MARGUERITTE Charles, Léon, Alphonse

Par Gilles Morin

Né le 6 juillet 1913 à Caen (Calvados), mort le 21 août 2002 à Passy (Savoie) ; professeur d’histoire et de géographie, puis inspecteur de la jeunesse et des sports ; militant socialiste ; secrétaire de la fédération socialiste SFIO du Calvados ; conseiller de l’Union française (1951-1956), député du Calvados (1956-1958) ; conseiller général de Caen (1955-1961) ; membre du groupe permanent de la Convention des institutions républicaines (1967-1971) ; adjoint au maire de Saint-Rémy-les-Chevreuses (1971-1977).

Charles Margueritte est issu du monde rural normand. Ses grands-parents étaient fermiers mais son père devint employé du réseau de chemin de fer Normandie-Bretagne. Boursier, Charles Margueritte fit des études secondaires au lycée Faidherbe de Caen puis les acheva au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il fréquenta la Sorbonne de 1934 à 1938 pour obtenir une licence d’histoire et un diplôme d’études supérieures d’histoire-géographie avec un mémoire sur Esmengart, intendant de Basse-Normandie, 1782-1784. Bi-admissible à l’agrégation, il fut en 1933-1935 vice-président de l’Amicale des géographes dont le président était son aîné de quatre ans, Max Lejeune qui joua un rôle important dans son cursus politique.

Lycéen, Charles Margueritte s’était réclamé du mouvement bonapartiste mais étudiant il rejoignit les Étudiants socialistes et écrivit dans le petit bulletin animé par Max Lejeune Zig-Zag. Marié à Paris (XIIIe arr.) le 3 août 1937 avec Louise Loritte, il s’installa à Châtenay-Malabry, où son épouse était institutrice. Membre de la section SFIO depuis 1935, il se lia avec Jean Longuet, député-maire. Il enseigna dans une école privée de Neuilly-sur-Seine en 1937-1938, avant d’être mobilisé. Affecté au 24e RI en novembre 1938, il fut élève à l’École supérieure militaire de Saint-Cyr (promotion maréchal Joffre) l’année suivante, classé septième de sa promotion, il participa à la campagne de France, comme sous-lieutenant et chef d’une brigade du 92e bataillon alpin, contre les troupes italiennes dans les Alpes. Il fut démobilisé en novembre 1940 à Macon et reprit ses fonctions d’enseignant, à Suresnes puis à Bagneux.

Charles Margueritte, sportif très actif — il a pratiqué le football, le basket et le Rugby en participant à des championnats durant ses années d’études — , fut recruté en 1942 par le colonel Pascot, responsable vichyste de la Jeunesse et des sports pour s’occuper de ses services dans le département de la Mayenne. Il y entre en résistance, en août 1942, dans le réseau anglais Buckmaster. En 1943, il fut chargé de la région M1 de ce mouvement (Mayenne, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Sarthe). Il fut affilié aux Forces Françaises Libres, avec le grade de capitaine. Fin 1944, le commandant Grossin le fait nommer au troisième bureau de la Défense. Il s’installa alors à Bourg-la-Reine avec sa femme.

Attaché parlementaire de Marcel Edmond Naegelen, ministre de l’Éducation, il fut chargé de mission, au cabinet ministériel d’Andrée Viénot, sous-secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports dans le gouvernement de transition dirigé par Léon Blum, de décembre 1946 à janvier 1947 puis fut chargé de mission au cabinet de Max Lejeune, ministre de l’Éducation nationale de janvier à novembre 1947. Inspecteur de la Jeunesse et des sports en 1948, à Provins puis à Paris, il revint à des fonctions d’attaché parlementaire, avant d’être appelé par Max Lejeune, secrétaire d’État aux forces armées, comme chef adjoint de son cabinet d’octobre 1949 à 1951.

