MAILLOT Henri

Par Tramor Quemeneur

Né le 21 janvier 1928 à Alger, mort dans l’Orléansvillois le 4 juin 1956 ; comptable ; militant du Parti communiste algérien (PCA) ; syndicaliste ; déserteur pendant la guerre d’Algérie ; membre du maquis du PCA (« maquis rouge »).

Henri Maillot, sur le modèle paternel, devint militant communiste en 1943. Il était secrétaire du Cercle de La Redoute – Birmandreis de l’Union de la jeunesse démocratique d’Algérie, l’organisation de jeunesse du PCA, à partir de 1947. Il effectua son service militaire à Maison-Carrée, dans une unité du Train à compter d’avril 1948. Il parvint à entrer à l’École des Elèves sous-officiers de Cherchell, même s’il était « fiché » comme communiste par la Sécurité militaire. Après un stage à Tours, il fut promu aspirant du Train en janvier 1949.

Après son service, il travailla à la comptabilité du journal communiste Alger Républicain et devint membre du bureau national de l’UJDA à la suite du sixième congrès en 1952. Il participait ainsi aux tentatives de rapprochement avec les nationalistes algériens. À l’occasion, il écrivait des articles dans le journal, notamment à la suite du tremblement de terre d’Orléansville, en septembre 1954. De passage à Constantine juste après la répression de l’insurrection du 20 août 1955, il vit des cadavres d’Algériens dans les gorges du Rhumel et recueillit de nombreux témoignages qui lui permirent d’écrire un article, censuré. Cette expérience fit basculer Henri Maillot en faveur de la lutte armée.

En octobre 1955, il fut rappelé sous les drapeaux à Miliana en tant qu’aspirant, au 57e Bataillon de tirailleurs algériens (BTA) qui devint ensuite le 504e Bataillon du Train (BT). Il fut confiné dans des tâches administratives du fait de ses opinions politiques, bien qu’il s’occupait de la gestion de l’armement et des munitions. Très discipliné, il était bien vu par ses supérieurs, au point que son chef de bataillon proposa son avancement, ce qui fut fermement refusé par commandement militaire de l’Algérie. Dès décembre 1955, Henri Maillot envisagea de dérober des armes, l’information remontant jusqu’à la direction des Combattants de la Libération (CDL), organisation clandestine créée après l’interdiction du PCA. Une première tentative échoua en février 1956 faute du concours du FLN. Au cours de la seconde quinzaine de mars, Henri Maillot effectua plusieurs voyages à Alger pour rencontrer la direction du PCA. Il passa deux fois chez ses parents pour brûler des affaires personnelles et pour récupérer quelques vêtements, ce qui laisse entendre que sa désertion était planifiée à cette période. Fin mars, le PCA publia d’ailleurs un tract qui demandait notamment aux soldats algériens d’origine européenne de refuser de porter les armes contre les Algériens. Ce tract préparait donc idéologiquement la désertion d’Henri Maillot. Celle-ci était aussi organisée pratiquement : la direction du PCA détermina les lieux de l’embuscade, la forêt de Baïnem, et les trois membres du commando.

Le 3 avril, Henri Maillot dut reverser une importante quantité d’armes à l’Établissement régional du matériel (ERM) à Alger, mais il ajourna le reversement jusqu’au lendemain, ce qui lui permit de prévenir le PCA à Alger. Comme il n’était pas possible de décharger les armes à l’ERM avant le déjeuner, Henri Maillot autorisa les soldats à aller déjeuner en ville, pendant qu’il s’occupait du camion avec le chauffeur, qu’il invita. Alors qu’ils traversèrent la forêt de Baïnem, Henri Maillot sortit son pistolet et intima l’ordre au chauffeur de s’engager dans un chemin. Vers 12 heures 30, le camion s’arrêta, plusieurs personnes sortirent des fourrés et transbordèrent l’armement dans un véhicule. Le commando déroba ainsi 74 revolvers, 10 pistolets automatiques, 121 pistolets mitrailleurs et 63 fusils, avec de nombreuses cartouches.

Le chauffeur, endormi avec un tampon d’ouate chloroformée, prévint les gendarmes après le départ du commando. Les premiers barrages furent dressés à 14 heures. Pendant ce temps, les complices étaient partis en direction d’Alger, escomptant induire les autorités en erreur. Tandis que les armes et le camion furent cachés, Henri Maillot fut pris en charge et hébergé par le responsable du PCA Sadek Hadjerès, puis par l’abbé Scotto pendant une nuit. Le déserteur fut ensuite amené auprès du curé d’El Biar, qui accepta de le le cacher. Mais un vicaire le reconnut : il fut de ce fait conduit à Bab-el-Oued, où sa trace se perd.

Le 6 avril 1956, les CDL diffusèrent un tract qui expliquait leur action. Toute la presse condamna déjà fermement la désertion d’Henri Maillot. Le Parti communiste était également très déconcerté : ce n’est que le 18 avril que l’Humanité publia une lettre d’Henri Maillot, dans laquelle il justifia son geste, sans pour autant que son appartenance communiste soit soulignée.

