MONETTI Joseph, Constant, Mathias

Par Daniel Grason, Jean-Paul Nicolas

Né le 14 septembre 1911 à Dieppe (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 à la prison de Fontevrault-l’Abbaye (Fontevraud, Maine-et-Loire) ; chauffeur de chaudières ; militant communiste ; résistant.

Joseph Monetti
Joseph Monetti
SOURCE : L’avenir du Havre, 18-19 décembre 1945.

Fils de Mathias, vingt-cinq ans, cuisinier, et de Marie, née L’Heureux, Joseph Monetti connut très peu son père. Mobilisé lors de la Première Guerre mondiale au 39e Régiment d’infanterie, il fut tué le 23 juin 1916 à Verdun (Meuse). Mathias Monetti étant « Mort pour la France », Joseph Monetti fut pupille de la Nation par décision du 10 octobre 1919 du tribunal civil de Dieppe. Il épousa le 24 septembre 1934 Renée Renard, aide temporaire à la Paierie générale, également de Dieppe, le couple eut quatre enfants.
Ouvrier aux usines La Viscose à Arques-la-Bataille, Joseph Monetti adhéra, en 1933, au syndicat des textiles et à la section de Dieppe du Parti communiste en 1936. Suite aux grèves de 1938, il fut licencié. Père de quatre enfants, il fut contraint de quitter la région dieppoise. En 1938, il travailla comme chauffeur de chaudières aux établissements Caudron Renault rue Guynemer à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). La famille Monetti vivait 1 square du Velay (Paris, XIIIe arr.). En septembre 1939, il fut mobilisé au 39e Régiment d’infanterie (le même que celui de son père) à Le Blanc (Indre) ; il regagna son domicile en juillet 1940.
Il reprit contact avec le Parti communiste en la personne de Gabriel Bigot. Ce fut au domicile de ce dernier, 8 rue de Reims, que se tint la première réunion illégale des militants du XIIIe arrondissement. En 1941, ils furent une dizaine de militants à diffuser tracts, papillons et brochures à la population. Cette activité ne passa pas inaperçue : plusieurs policiers furent chargés de traquer les militants communistes.
Le 13 juin 1941, des inspecteurs de la BS1 arrêtèrent Joseph Monetti sur son lieu de travail. Ils perquisitionnèrent en sa présence son domicile du 1 square du Velay au 1er étage dans un logement de deux pièces composé d’une cuisine, d’une entrée et d’un cabinet de toilette.
Les policiers saisissaient dans la chambre à coucher une machine à ronéotyper à main, dissimulée dans une boite en carton derrière l’armoire. Plusieurs tracts à en tête de l’Humanité, trois brochures et un paquet de feuilles de papier blanc s’y trouvaient aussi. Dans la salle à manger un millier de tracts ronéotypés, un flacon d’encre, un projet de tract et des stencils usagés furent découverts.
Selon le rapport des policiers « Monetti n’a fait aucune difficulté pour reconnaître sa participation à la propagande clandestine », il aurait déclaré « spontanément qu’il détenait à son domicile, une machine à ronéotyper à main ainsi que 600 tracts. »
Les tracts étaient diffusés dans les XIIIe, XIVe, XVe arrondissement de Paris et dans des villes de la proche banlieue : Ivry, Vitry, Choisy-le-Roi, Montrouge et Vanves. Joseph Monetti secondait Gabriel Bigot ancien responsable de la vente de l’Humanité dans le XIIIe arrondissement.
Joseph Monetti aurait adhéré au Parti communiste en 1936, y resta jusqu’en mars 1939. Il a été secrétaire du Secours populaire de France de janvier à mars 1939. Il participa à l’organisation des kermesses et goguettes organisées par le Parti communiste.
