LOO Charles-Émile, dit Milou

Par Morin Gilles

Né le 4 mars 1922 et mort le 20 août 2016 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; typographe puis directeur de société ; dirigeant socialiste des Bouches-du-Rhône ; député (1967-1968, 1973-1978).

Charles Loo
Charles Loo
Assemblée nationale

Né le 4 mars 1922 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; typographe, puis directeur-gérant commercial de la Tenker lines avant 1950, directeur général de la SOCOMA (société coopérative ouvrière de manutention portuaire) en 1950, chef d’entreprise transitaire (67) ; militant socialiste des Bouches-du-Rhône ; membre du comité directeur de la SFIO (1958-1969) ; secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône (1969-1980) ; trésorier du Parti socialiste (1971-1979) ; adjoint au maire de Marseille(1965-1983) ; conseiller régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur (1975-1980, 1986, questeur 1979-1980 ; député 1967-1968 ; 1973-1978 ; député européen (1979-1988.

Fils de Henri André, ouvrier nickeleur-polisseur, et de Marie-Sophie Zurbuck, d’origine alsacienne, concierge et femme de ménage, Charles-Émile Loo eut une éducation religieuse : il fut enfant de chœur et allait au patronage. Titulaire du Certificat d’études primaire, obtenu à l’école communale du Cabot, il travailla comme apprenti-manoeuvre dans une société d’appareils téléphoniques, à quinze ans, puis, ayant suivit les cours du soir, devint typographe à La Provençale.

Adhérent en 1936 aux Faucons rouges dans le quartier du Cabot à Marseille, Charles-Émile Loo milita peu après à la 10e section SFIO de Marseille, où il fit la connaissance de Gaston Defferre, l’homme dont il devait devenir un fidèle durant près de 50 ans, mais aussi l’ami et le bras droit.

Affecté aux Chantiers de Jeunesse dans le Var, Charles-Émile Loo fut ensuite appelé au STO. Il tenta d’y échapper et perdit alors définitivement un œil déjà abimé dans son enfance lors d’une intervention de miliciens, ce qui le dispensa du STO. Il milita dans le Parti socialiste clandestin, entra au ministère de la main-d’œuvre, travaillant surtout pour la résistance, avec Paulette Rampau, avec laquelle il fut plus tard l’un des fondateurs de la SOCOMA. En 1944, avec Francine Maccario, qu’il a épousé l’année précédente, il rejoignit le maquis de l’Armée secrète à Thoard, subit les violents combats du lieu, avant de rejoindre Marseille en pleine libération, où il participa à l’action de la milice socialiste. Il obtint par la suite l’homologation de combattant FFI à ce titre.

Membre du comité de vigilance du ministère du Travail et de sa commission permanente d’épuration des Bouches-du-Rhône à la Libération, il fut licencié peu après par le ministère n’étant fonctionnaire titulaire. Cherchant un nouvel emploi, il fonda un journal le Sportif provençal, puis se vit proposer de participer à la fondation d’une société de transport de vin d’Algérie, la Tanker line. Les associés se brouillèrent mais Loo avait fait ses preuves dans le domaine du commerce, preuves qu’il confirma avec la fondation de la Compagnie commerciale européenne. Il assura sa situation personnelle dans le monde des affaires en devenant diffuseur exclusif de matériel de sondes marines pour la France et une partie de l’Afrique. Il vendra, en 1995 seulement, ses parts de sa société, devenue Compagnie commerciale d’électronique. Cette aisance financière lui permit de se consacrer à la vie politique au côté de Gaston Defferre.

Charles-Émile Loo, qui continuait à militer à la 10e section de Marseille, prit une place centrale sur l’échiquier politique marseillais au temps de la guerre froide. Après la Libération, il devint secrétaire fédéral adjoint des Jeunesses socialistes et avait brièvement adhéré à une formation trotskiste en 1947 ; mais Defferre l’en avait fait démissionner immédiatement. Il monta tous les échelons dans l’appareil local : responsable de sous-section, puis responsable de la Xe section où il succéda à Defferre, puis secrétaire fédéral adjoint en 1956, secrétaire fédéral à partir de 1966.

En 1951, une grève de dockers, contre les chargements de matériel pour l’Indochine a été suivie d’affrontements violents avec des groupes recrutés par les Américains (Irving Brown) pour s’opposer aux communistes. La CGT, qui bénéficiait du monopole d’embauche avait déclenchée le mouvement et les socialistes ne bénéficiaient plus de réseau efficace dans ce milieu depuis l’exclusion de Pierre Ferri-Pisani. Le contrôle du port étant essentiel pour le pouvoir municipal, Defferre demanda à Charles-Émile Loo, entrepreneur connaissant bien le monde portuaire désormais, et à d’autres responsables socialistes comme Irma Rapuzzi, Lucien Peyrassol, Daniel Matalon et Antoine Andrieux, de monter un système équivalent de recrutement en fondant une coopérative du personnel. C’est alors que fut fondé la SOCOMA, véritable officine socialiste, sans s’afficher comme tel, qui sous un habillage coopératif était appelée à jouer un rôle politique et syndical, non sans tiraillement avec Force ouvrière parmi les dockers.