Henri Maillot rejoignit le « maquis rouge » mis en place par les CDL le 15 mai. Ce maquis d’une quinzaine de personnes était implanté dans l’ouest algérois, près d’Orléansville, dans le douar des Beni-Boudouane dirigé par le caïd Boualam, futur bachagha, acquis à l’Algérie française et disposant d’importantes troupes harkies. Mustapha Saadoun était le responsable politique du maquis, Abdelhamid Gherab, ancien rédacteur du journal communiste Alger républicain, qui avait déserté le même jour qu’Henri Maillot, en était le responsable militaire avec Maurice Laban*, ancien des Brigades internationales élu au comité central du PCA de 1947 à 1952.

Mi-mai, une réunion de la direction du PCA fut organisée pour convoyer Henri Maillot à Pontéba, près d’Orléansville. Cette tâche fut confiée à un fonctionnaire du Gouvernement général qui ne connaissait pas l’identité du déserteur. Abdelhamid Gherab et deux maquisards retrouvèrent Henri Maillot à Pontéba puis ils se rendirent tous les quatre dans la forêt de Bissa-Tacheta où se trouvait un caïd proche de Saïd Boualam, qu’ils assassinèrent avant de se replier dans le douar Medjadja, près de Pontéba. Le groupe clandestin, repéré, fut ensuite obligé de se replier dans le massif du Dahra, près de la Méditerranée, en effectuant une marche forcée de plus de 100 km en 21 heures d’affilée.

Peu après, ils reçurent 25 pistolets-mitrailleurs, dont 11 étaient inutilisables. Ils décidèrent rapidement d’entreprendre une action contre le caïd, deux chefs de fraction et un propriétaire de Sidi Rached. Dans la soirée du 3 juin, tandis qu’un groupe, comprenant notamment Henri Maillot, surveillait les habitants du village, un autre, avec Mustapha Saadoun, surveillait l’entrée du village et un dernier, avec Maurice Laban et Abdelhamid Gherab, était chargé de l’exécution des quatre hommes se trouvant dans le café maure. Les maquisards repartirent ensuite à marche forcée dans la forêt des Beni Boudouane. Le lendemain matin, une nouvelle recrue, chargée du ravitaillement, était repérée et arrêtée, ce qui permit la mise en place d’une vaste opération le 5 juin au matin, mobilisant 500 habitants du douar.

Lorsque les maquisards aperçurent le dispositif militaire, il était déjà trop tard : l’encerclement était presque terminé. Ils décidèrent alors de se séparer en trois groupes. Le premier groupe comprenait notamment Mustapha Saadoun, le deuxième Henri Maillot et Maurice Laban, et le dernier Mohammed Boualem et Abdelhamid Gherab. Le premier groupe parvint à passer avant que des militaires français arrivent et obligent le troisième groupe à se cacher. Mais le deuxième groupe était déjà engagé. À 13 heures, un bref engagement conduisit à la mort des quatre membres du deuxième groupe. Henri Maillot était porteur de deux cartes d’identité : l’une au nom de l’un de ses anciens camarades de lycée, Paul Amar Aaron, l’autre au nom de Smaïl Djerboua.

L’annonce de la mort d’Henri Maillot déclencha un véritable déluge d’articles. À l’exception de Libération et de l’Humanité, proches ou liés au PCF, tous les journaux utilisèrent les qualificatifs de « félon » et de « traître ». Le 9 juin, le PCA publia un tract au titre éloquent, « Gloire à Henri Maillot héros de la cause nationale ». Une dizaine de jours après l’attaque de Beni Boudouane, le débat rebondit : France-Observateur publia une correspondance anonyme (qui serait le fait d’un collectif d’avocats) qui affirmait que l’un des maquisards européens aurait été fait prisonnier par le 504e BT et qu’il aurait été exécuté, ainsi que les autres combattants communistes. Cette version, peu plausible, trouve encore des prolongements aujourd’hui puisque certains, se basant sur des témoignages indirects, affirment qu’Henri Maillot aurait été exécuté.

Bien que le « maquis rouge » reste une expérience limitée dans le temps et dans le nombre, Henri Maillot en constitua certainement le combattant dont le nom est resté dans les mémoires. Les représentations qui lui étaient attachées furent très fortes du fait de l’exceptionnalité de son acte. Plusieurs groupes en particulier continuèrent de porter sa mémoire. En « négatif », la mémoire d’Henri Maillot continua de perdurer parmi les anciens officiers et partisans de l’Algérie française en tant que « traître ». En « positif », la mémoire d’Henri Maillot était évidemment portée par les communistes, et en particulier les anciens communistes algériens. Enfin, en Algérie, chaque année, des Algériens organisent une cérémonie sur sa tombe, et il est l’un des seuls Européens d’Algérie dont le nom a été donné à un édifice public en Algérie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141283, notice MAILLOT Henri par Tramor Quemeneur, version mise en ligne le 19 juillet 2012, dernière modification le 14 septembre 2021.

Par Tramor Quemeneur

SOURCES : Arch. Service Historique de la Défense nationale–Terre, 1 H 1719 D* 2, 1 H 2453 D* 3. — Jean-Luc Einaudi, Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête, Paris, L’Harmattan, Paris, 1986, 251 p. ; Jean-Luc Einaudi, Un Algérien. Maurice Laban, Paris, Le Cherche-Midi, 1999, 193 p. — Serge Kastell, Le maquis rouge. L’aspirant Maillot et la guerre d’Algérie. 1956, Paris, L’Harmattan, 1997.— René Gallissot, dictionnaire Algérie, op. cit.

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