Après la dissolution du Parti communiste par le décret-loi du 22 septembre 1939, il s’abstint de toute activité clandestine. En février 1941, un membre de l’organisation clandestine disant se prénommer « Jules » lui rendit visite de la part d’un de ses copains qui vivait à Sèvres (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine).
« Jules » lui demanda de reprendre de l’activité et de se charger de l’impression des tracts, il accepta. Il lui apporta tout le matériel nécessaire. A chaque nouveau tirage, un stencil était fourni à Joseph Monetti, une femme de petite taille, âgée d’une quarantaine d’années venait prendre le matériel. Il déclara lors de son interrogatoire avoir procédé à une dizaine de tirage à 800 exemplaires.
Inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, il fut envoyé au Dépôt, puis à la prison de la Santé puis à Fresnes où il resta enchaîné dans sa cellule. Le 19 août 1941, il comparut devant la 12e chambre correctionnelle et fut condamné à deux ans de prison ; puis le 10 octobre 1941 à quinze ans de travaux forcés par la Section spéciale de la cour d’appel de Paris.
Le 12 décembre 1941, il fut livré aux autorités allemandes et transféré à Fontevrault-l’Abbaye (Fontevraud, Maine-et-Loire) sous le no 2018. Le 15 décembre, jour marqué par l’exécution de masse d’une centaine d’otages dans le pays, les policiers allemands l’informèrent qu’il allait être fusillé.
Avant de mourir, il adressa à sa famille et à ses amis une lettre qu’il termina ainsi : « Je vous dis adieu aujourd’hui 15 décembre 1941. Je suis fusillé par les Allemands. Je tombe pour une cause juste et qui, je l’espère, triomphera. Adieu. Vive la France. »
l a été passé par les armes au champ de tir de Chanteloup à Fontevrault-l’Abbaye (Fontevraud, Maine-et-Loire) à 15 h 30. Son nom fut gravé sur le monument aux morts et sur la plaque commémorative de Fontevrault, son corps inhumé dans le cimetière de Fontevrault, puis réinhumé au carré des fusillés au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
En septembre 1946, sa mort fut transcrite à la mairie du XIIIe arrondissement avec la mention « Mort pour la France ». Il fut homologué à titre posthume adjudant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), avec certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française (RIF).
Son épouse Renée témoigna le 5 novembre 1945 devant la commission d’épuration de la police. Elle déclara que son mari avait « été arrêté pour activité patriotique clandestine le 13 juin 1941 par deux inspecteurs que je n’ai jamais vu. (…) J’ignore si mon mari a été victime de sévices pendant son passage aux Brigades spéciales. »
« Une perquisition effectuée à mon domicile a amené la découverte de tracts et d’une machine à ronéotyper. Rien n’a été dérobé. »
Elle porta « plainte contre les inspecteurs qui ont procédé à l’arrestation de mon mari, je les considère comme responsables de son exécution. »
Paul P… qui arrêta entre autres Joseph Monetti fut condamné à mort le 29 janvier 1946. L’arrêt fut cassé, il comparut le 30 mars 1946 devant la cour de justice qui le condamna à 20 ans de travaux forcés. Dans son journal le Front national titra « Des policiers tortionnaires sauvent leurs têtes », la peine d’un autre inspecteur Maurice B… avait été également réduite.

