COMTE Roger, Louis, Joseph [dit Duriez, dit Morel]

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

Né le 8 mars 1922 à Nantes (Loire Inférieure, Loire-Atlantique), fusillé le 23 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; menuisier aux ateliers de la SNCF ; résistant FTPF de la Seine.

Roger Comte
Roger Comte

Roger Comte était le fils de Marie-Louise Daëron, domestique, qui se maria le 7 avril 1928 à la mairie du XIIIe arrondissement de Paris avec Auguste Comte, lequel légitima l’enfant. Célibataire, il demeurait chez ses parents 48 rue Vavin, à Paris (VIe arr.). Il travaillait comme menuisier aux ateliers de la SNCF à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine). Il adhéra en janvier 1942 à un mouvement de Résistance, l’Organisation civile et militaire (OCM) du VIe arrondissement.
En février 1943, il fut recensé dans l’éventualité de partir travailler en Allemagne. Inquiet, il en parla à un collègue de travail qui lui présenta Pierre Gendry, l’une de ses connaissances. Celui-ci lui expliqua qu’il existait une organisation ayant pour but la libération du territoire français et il lui proposa d’y adhérer. Il lui déclara que cela lui « éviterait de partir en Allemagne », qu’il « serait appointé » et « toucherait des tickets d’alimentation ». Il accepta les propositions.
Il eut des contacts avec Guyot (Claudius Müllembach) et Garnier (Pierre Schlup). Sa première mission consista à surveiller Marcel Varoteaux considéré comme un traître. D’après les renseignements fournis, il devait habiter ou travailler à Houilles (Seine-et-Oise, Yvelines). Il s’y rendit deux fois, mais point de Varoteaux. En fait ce dernier, ex-conseiller municipal communiste d’Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), y habitait toujours. Il avait quitté le Parti communiste le 21 juin 1941 pour adhérer au parti ouvrier et paysan français (POPF) créé par Marcel Capron, ex-député communiste.
Une seconde mission consista à reconnaître une voie ferrée entre Houilles et Sartrouville, là où devait passer un train de militaires et de techniciens allemands en direction de Paris. Il y eut trois repérages dont le dernier avec Pierre Schlup. Le 14 mars à 9 heures, il lança une grenade dans une station de distribution d’essence à Boulogne-Billancourt ; un soldat allemand et un civil français furent blessés, Pierre Schlup et Raoul Jamin assuraient sa protection. Avec eux, il participa au vol d’une automobile le 20 mars 1943 au lieu-dit La Vache noire à Bagneux sur la route d’Orléans. Le conducteur et le passager d’une Traction Avant furent maîtrisés sous la menace d’armes. Faute de pouvoir le camoufler de façon satisfaisante, ils durent abandonner le véhicule. Roger Comte aida Pierre Schlup à transporter un sac d’armes dans un local à Sannois et lui présenta l’un de ses anciens camarades d’école Michel Gatebois. Il fut de l’équipe de six hommes qui, au cours de la première quinzaine de mars 1943, tenta de mettre le feu à des camions et des automobiles de l’armée allemande stationnés dans un garage Porte Molitor. L’objectif était de les incendier avec un mélange de goudron et de chlorate de potasse, mais l’opération échoua.
Arrêté le 22 mars par la BS2 Pierre Schlup fut tabassé à coups de nerf de bœuf. Son nom figurait parmi les deux cent cinquante à trois cents fiches ou notices biographiques saisies le 1er mars 1943 chez Pierre Brossard, dit Philibert, responsable des cadres du Parti communiste. La chute de Schlup entraîna la chute d’une quarantaine de FTP.
Le 23 mars, Roger Comte se présenta à 8 h 30 au rendez-vous fixé par Pierre Schlup à l’angle des rues Nicolo et Desbordes-Valmore, à Paris (XVIe arr.), non loin de la station de métro Muette et il fut appréhendé par trois inspecteurs de la BS1. Il portait sur lui une carte Michelin des environs de Paris, un plan de la région parisienne, les horaires des trains de la banlieue ouest, et sur son carnet, en titre d’un feuillet « Traîtres et flics », le nom de Varoteaux et une feuille de papier sur laquelle était écrit au crayon rouge en lettres d’imprimerie : « Ainsi finissent les traîtres ». Lors de la perquisition au domicile de ses parents, les policiers saisirent deux circulaires éditées par les FTP sur la « sécurité » et « les comités militaires », ainsi qu’une brochure sur les « Problèmes de l’heure ».
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales, Roger Comte fut durement interrogé, assuma les actions menées, affirma que « jamais » il ne fut « membre d’une organisation politique ». Il déchargea son ancien camarade d’école Michel Gatebois, déclarant qu’ « il ne s’agit pas d’un membre d’une ancienne organisation communiste. Je suis également sûr qu’il n’a jamais commis d’attentat ou de sabotage ».
Incarcéré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne), il comparut le 5 octobre devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Condamné à mort pour « activité de franc-tireur, port d’armes, activité anti-allemande », il fut passé par les armes le 23 octobre 1943 au Mont-Valérien, inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Après la Libération, sa mère déposa plainte le 24 janvier 1945 devant la commission d’épuration de la police. Elle relata que lorsqu’elle lui rendit visite à Fresnes, son fils lui déclara qu’il avait été frappé lors des interrogatoires.
Il fut déclaré Mort pour le France le 13 juin 1947.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article142939, notice COMTE Roger, Louis, Joseph [dit Duriez, dit Morel] par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 10 novembre 2012, dernière modification le 29 décembre 2021.

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

Roger Comte
Roger Comte

SOURCES : Arch. PPo., BA 1798, BA 2117, BA 2299, KB 63, KB 96, PCF cartons 8 et 14 rapports hebdomadaires sur les activités communistes. – DAVCC, Caen, Boîte 5 B VIII dossier 4 (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Loire-Atlantique, 305 J. — Site Internet Mémoire des Hommes. – État civil.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 175

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