AMBROIS Régis

Par Michèle Bitton

Né le 18 janvier 1895 à Pertuis (Vaucluse), mort le 23 septembre 1941 à Limoges (Haute-Vienne)  ; menuisier à la Motte-d’Aigues (Vaucluse), membre du Parti communiste, interné en mai 1940 au camp de Chabanet (Ardèche) puis à celui de Nexon (Haute-Vienne) d’où il fut transféré à l’hôpital de Limoges où il se suicida.

Dans la petite commune de La Motte-d’Aigues qui comptait environ 500 habitants à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’atelier de menuiserie de Régis Ambrois était, aux dires des Renseignements généraux, le lieu de rendez-vous des communistes du village. Chef de la cellule locale du parti, il était de notoriété publique que « l’intéressé était bien à La Motte-d’Aigues le propagandiste occulte de la doctrine communiste. » C’était une forte tête et l’avait déjà démontré lors de la Première guerre mondiale en désertant son régiment le 11 novembre 1917. Arrêté deux mois plus tard, Régis Ambrois fut condamné par le Conseil de guerre à deux ans de travaux publics et amnistié après la guerre en avril 1921.

Sa scolarité n’avait pas dépassé l’école primaire, mais il était unanimement reconnu comme un excellent ouvrier menuisier, le seul d’ailleurs des quatre communes proches, la Motte-d’Aigues, Cabrières-d’Aigues, Peypin-d’Aigues et Saint-Martin-de-la-Brasque. Marié à Adelina Ferréol, il était père de deux enfants déjà adultes en 1940. Leur fils Francis vivait avec eux et travaillait comme maçon tandis que leur fille Regina était déjà mariée. Son époux était prisonnier de guerre et elle vivait chez ses beaux-parents, cultivateurs à Cadenet.

Après l’internement de Régis Ambrois le 21 mai 1940 au camp de Chabanet, l’absence de menuisier fut préjudiciable à l’activité locale du bâtiment et deux architectes de la Motte-d’Aigues, Amédée et Sosthène Reybaud, furent les premiers à intercéder en sa faveur auprès du préfet de Vaucluse en septembre 1940. Outre son épouse, le maire et d’autres habitants de la Motte-d’Aigues ainsi que le menuisier de Pertuis, Noël Corriol, se portèrent également garants de sa conduite future s’il était libéré. Toutefois, une lettre anonyme pria aussi le Préfet de ne pas faire libérer Régis Ambrois.

Il ne fut pas libéré et fut transféré le 1er février 1941 au camp de Nexon d’où il s’évada cinq jours plus tard. Le 17 février suivant, il n’hésita pas écrire de la Motte-d’Aigues au Préfet de Vaucluse pour justifier les raisons familiales de son évasion, son épouse ayant subi une grave opération. Une nouvelle mobilisation en sa faveur, du Maire, des architectes et d’autres habitants de la Motte d’Aigues, sera elle aussi sans effet et il sera de nouveau interné.

En février 1941, il adressait une longue lettre d’adieu à son épouse. Il y fait part de ses souffrances d’interné et du désir qu’elle entretienne auprès de son fils sa foi totale pour le Parti communiste, mais il citait aussi le nom de la personne qui l’avait probablement dénoncé. Cette lettre inédite, conservée par la fille de Régis Ambrois, Regina Boy, qui en a autorisé la publication, mériterait d’être citée intégralement. Elle nous éclaire sur l’homme engagé que fut Régis Ambrois et sur la vivacité des croyances communistes développées à cette époque par un artisan d’une petite commune du Vaucluse. Citons pour le moins ces lignes concernant son fils : « Que Francis dès qu’il pourra entrer dans une organisation communiste qu’il le fasse, mais qu’il lise beaucoup et qu’il s’éduque qu’il ne fasse pas comme moi qui n’étais pas éduqué car quelquefois je n’ai pas toujours bien compris la ligne du parti. »

Le 4 septembre 1941, alors qu’il était déjà hospitalisé à l’hôpital de Limoges, au pavillon Saint-Roch, il signa à l’adresse du Ministre de l’intérieur une déclaration tout à fait contraire à l’esprit du courrier précédent : « J’ai l’honneur de vous informer que je renonce à faire partie du mouvement communiste auquel j’ai appartenu de 1936 à 1939 en qualité d’adhérent et [que] depuis 1939 j’ai cessé toute participation aux agissements de ce parti. […] Je demeurerai désormais fidèle à tous les devoirs que me demande le gouvernement de l’État français. »

Trois semaines plus tard, le Commandant du camp de Nexon annonça le décès de Régis Ambrois au Préfet de Vaucluse en lui adressant le certificat médical signé par le Médecin-chef du service de neuropsychiatrie des Hospices de Limoges : Régis Ambrois s’était suicidé le 23 septembre 1941. Il était âgé de 51 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141462, notice AMBROIS Régis par Michèle Bitton, version mise en ligne le 9 août 2012, dernière modification le 9 août 2012.

Par Michèle Bitton

SOURCES : Arch. Dép. Vaucluse, 47W3. — Entretien de l’auteure avec Regina Boy à Cadenet le 1er février 2010. — Archives familiales de Regina Boy. — Notice établie à Marseille le 2 août 2012.

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