La copie qui suit reprend trois pages dactylographiées trouvées dans le dossier Monetti, aux AD de Seine Maritime. Son orthographe a été conservée. Le document ne porte aucun tampon ou cachet.

Fontevrault, le 15 décembre 1941
 
Ma chère petite femme,
 
Cette lettre que tu vas lire va être bien pénible pour toi et pour ma mère, car ce matin, à onze heures, j’ai été transféré dans une cellule et je me demandais bien pourquoi. Je n’ai pas été long à l’apprendre. J’ai été avec trois de mes camarades pris comme otage par les autorités allemandes et prévenu par eux que cet après-midi, à quinze heures, je serais fusillé.
 
Apprends la nouvelle avec autant de courage que moi, je sais dans quelle pénible situation tu vas te trouver avec les quatre enfants, je sais bien la peine que tu vas ressentir, je sais aussi quelle douleur tu vas avoir, la dernière volonté que je te demande, c’est d’élever les enfants, tu leur expliqueras plus tard les raisons pour lesquelles je suis mort. Je sais qu’au début, la situation pour toi va être dure, mais tu sais le temps passe, à l’âge que tu as, la vie pour toi n’est pas finie, je sais très bien que seule pour élever les quatre enfants, tu ne pourras pas y arriver, qu’il faudra que tu refasses ta vie, si l’occasion se présente, prends-là, ne pense plus à moi, et aussi l’avenir peut être meilleur qu’en ce moment, n’aie de crainte, tu ne seras pas oubliée. Je pense à la dernière fois que je t’ai vue, je pensais bien te revoir, mais que veux-tu, c’est le destin, mourir comme ça ou mourir sur un champ de bataille, si aujourd’hui j’y laisse ma peau, je sais pourquoi, je sais aussi que peut-être c’est la dernière guerre, et que mes enfants ne vivront pas la vie que nous vivons depuis quelques années. La dernière volonté que je te demande, n’abandonne pas les enfants, élève-les. Je sais quelle pénible vie tu vas avoir. Ma chère petite femme, sois forte, sois courageuse, remonte avec courage le destin qui t’attend, remonte le courage de ma mère, je sais trop malheureusement, comment elle va prendre ce terrible choc. Ma chère petite femme, je te dis adieu, car maintenant je ne te reverrai plus. Adieu mes enfants, Guy, Gérard, Daniel et Jacques. Votre papa dans deux heures ne sera plus, et pense à vous. Adieu ma sœur, je pense que pour toi, tu auras de meilleures nouvelles d’Henri. Adieu tous mes amis, je meurs pour une cause qui est juste.
 
Ma chère petite femme que je ne reverrai plus, je pense bien à toi dans les quelques heures qui me restent à vivre, tu sais aucune larme n’est encore sortie de mes yeux, même quand j’ai appris la sentence, la seule question que je leur ai demandée, c’est qu’ils pensent que j’ai quatre enfants, ils ne m’ont même pas répondu. Ma chère petite femme, je te dis adieu. Ecris à mon ami Jean et dis-lui que je pense à lui et à tous mes camarades et dis-leur que je meurs courageusement. Maintenant, je te donne quelques conseils, pour le loyer, ne paie rien du tout, pour les meubles, c’est à toi. Pour tout cela, attends la fin de la guerre. Je pense que tu auras droit à un secours. Pour cela tu n’auras qu’à écrire à Monsieur le Maréchal Pétain et lui dire ta situation de famille.
Dans ma lettre, je te joins deux photos d’identité, une photo où tu es photographiée avec les enfants, ma mère, Marie et Henri, ma carte de chez Caudron, mon numéro matricule des assurances sociales quelquefois que tu en ai besoin. Tu écriras aussi à l’assurance Le Devoir, peut-être toucheras-tu quelque chose. En écrivant, je mange mon dernier repas, une boîte de pâté, un morceau de fromage, du chocolat, un quart de vin et je fume.
Ma très chère femme, ne fais pas de deuil pour moi, comme je le mets sur le mot à ma mère, si plus tard tu fais revenir mon corps dans la région où tu seras, fais un enterrement civil, ne fais aucune prière pour moi.
Adieu ma très chère Renée, je t’embrasse de loin, mes dernières heures je les pense pour toi, ma mère, mes chers petits enfants, Marie et Yvonne.
Adieu, adieu et sois courageuse, sois faute, sois vaillante
 
Joseph
 
A mes chers enfants, Guy, Gérard, Daniel et Jacques
 
Mes chers enfants, dans les dernières heures qu’il me reste, je pense à vous, je vous dis de suivre les conseils de votre mère et grand-mère. Toi, mon petit Guy, qui est le plus âgé et qui commence déjà à bien travailler, sois bien sage, toi qui comprendras le plus de tous, dans les pénibles heures que vivrons ta mère et ta grand-mère, ne les tourmente pas.
 
