CARROI Marie-Anne

Par Samuel Renier, Xavier Riondet

Née le 4 août 1898 à Langeais (Indre et Loire), morte le 3 juin 1976 à Chissay-en-Touraine (Loir-et-Cher) ; enseignante ; auteure d’articles dans différentes revues pédagogiques

Fille d’Urbain, Louis Carroi (né en 1863), cultivateur, et de Marie Alphonsine, Houvain (née en 1870), Marie-Anne Carroi adopta entre 1946 et 1951 deux enfants, dont l’un se nommait Chantal Kozot (née le 9 avril 1946), scolarisée à l’école publique de filles de Langeais dans les années 50.

Marie-Anne Carroi débuta sa scolarité au lycée de jeunes filles de Tours, où elle décrocha son diplôme de fin d’études secondaires. Elle obtint son baccalauréat en 1917 à Poitiers, puis une licence en philosophie en 1918 à la Faculté des Lettres de Paris. Elle poursuivit ensuite ses études au Bryn Mawr College (Pennsylvanie) en 1919-1920 où elle découvrit la pédagogie américaine, et en particulier, les travaux du philosophe américain John Dewey (elle rédigea un mémoire sur la pédagogie de Dewey). De retour à Paris, elle consacra les années 1920-1921 et 1921-1922 à la préparation de l’agrégation de Lettres, simultanément à la Sorbonne et au collège Sévigné. Malgré deux échecs successifs, elle poursuivit sa préparation à la Faculté de Montpellier en 1922-1923, sans davantage de succès.

En septembre 1923, elle émit le souhait d’être nommée « pour quelques jours » pour appartenir aux cadres de l’État et demander aussitôt son détachement en Alsace-Lorraine ou dans les colonies. N’ayant pas été admissible à l’agrégation, elle avait besoin d’une situation professionnelle. Nommée répétitrice au collège d’Avranches (Manche), le 28 septembre 1923, elle fut détachée au commencement du mois suivant au Maroc pour cinq ans.

Elle fut tout d’abord chargée de cours de philosophie au lycée Saint-Aulaire de Tanger d’octobre 1923 à septembre 1924. En 1924, elle fut candidate à la chaire de philosophie au lycée de jeunes filles d’Alger, mais le rectorat de l’Académie d’Alger lui répondit alors que la candidate devait être pourvue de l’agrégation. Lors de la rentrée de 1924, admissible à l’agrégation, mais refusée à l’oral, elle chercha alors à se rapprocher d’une faculté (Paris, Montpellier ou Strasbourg) pour suivre les cours lui permettant d’obtenir l’agrégation de Lettres.

A sa demande, elle fut mise à disposition de l’administration des mines de Sarrebruck. D’octobre 1924 à septembre 1925, elle devint chargée d’enseignements des lettres au collège français de Sarrebruck. Dans la même période, elle fut admise comme pensionnaire à la Maison académique française de Berlin,

Elle poursuivit sa carrière en Tunisie d’octobre 1925 à septembre 1931. Elle y enseigna les lettres, tout d’abord en tant que maîtresse chargée de cours au lycée Armand Fallières de Tunis d’octobre 1925 à septembre 1926. Elle obtint l’agrégation de lettres – section féminine en 1926. Lors de l’année 1926-1927, elle passa plusieurs mois en Italie grâce à la bourse David Weill.

Elle fut détachée à l’Institut français de Berlin d’octobre 1931 à septembre 1933, et revint en Tunisie d’octobre 1933 à septembre 1935, en tant que professeur agrégé de philosophie au lycée A. Fallières de Tunis. Elle y reçut, le 14 juillet 1934, le grade d’officier de l’ordre de Nichan Iftikhar.

Elle repartit en France de 1935 à 1947 au lycée Lamartine à Paris, en qualité de professeure agrégée de philosophie, alors qu’elle était en fait professeure agrégée de lettres et chargée d’enseignements de philosophie. Elle devint officier académique en 1938. Pendant une année scolaire, de 1939 à 1940, elle fut chargée d’enseignement de philosophie au lycée Hoche ainsi qu’au lycée de jeunes filles de Versailles. Elle fut par la suite réintégrée au lycée Lamartine, avant d’être affectée en 1947 au Centre national d’enseignement par correspondance et radio.

Elle prit la direction du lycée Hélène Boucher de Paris de 1949 à 1953. Elle devint officier de l’Instruction Publique en 1950-1951. Exprimant dès 1950 son souhait de revenir au CNECR, son retour fut effectif en 1953 où elle termina sa carrière en 1958.

