LESCURE François, Marie, Dominique

Par Alexandre Courban

Né le 23 avril 1920 à Paris (XVIe), mort le 13 avril 1992 ; journaliste à l’Humanité (1946-1965 ; 1973-1992) ; rédacteur en chef de France-Nouvelle (1965–1992) ; élu membre du comité national de l’UJRF ; secrétaire national des étudiants (1945).

François Lescure est le fils unique de l’écrivain Pierre De Lescure, qui fut un des fondateurs des Éditions de Minuit, et de Marie de Gentile, fille d’un ancien élève de Saint-Cyr. Son premier engagement connu est sa participation aux activités des éclaireurs unionistes de 1929 à 1934. Quelques mois après la victoire du Front populaire, François Lescure rejoignit un groupe de lycéens antifascistes.

Titulaire du baccalauréat, il adhéra en septembre 1938 « aux étudiants communistes » comme il le précisa ultérieurement dans l’un des questionnaires biographiques renseignés à l’attention de la commission des cadres. Rapidement, il fut désigné secrétaire du groupe des étudiants communistes de Paris.

En janvier 1939, François Lescure adhéra au Parti communiste et participa à la création en avril de l’Union des étudiants et lycéens communistes (UELC). D’après le témoignage de son camarade Yves Moreau, François Lescure aurait décidé de s’engager « par probité intellectuelle » ; telle est la réponse qu’il aurait faite à son père. En parallèle à son activité militante, François Lescure obtint un diplôme de professeur de français à l’étranger.

Il faisait un séjour en Angleterre quand la Seconde Guerre mondiale fut déclarée. François Lescure fut chargé avec Francis Cohen* et Yvon Djian* à la fois de la direction de la région parisienne et de la direction nationale de l’organisation devenue clandestine des étudiants communistes. François Lescure se faisait alors appeler Henri Germain. Dans les premiers mois de l’année 1940, ils lancèrent la Relève, organe illégal des étudiants communistes.

Officiellement, François Lescure passa « pour avoir trahi le Parti et quitté ses organisations (à la suite du Pacte germano-soviétique) » ; ceci pour lui « faciliter [le] travail dans les organisations de masse et corporative étudiantes » c’est à dire l’UNEF où il était présent depuis 1939, comme il l’expliqua par la suite. Il décida également de « porter la particule » comme son père ; ce qui lui ouvrit rapidement - dit-il - « toutes les portes » de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF). 

En juillet 1940, François Lescure fut désigné « délégué de l’UNEF pour la zone occupée ». Rapidement, il entra en contact avec « les premiers résistants « gaullistes » qui [le] considérèrent [selon lui] « comme l’un des dirigeants de la jeunesse gaulliste ». Sa priorité est d’empêcher « la mainmise de Vichy et des Allemands sur les organisations de jeunesse ».

Au lendemain de l’arrestation par les Allemands de Paul Langevin* dans son bureau de l’École de physique et de chimie, François Lescure contribua aux premières manifestations de résistance à l’université. Le 8 novembre 1940, il participa au rassemblement organisé devant le Collège de France pour protester contre l’interpellation du professeur Langevin. Après 1945 il a été présenté, lui-même y insistant, comme un des initiateurs, au soir du 8 novembre, de la manifestation patriotique des étudiants et lycéens le 11 novembre 1940 à l’Étoile. En fait le seul appel connu à cette manifestation, non signé, était bien antérieur. Dans l’article "11 novembre 1940 : manifestation à Paris " du Dictionnaire historique de la Résistance, Danielle Tartakowski résume : "Cette manifestation conforme aux directives générales énoncées par Radio-Londres et qui doit beaucoup aux étudiants communistes n’a été initiée ni par la France combattante ni par la direction clandestine du PCF" (p. 601-602).

Le 3 décembre 1940, François Lescure fut arrêté, à la suite du coup de filet policier amorcé le 21 novembre contre dix-neuf étudiants communistes parisiens dont Pierre Daix* et Claude Lalet*. Libéré le soir même sur un appel téléphonique du Secrétariat général à la Jeunesse de Vichy à la Préfecture de police de Paris, il reprit son travail comme « sous-marin dans les organisations légales d’étudiants ».

D’après une note de la commission des cadres résumant des éléments provenant de la surveillance policière, Jérôme Carcopino (délégué dans les fonctions de recteur de l’université à Paris) réitéra son soutien à Lescure en écrivant au juge d’instruction le 17 févier 1941 : « Les sentiments qui animent François de Lescure sont ceux d’une conscience nationale avertie et il m’est agréable de m’en porter garant ». En tant que délégué officiel de l’UNEF, il avait en effet lancé des appels au calme au lendemain du 11 novembre. Lescure resta actif à l’UNEF jusqu’en juillet 1941. Ce type de message n’empêcha pas le juge d’instruction de le convoquer plusieurs fois jusqu’au mois de juillet 1941. Ce dernier l’aurait alors informé des menaces réelles qui pèseraient sur lui.

Au mois d’octobre 1941, François Lescure était décidé à ne plus répondre aux convocations de la police ou de la justice, la répression s’accentuant. À la fin du mois de novembre 1941, il quitta Paris pour Grenoble, muni de faux papiers fournis par un réseau gaulliste. Pendant plusieurs mois, il travailla sous un faux nom - probablement celui de Lemoine - dans un service officiel des Ponts et Chaussées. Toujours sous un faux nom, il fut réquisitionné pour le STO auquel il déclara avoir échappé à cause de sa santé.