Loo n’abandonne pas pour autant le terrain journalistique. Déjà directeur de l’ACP, fondée par Gaston Defferre, Francis Leenhardt et Henri Noguères, en 1962, il contribua à la remise en route d’une coopérative, une SCOP, L’imprimerie nouvelle. Il en devint associé, puis président du conseil d’administration en mai 1963. Il conserva cette fonction jusqu’en 1974.

Loo fit ses premières armes sur le terrain national à partir de la fin des années cinquante. On le rencontrait dans les congrès socialistes où il représentait sa fédération qui défendait les positions hétérodoxes de Defferre sur l’Algérie et occupait des fonctions modestes dans un premier temps dans les réunions nationales du parti. Il fut ainsi membre de la commission sur les indisciplines parlementaires au conseil national de septembre 1957, il siégea encore à la commission nationale ouvrière en 1959-1963 et fut membre de la commission de vérification des mandats et de la commission de réintégration au conseil national du 6 septembre 1962. Il entra surtout, en 1958, au comité directeur de la SFIO, où il siégea au côté de Francis Leenhardt qui dirigeait le groupe socialiste et y demeura jusqu’à la disparition du parti en 1969. Depuis 1956, il était secrétaire fédéral adjoint de la SFIO. En 1962, il participa au voyage d’une délégation de la SFIO à Moscou.

En 1964, Loo devint secrétaire national de l’association « Horizon 80 », machine de guerre en vue de porter la candidature de Defferre pour les élections présidentielles de 1965. Il y travaillait avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, Olivier Chevrillon, Martine Michelland et Gabriel Bergougnoux, de nombreux syndicalistes chrétiens et des hommes des clubs, plus qu’avec des militants de la SFIO. Anne-Laure Ollivier décrit ainsi sa place : « Omniprésent, Loo s’affirma en réalité comme la véritable cheville ouvrière de la campagne, s’adressant aussi bien à la cité Malesherbes qu’à L’Express, au Provençal, à la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône – dont il était devenu le secrétaire fédéral adjoint –, sans oublier l’ensemble des directions socialistes dans les départements que Defferre visitait ».

La nécessité de lutter sur deux fronts pour défendre la mairie de Marseille pour les municipales de mars 1965, contre le PCF et Daniel Matalon d’un côté, contre les gaullistes avec Joseph Comiti de l’autre, sonna l’échec de la tentative Defferre à la présidence de la République, autant que l’hostilité conjointe du MRP et du secrétariat général de la SFIO. Dans cette campagne violente et animée de coups bas et de manœuvres politiques, Loo contribua à assurer la réélection de son champion à la mairie de Marseille, parfois avec l’aide d’hommes comme Nick Venturi, figure du milieu corse, connu dans la Résistance. Lui-même élu conseiller municipal se vit alors attribuer un poste d’adjoint délégué à l’éclairage public – Loo resta maire adjoint jusqu’en 1983 –, tout en assurant la direction de la fédération socialiste dès 1966. Il fut encore administrateur des hôpitaux et président de la Société d’économie mixte du Port de la Pointe-Rouge. Il fut un temps premier vice-président de l’Office public des HLM des Bouches-du-Rhône, perdant cette fonction au profit des gaullistes, mais restait administrateur de l’office départemental d’HLM des Bouches-du-Rhône en 1973, mais aussi de la Foire internationale de Marseille et président de la société d’économie mixte du Port de la Pointe-rouge en 1974.

Charles-Émile Loo avait obtenu son premier mandat parlementaire en mars 1967. Il reprenait pour la SFIO le siège de Daniel Matalon, député socialiste dissident sortant, son ancien collègue à la SICAMA qui avait tenté de prendre la mairie de Marseille à ses anciens camarades socialistes en s’alliant avec les communistes aux élections municipales de 1965.

Battu aux législatives en juin 1968 par un inconnu, le gaulliste Pierre Lucas, il fut réélu en mars 1973, en battant le professeur Joseph Comiti. Vice-président de l’Assemblée nationale, Charles-Émile Loo présida le débat sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en novembre 1974. Il siégea par ailleurs au Conseil régional Provence-Alpes-Côte-d’Azur, dont il a été questeur de 1974 à 1983, puis à partir de 1986. Il fut battu en 1978 par Jean-Claude Gaudin. Sa circonscription, qui correspondait aux beaux quartiers de Marseille, avait changé de député à chaque élection de 1958 à 1978.
Charles-Émile Loo jouait désormais un rôle de premier plan dans le parti au niveau national. Secrétaire général de la FGDS des Bouches-du-Rhône en 1966, co-signataire avec Defferre d’un texte proposant une fusion partielle de la SFIO avec la CIR et les Clubs, et un simple renforcement des liens fédéraux avec les radicaux pour le congrès national extraordinaire de janvier 1968, Loo fut signataire de la motion Defferre « Pour le nouveau parti démocrate socialiste », pour le congrès national extraordinaire de décembre 1968. Avec Defferre et Leenhardt, au comité directeur et dans les congrès ils se prononçaient pour une ouverture vers le centre et était défavorable aux accords avec le Parti communiste. Seuls, ils s’étaient ainsi tous trois opposés à l’accord entre la FGDS et le Parti communiste au comité directeur. Confirmé comme secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône du nouveau parti socialiste en 1969, il devait conserver cette fonction jusqu’en 1979. Dans l’immédiat, l’échec brutal de la candidature Defferre à l’élection présidentielle devait affaiblir leurs positions.