Charles Margueritte restait attaché à son département d’origine, le Calvados, il y milita . en collaborant au journal régional socialiste, La République de Normandie. Après les législatives de novembre 1946 où échoua Adrien Rophé, qui a été député SFIO aux deux Constituantes, Margueritte devint progressivement le leader de ce parti dans le département. Secrétaire de la Fédération socialiste du Calvados de 1947 à 1959, il obtint son premier mandat électoral en octobre 1947, en se faisant élire conseiller municipal de Venoix puis de Caen après la fusion des deux villes, jusqu’en 1959. Il se présenta, sans succès, en 1949, dans le canton Est de Caen. Tête de la liste socialiste du Calvados, aux législatives de 1951, sans succès, Charles Margueritte poursuit son action de militant, profitant de la disponibilité que lui offre sa désignation comme Conseiller de l’Union française. Il avait été désigné à cette fonction par le groupe socialiste, le 2 août 1951, pour remplacer Léon Boutbien, élu député de l’Indre, et fut reconduit par l’Assemblée nationale le 12 juillet 1952. Il siégea durant cinq ans à l’Assemblée de Versailles, et en fut secrétaire de décembre 1953 à janvier 1955. Il s’y prononça contre le projet de traité de la Communauté européenne, contrairement aux directives de la SFIO. Le 24 avril 1955 il fut élu conseiller général dans le canton Est de Caen, le plus peuplé du département. Premier socialiste à siéger dans l’assemblée départementale depuis la Libération, et seul à le faire durant la IVe République, il avait bénéficié du désistement conjoint des deux autres partis de gauche, communiste et radical-socialiste.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, Charles Margueritte conduit de nouveau la liste SFIO, apparentée cette fois avec la liste du Parti républicain radical et radical-socialiste. Élu député du Calvados, Charles Margueritte siégea à la commission de la défense nationale. Il fut élu secrétaire de l’Assemblée. Il fut désigné rapporteur du budget de la défense en 1956-1958, alors que les opérations de guerre en Algérie sont en pleine expansion. Ses principales interventions portaient sur les questions militaires mais aussi sur les problèmes agricoles. À partir de l’automne 1956, Charles Margueritte se montra très critique envers la politique algérienne du gouvernement Guy Mollet et de Robert Lacoste. Il s’engagea résolument dans la minorité animée par Édouard Depreux, parrain d’un de ses fils, et par Robert Verdier, président du groupe socialiste.. En juillet 1957, sa présence au congrès de la Ligue de l’enseignement lui permit de ne pas voter le renouvellement et l’extension des pouvoirs spéciaux qu’il désapprouvait sans être indiscipliné.

Charles Margueritte, le premier juin 1958, comme une petite majorité du groupe socialiste, refusa de voter la confiance à Charles de Gaulle. Il vote contre la demande de pleins pouvoirs le lendemain et mena ensuite campagne contre le projet constitutionnel de la Ve République, s’engageant dans la création de l’Union des forces démocratiques, avec la Ligue des droits de l’homme, et appela à voter « non » lors du référendum constitutionnel du 28 septembre. Aux élections législatives du 23 novembre 1958, il se présenta sans succès, toujours sous l’étiquette SFIO, dans la première circonscription du Calvados.

Bien qu’il n’ait pas participé le 14 septembre 1958 à la fondation du Parti socialiste autonome (PSA) avec son ami Édouard Depreux, Charles Margueritte rejoignit ce parti dissident de la SFIO un an plus tard, en même temps que Pierre Mendès France et une dizaine d’anciens parlementaires socialistes qu’il contribua activement à rassembler. Margueritte rejoignit le Parti socialiste unifié (PSU) à sa création mais le quitta à une date non précisée. Il cessa de militer dans le Calvados. Demeurant à Saint-Rémy-les-Chevreuses (Yvelines), il se présenta à deux élections cantonales en Seine-et-Oise. À une élection partielle au Raincy en octobre 1961, il se désista au second tour pour le communiste Robert Ballanger, puis à Chevreuse, en 1964, il se présenta comme candidat d’extrême gauche. Le mieux placé de la gauche au premier tour, il bénéficia du désistement du candidat du PSU, de ceux du PCF et de la SFIO, mais fut battu de peu par le sortant modéré.

Ayant rejoint la Convention des institutions républicaines de François Mitterrand – il appartint à son groupe permanent en 1967-1971, il fut candidat pour cette organisation aux élections législatives, en 1967, 1968 dans la 4e circonscription de l’Aisne, puis après avoir rejoint le PS à Épinay, il fut une dernière fois candidat dans cette circonscription en mars 1973. Il obtint un dernier mandat électif local, étant élu conseiller municipal de Saint-Rémy les Chevreuse, de 1971 à 1977. Désigné comme adjoint, chargé de l’éducation, il présidait le SIVOM de Chevreuse sur les questions de gendarmerie.

Charles Margueritte, après avoir été animateur d’un centre culturel en Tunisie en 1962-1964, travaille dans les années soixante-dix comme directeur de l’Institut supérieur de formation permanente de la Fédération Léo-Lagrange. Il est chargé de la formation permanente à l’ALEFIA, association laïque pour l’éducation et la formation professionnelle des adultes. Il appartenait de longue date à la franc-maçonnerie.

Officier de la Légion d’honneur à titre militaire, Croix de guerre 1939-1945, Charles Margueritte fut décoré de la Rosette de la Résistance, de la médaille de la France libre, de la Medal of freedom et était Officier d’Académie. Marié, il était père de six enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141389, notice MARGUERITTE Charles, Léon, Alphonse par Gilles Morin, version mise en ligne le 26 juillet 2012, dernière modification le 14 août 2012.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/275, 307, 561, 703. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1960. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 109 et 111. — Bulletin intérieur, section d’organisation, février 1952. — Archives de l’OURS, dossiers Calvados et Aisne. — Profession de foi, législatives 1956. — Dictionnaire des parlementaires français, notice par Gilles Morin.

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