Coupé de l’organisation pendant plusieurs mois, François Lescure semble avoir été particulièrement isolé, déclarant par la suite n’avoir réussi à reprendre contact avec le parti qu’au cours de l’hiver 1942 – 1943. C’est alors qu’il fut désigné – vraisemblablement sous le nom de Daniel - responsable départemental des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP) dans la région Rhône – Alpes. Yves Moreau se souvient que François Lescure « s’était laissé pousser une barbe abondante, propre à la rendre méconnaissable pour la Gestapo et la police de Vichy ».

Au début de l’année 1944, il fut désigné pour partir en Afrique du Nord. Il aurait alors été envoyé, selon les sources consultées : ou bien comme représentant des jeunesses communistes au sein d’une délégation des FUJP qui devait se rendre à Alger ; ou bien comme instructeur des jeunesses communistes en Afrique du Nord. En mars 1944, François Lescure retourna à Paris. Le 30 mai, il se mit en route. Le 5 juin, il fut arrêté alors qu’il tentait de franchir la frontière franco-espagnole, probablement livré à la police allemande par celui qui était chargé de lui faire passer les Pyrénées. Vraisemblablement blessé dans sa tentative de fuite – il aurait chuté dans la montagne pour échapper à ses poursuivants – il fut interrogé à plusieurs reprises, avant d’être remis à la police française. Deux jours plus tard, un commissaire de police – « gaulliste » d’après François Lescure – prit la décision de le relâcher.

François Lescure décida alors de regagner Paris. Il rejoignit d’abord sa femme et son fils réfugiés dans la Sarthe. Au début du mois d’août 1944, il intégra un groupe de FFI et participa à la libération du canton de la Chartre-sur-le-Loir.

Un mois plus tard, il regagna à Paris où il se mit à la disposition de la Fédération nationale des jeunesses communistes. Pendant deux ans, François Lescure fut permanent. Élu au bureau national de l’Union de jeunesse républicaine et française (UJRF) en avril 1945, il fut désigné secrétaire national des étudiants.

En mars 1946, les appréciations portées par la commission des cadres étaient positives : « bonne compréhension politique, semble être attaché au parti ». À la fin de l’été 1946, François Lescure fut « proposé comme rédacteur à l’Humanité ». Véritable tournant dans sa vie militante, François Lescure fut « journaliste communiste jusqu’à la fin ». Tout au long de sa longue carrière - plus de quarante-six années de service - il occupa diverses fonctions. Chargé de la rubrique de politique intérieure, il fut ensuite nommé responsable de la politique étrangère, puis fut désigné « animateur » de la rédaction de l’hebdomadaire l’Humanité Dimanche.

En décembre 1953, Étienne Fajon* le considérait comme un « bon chef de rubrique et un gros travailleur ». Toutefois, il estimait que « la direction du service Humanité-Dimanche qu’il assure correctement, n’est peut-être pas la tâche où il peut donner le plus ». De son côté, le responsable de l’école centrale de quatre mois (octobre 1953 – février 1954) notait : « Travailleur acharné, a obtenu de bons résultats. Bonne compréhension de la ligne du Parti. Paraît très attaché au Parti. Intelligent, assimile avec facilité. Servi par une mémoire excellente. Réfléchi. Camarade très modeste, réservé, posé, possède en même temps de l’assurance. À des possibilités de développement, mais ne semble pas avoir les qualités d’un homme de masse ».

Secrétaire particulier d’Étienne Fajon (alors directeur du quotidien communiste), François Lescure quitta l’Humanité en février 1965 pour intégrer la rédaction de l’hebdomadaire France-Nouvelle en qualité de rédacteur en chef.

En octobre 1973, il réintègra la rédaction du quotidien communiste. Il fut alors chargé au sein de la rubrique de politique étrangère de suivre la construction européenne. Après son départ à la retraite en 1981, François Lescure continua de collaborer bénévolement au service de politique extérieure de l’Humanité.

En avril 1991, il reçut la légion d’Honneur en raison de son activité dans la Résistance.

Père de trois enfants, François Lescure s’était marié plusieurs fois, informant régulièrement le secrétariat du comité central « d’un changement intervenu dans sa vie personnelle », s’excusant presque dans un autre courrier adressé à la direction du parti « de montrer ainsi une certaine instabilité dans sa vie privée ».

Dans la nuit du 12 au 13 avril 1992, François Lescure décéda d’une hémorragie cérébrale. Il aurait eu soixante-douze ans la semaine suivante.

Il était le père de Pierre Lescure, né à Choisy-le-Roi le 2 juillet 1945, journaliste et homme de télévision.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141397, notice LESCURE François, Marie, Dominique par Alexandre Courban , version mise en ligne le 27 juillet 2012, dernière modification le 5 novembre 2013.

Par Alexandre Courban

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Documentation du journal l’Humanité. — Archives Nationales, AJ 16 71 16 et 71 18. — Archives de la Préfecture de Police, GB 55, carton 7 et Ga U13. — Dictionnaire historique de la Résistance. — État civil.

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