Signataire de la motion R (Nord-Bouches-du-Rhône, dite « Bouches-du-Nord ») pour le congrès d’Épinay en juin 1971, Charles-Émile Loo fut avec Gaston Defferre l’un des artisans de la défaite de la direction sortante, conduite par Alain Savary et les anciens dauphins de Guy Mollet, et l’un des artisans de la victoire de François Mitterrand*. Au lendemain du congrès, il fut chargé de l’organisation et du budget (tendance Mauroy-Defferre), c’est-à-dire trésorier du Parti socialiste et membre du secrétariat national de celui-ci. À ce titre, il était appelé à travailler directement avec François Mitterrand et vécu dans une relative intimité avec celui-ci. Il conserva cette fonction de gestion et de trésorerie jusqu’en 1979. Dans cette période, où l’appareil socialiste connaissait un grand développement et où le parti organisait énormément de manifestations et colloques, il devait trouver de nouvelles sources de financement, parmi lesquelles urba-graco qui fit l’objet des années plus tard d’un scandale politique. Il collaborait assez régulièrement à l’Unité. En 1974, il participa au brain-trust de François Mitterrand, candidat à la présidence de la République, chargé des questions financières sous l’intitulé « coordination-administration ».

La carrière de Charles-Émile Loo connut une période difficile à partir de 1978, année où il perdit son mandat parlementaire. Mais, surtout, c’est sa prise de position en faveur de la motion de Mauroy pour le congrès de Metz en 1979, alors que Defferre défendait celle de Mitterrand, qui lui valut une marginalisation provisoire. Les deux hommes s’étaient déjà fâchés à propos des investitures aux élections sénatoriales, mais Loo conservait jusque là sa place dans l’appareil national. Il perdit alors sa place au secrétariat national du parti, sa fonction de trésorier qu’il avait assumé huit ans et aussi la direction de la fédération socialiste, se voyant rétrogradé dans l’entourage de Defferre, alors que s’affirmait la personnalité de Michel Pezet qui lui succéda dans cette fonction. Il fut élu député européen en 1979, à la demande de Defferre, siégea à Strasbourg jusqu’en 1989, état désigné vice-président du groupe socialiste. Membre de la commission des transports, il milita pour la construction du tunnel sous la Manche.

Après la mort de Gaston Defferre, en mai 1986, n’étant plus élu à la mairie depuis 1983, il appuya la candidature de Robert Vigouroux à la mairie de Marseille, contre Pezet. Trois ans plus tard, réélu, il devint maire du Ve arrondissement de Marseille, jusqu’en 1995. Il soutint aussi la candidature de Bernard Tapie dans la ville en 1988.

Charles-Emile Loo, présida le syndicat des entrepreneurs de manutention portuaire de Marseille et de Fos de 1995 jusqu’à juillet 2012, date à laquelle il a choisi de ne pas se représenter. Il restait cependant à la tête de la Socoma où il venait d’être réélu à 90 ans. Il soutenait Jean-Noël Guérini mis en cause par la justice et par la direction du PS.

Francine Maccario étant décédée, il s’était remarié le 19 mai 1971 avec Margueritte Linsolas.

Charles-Émile Loo a été décoré personnellement par le président Mitterrand qui lui remit les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.

ŒUVRE  : Roger Colombani, Charles-Émile Loo, C’était "Marseille d’abord". Les années Defferre, Paris, Robert Laffont, 1992. — Une vie, en collaboration avec François Missen, Paris, Autres temps, 2007, 225.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141390, notice LOO Charles-Émile, dit Milou par Morin Gilles, version mise en ligne le 26 juillet 2012, dernière modification le 6 mai 2022.

Par Morin Gilles

Charles Loo
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SOURCES : Arch. PPo 66.336. — Arch. de l’OURS, dossier élections sénatoriales 1971. — Arch. de la Fondation Jean-Jaurès, 9EF/1. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, janvier et décembre 1968. — Le Poing et la Rose, n° 15, mai 1973, n° 81, mai 1979. — DBMOF, notice par Antoine Olivesi. — Thierry Pfister, Les socialistes, Albin Michel, 1975. — Who’s Who in France, 1993-1994. — Anne-Laure Ollivier, Gaston Defferre. Un socialiste face au pouvoir, de Marseille à l’élection présidentielle de 1969, thèse de doctorat de l’ENS de Cachan, 2011. — La Provence, 2 juillet 2012.

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