrivait ainsi le fonctionnement et les buts : « En vue d’exploiter au mieux le marché des collectivités animée par des socialistes, il a créé en 1972 Urba-Conseil. En matière de bureau d’études, le PS accusait un retard certain vis-à-vis du PCF et même de la majorité. Or il s’agit d’un relais financier important pour les formations politiques. Dans ce domaine aussi, le PS avait besoin de retrouver une autonomie ».

Guy Marty était par ailleurs délégué général à la coordination du Parti socialiste en 1975-1977. Après la victoire de la gauche en mai-juin 1981, il fut nommé chargé de mission auprès de Pierre Mauroy, Premier ministre de François Mitterrand, de 1981 à 1984. Thierry Pfister le présentait comme l’un des deux conseillers personnels de celui-ci, avec Peyrlevade.

En 1982, une société qu’il dirigeait acquit La Revue Politique et Parlementaire dont il devint le gérant et le directeur de la publication jusqu’en 1989.

Président de l’association pour le développement des échanges avec le Vénézuela (1985-1994), il fut membre du Conseil supérieur des Français à l’Étranger de 1988 à 1991. Il fut enfin secrétaire général de « France exporte plus » en 1987, avec Édith Cresson, enfin président en 2002 de l’association devenue Association pour la formation, les échanges et la promotion à l’étranger (AFEPE) ; il se rendait souvent en Chine dans ces dernières années et fut président de la Société pour la promotion de l’industrie chinoise en Europe (Spice) à partir de 2002.

L’éclatement de l’affaire Urba devait mettre Guy Marty en pleine lumière. Il fut, avec Gérard Monate, inculpé de trafic d’influence. Son appartenance à la franc-maçonnerie fut alors l’objet de nombreuses citations dans les récurrents numéros des hebdomadaires français consacrés aux Francs-maçons, comme par exemple, L’Express du 2 avril 1998.

Marié avec Marice-Christine Barut à Paris (VIIe arr). le 6 février 1962 , il eut deux fils. Il se remaria au Mesnil-le-Roi (Yvelines) le 7 septembre 1984.
Il était chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur et titulaire de nombreuses décorations africaines (Madagascar, Niger, Congo, Sénégal, Côte-d’Ivoire, Rwanda).

Décédé au lendemain de ses soixante-quatorze ans, il fut incinéré au crématorium du Père-Lachaise, le jeudi 23 juin 2005.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141198, notice MARTY Guy par Gilles Morin, version mise en ligne le 17 juillet 2012, dernière modification le 28 avril 2013.

Par Gilles Morin

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SOURCES : Arch. Nat., 19810410/15, dossier Mauroy ; 19860021/6. — Archives de l’OURS, dossier élections Yvelines. — Arch. PPo 66.336. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 114, mai 1960. — La Documentation socialiste, n° 172, novembre 1967, avril 1969, n° 198, juin 1969. — Le Poing et la Rose, n° 15, mai 1973. — Thierry Pfister, Les socialistes, Albin Michel, 1975, p. 165. — La Revue politique et parlementaire, avril-juin 2005. — Christine Bouneau, Socialisme et jeunesse en France, op. cit. — Jacques Fleury, Cité Malesherbes, op. cit.Le Monde, 22 juin 2005. — Who’s Who in France 2005. — État civil.

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