Mes chers enfants, vous qui vivrez un avenir meilleur que le mien et pour lequel je suis tombé, aidez à construire et jamais vous ne reverrez cette pénible situation. Adieu mes chers enfants, je vous embrasse bien et pensez tous quatre à votre père,
 
Joseph
 
A ma très chère mère,
 
Cette lettre est la dernière que je t’écris, je sais avec quelle douleur tu vas apprendre la nouvelle que je suis fusillé, je sais dans quelle pénible situation tu vas te trouver, je sais très bien que ton moral va être fortement atteint, que cela va encore fortement agir sur ton état de santé, mais remonte ton moral, toi plus vieille d’existence que Renée, je te demande d’être son guide, toi, malheureusement qui a déjà passé il y a vingt cinq ans une même situation avec trois enfants, je te demande ma très chère mère de tenir le plus longtemps possible pour guider Renée avec mes quatre chers enfants.
 
J’ai reçu ta lettre où tu avais l’intention de venir me voir avec Marie, je m’en vais sans t’avoir revu, c’est ce qui me manque le plus, mais tant pis, pensons à tous ceux qui sont morts pour essayer d’avoir un régime meilleur, je tombe, ma très chère mère, parce que j’ai lutté pour que mes enfants ne revoient pas ce que tu as passé et ce que nous vivons.
 
Adieu, ma très chère mère, qui depuis plusieurs années, a déjà souffert, je te dis adieu, je te demande d’être forte, d’être le guide de Renée et des enfants, embrasse les bien pour moi, dis-leur que j’ai bien pensé à eux avant de mourir. Ma chère mère, je te dis adieu, il est inutile que tu me fasses faire une messe, ne fais rien qui passe par l’église, si quelquefois plus tard, tu fais revenir mon corps dans la région de Dieppe, que tout soit fait civilement.
 
Je ne vois plus rien, c’est mes dernières volontés, n’en veux pas à celle qui m’a donné.
 
Adieu ma Mère
 
De loin je t’embrasse et avant de mourir, je te dis adieu. Pense toi qui es encore vivante à mes enfants.
 
Ton fils qui s’en va pour son dernier repos,
 
Joseph
 
A tous mes amis et à mes camarades,
 
Je vous dis adieu. Aujourd’hui 15 novembre 1941, je suis fusillé par les autorités Allemandes. Je tombe pour une cause que je crois juste et qui je l’espère triomphera. Je vous dis tous adieu.
 
Vive la France Vive le parti Communiste
 
Un militant :
 
MONETTI Joseph

Son épouse Renée mourut en 2008.
Les quatre garçons ont été élevés en Normandie, entourés de quatre femmes.
Jacques dit Jacky mourut 1946 sans doute d un cancers abdominal
Daniel, vigneron en Alsace il avait 2 enfants ; un garçon et une fille. Il mourut en 2008.
Gérard travailla toute sa vie chez Renault, n’eut pas d enfant. Il mourut en 2012
Et enfin Guy l’aîné qui a 83 ans et qui travailla toute sa vie également chez Renault et a eu deux enfants fille et garçon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article142040, notice MONETTI Joseph, Constant, Mathias par Daniel Grason, Jean-Paul Nicolas, version mise en ligne le 7 juillet 2018, dernière modification le 9 novembre 2020.

Par Daniel Grason, Jean-Paul Nicolas

Joseph Monetti
Joseph Monetti
SOURCE : L’avenir du Havre, 18-19 décembre 1945.

SOURCES : Arch. PPo. 77W 13, GB 56, 77 W 1339-291– Bureau Résistance GR 16 P 425877. – DAVCC. – Arch. Dép. Seine-Maritime 51 W 65. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Hommage aux fusillés et aux massacrés de la Résistance en Seine-Maritime, ADFFM de Seine-Maritime, 1994. – Roger Poitevin, Abbaye-Bagne de Fontevraud 1940-1944, Éd. AFMD 49, 2009. – L’Avenir du Havre, 15-16 décembre 1945. – Journal du Front national du 31 mars 1946. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil, Dieppe. – Lettres trouvées à AD Seine-Maritime en 2015 cote 51W65, transcrites par Catherine Voranger.

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