BONNET Jean

Par Daniel Grason

Né le 12 mars 1906 à Availles-Limouzine (Vienne), mort le 23 octobre 1942 à l’hôpital de la Pitié à Paris XIIIe arr. (Seine) ; agent des services hospitaliers ; militant communiste.

Fils de Louis Bonnet, cultivateur et de Marie, née Caillaud, Jean Bonnet épousa Catherine Blois, le 22 avril 1930 à Asnières-sur-Blour (Vienne). Le couple eut une fille, la famille vint habiter 89 rue Myrha, à Paris XVIIIe arr. Le 23 juillet 1931 il fut embauché comme agent des services hospitaliers de l’assistance publique. Sa femme Catherine employée de l’administration générale de l’assistance publique était affectée à l’hôpital Bichat.
Jean Bonnet travailla d’abord à l’Hôtel Dieu, puis à l’hôpital Laennec, il adhéra au Parti communiste sur son lieu de travail, participa pendant la guerre à la distribution de tracts. Le 15 septembre 1942, un collègue de travail Gaston Père, l’un des auteurs d’une attaque contre un encaisseur de la société Matra à Aubervilliers, était appréhendé à Saint-Denis. Frappé dans les locaux des Brigades spéciales, il parla de Jean Bonnet, le présenta comme le responsable de la 7e section du parti communiste clandestin.
Jean Bonnet fut arrêté par trois inspecteurs de la Brigade spéciale n° 2, le 16 septembre sur son lieu de travail, son vestiaire fut fouillé, les policiers saisirent deux numéros de l’Humanité clandestine (août, septembre 1942), trois carnets d’adresses et trois feuillets manuscrits, sa femme fut interpellée le 18 septembre.
Les inspecteurs le tabassèrent avec violences : coups de poings, coups de pieds, matraquage à coups de nerfs de bœuf. Sa femme qui était détenue dans les locaux de la préfecture de police eut de ses nouvelles par un gardien de la paix, il l’informa que son mari était frappé. Elle déclara après la Libération : « En cachette avec la complicité d’un autre agent, j’ai pu me rendre auprès de mon mari. J’ai pu voir alors qu’il avait le visage boursouflé, les yeux abimés et qu’il paraissait beaucoup souffrir des reins ». Elle ignorait les noms de de ceux qui martyrisèrent son mari. Mise hors de cause, mais maintenue en détention, elle fut libérée le 28 décembre 1942.
Le 27 septembre, il était remis aux Allemands du Sonderkommando IV à l’hôtel Bradford, puis incarcéré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Le 13 octobre, il était transporté d’urgence dans un état très faible à l’hôpital de la Pitié, il y mourut le 23 octobre. Un soldat de la Wehrmacht fit la déclaration de décès le 27 octobre 1942 en début d’après-midi à la mairie du XIIIe arrondissement.
Une infirmière qui faisait fonction d’interprète témoigna le 11 décembre 1944 devant la commission d’épuration de la police. Alité à l’hôpital de la Pitié, Jean Bonnet ne se nourrissait pas, les Allemands demandèrent à l’interprète d’insister auprès de lui pour qu’il accepta de se nourrir. Jean Bonnet lui répondit : « Ce n’est pas que je refuse, mais je ne peux pas ». Un médecin allemand l’examina, il constata : « Ce n’est pas étonnant qu’il ne puisse manger on lui a défoncé le thorax à coups de pieds ».
Après sa mort, un inspecteur de police mena une enquête sur les causes de la mort de Jean Bonnet. Un commandant allemand lui déclara : « Le malade est mort le thorax défoncé par les Français ». L’infirmière interprète confirma : « À mon avis [Jean Bonnet] avait été frappé par les Français, car lorsque les Allemands torturaient un Français, il était incinéré sans nom et ils n’avaient pas l’habitude de rendre le corps à la famille. Nous avons eu plusieurs cas semblables ».
Catherine Bonnet témoigna le 24 mars 1945, son mari ne lui avait pas dit avoir reçu des coups. Cependant lorsqu’elle récupéra ses vêtements à l’hôpital de la Pitié, ils portaient des traces de sang. Elle porta plainte contre les inspecteurs qui arrêtèrent son mari et ceux qui s’étaient livrés à des sévices. Son certificat de décès porta la mention « Mort pour la France » par décision du Secrétariat général des anciens combattants en date du 23 octobre 1945. Il fut reconnu comme interné résistant, FTP et adjudant FFI à titre posthume.
Inhumé au cimetière de Thiais (Seine, Val-de-Marne), le corps de Jean Bonnet fut exhumé le 17 janvier 1950 et ré-inhumé au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) dans le carré des fusillés, division 39, ligne 4, tombe 81.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article142927, notice BONNET Jean par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 novembre 2012, dernière modification le 18 novembre 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. KB 1, KB 7, KB 56, KB 67, KB 97, 77W 412-172659. – Arch. DAVCC Caen, dossiers 58408, 21P 247536 (notes de Delphine Leneveu). - État civil.

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