Tout au long de sa carrière d’enseignante, Marie-Anne Carroi chercha à participer aux réflexions et aux débats éducatifs de son époque. Cette volonté se manifesta avant tout dans les contributions qu’elle rédigea pour les revues éducatives auxquelles elle collabora. Dès 1927, elle publia deux articles dans La démocratie, créée et dirigée par Marc Sangnier, où elle inscrivait explicitement sa démarche dans la filiation tant du mouvement Jeune République que de l’Éducation nouvelle. Son engagement en faveur de cette dernière se marqua ensuite très nettement par une longue collaboration avec la revue Pour l’ère nouvelle, organe de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle et dont le rédacteur en chef était Adolphe Ferrière, pour laquelle elle rédigea dix-sept articles entre septembre 1928 et mars 1938. On y retrouvait deux des principaux thèmes de sa production intellectuelle : l’intérêt porté aux situations éducatives étrangères et aux méthodes originales qu’elles permettaient d’envisager, et l’importance du travail par équipe. De janvier 1937 à février 1940, elle participa ensuite grandement aux premières années de la revue L’information pédagogique, fondée par Albert Chatelet et Marcel Ginat (quatre articles et neuf recensions). L’année 1942 la voyait publier une série de cinq articles consacrés à l’éducation morale au sein de la revue L’Éducation, dans sa partie supplémentaire destinée aux maîtres.

Les années de l’après-guerre s’avéraient plus disparates. Bien qu’elle figure parmi les membres du comité directeur de la revue L’école nouvelle française, fondée en 1945 sous l’impulsion de Roger Cousinet et François Châtelain, ses principales publications étaient davantage à rechercher dans les Cahiers pédagogiques pour l’enseignement du Second degré, où elle signa notamment trois articles et une recension entre 1949 et 1952 et, dont l’un sera notamment repris le Supplément pédagogique de l’Inspection académique du Pas-de-Calais. Les années suivantes, accompagnant la fin de sa carrière et sa retraite, témoignaient ensuite d’une progressive disparition de sa production écrite.

Le nombre important des articles qu’elle fit paraître au sein de périodiques ne trouva pas de comparaison parmi les publications sous formes d’ouvrages ou de brochures. Bien qu’elle n’ait jamais publié de livre en son nom propre, elle fut pourtant reconnue pour son travail de traductrice. Suivant les conseils d’Adolphe Ferrière, elle fit paraître en 1929 une traduction des Petits Fabre de Porto Maggiore de Giuseppe Lombardo-Radice, aux éditions Delachaux et Niestlé. Ayant observé et étudié les pratiques pédagogiques décrites par le pédagogue italien, elle ajoutait au texte une longue présentation des techniques et des principes mis en place à l’asile de Mompiano. Ce travail d’édition et d’introduction se retrouvait également dans la seconde traduction de Expérience et éducation de John Dewey, publié en 1947 aux éditions Bourrelier puis réédité en 1967 et en 2011 aux éditions Armand Colin. Dans l’intervalle, seuls paraissaient deux chapitres destinés aux manuels édités par la maison Bourrelier en 1938 et 1939 (« les fondements psychologiques des activités dirigées » et « le travail par équipe »), mais qui reprenaient des réflexions déjà élaborées au fil de ses publications périodiques. De même, son texte dans le recueil L’école, préface de la vie en 1943, reprenait des éléments relatifs à sa réflexion sur l’éducation morale.

Ses prises de positions et ses contacts au sein du courant de l’Éducation nouvelle l’amenèrent également à fréquenter les congrès, séminaires et conférences au sein desquels penseurs, militants et praticiens se retrouvaient régulièrement afin de se rencontrer, d’échanger mais surtout de créer de véritables liens. Elle assista ainsi au congrès de la Ligue internationale pour l’Éducation nouvelle à Locarno (Suisse), au mois d’août 1927, où elle fit la rencontre d’Adolphe Ferrière et découvrit l’œuvre du pédagogue tchèque Frantisek Bakule.

Sa participation devint plus active à partir de 1936, où elle prit la parole au sein de trois congrès en l’espace d’un an :

Congrès international d’Utrecht (Pays-Bas), du 14 au 20 avril 1936, où elle présenta une communication relative aux « fondements sociaux du Travail par équipes »,

Congrès du Havre, du 31 mai au 4 juin 1936, où elle prononça deux interventions très différentes, l’une d’ordre pédagogique sur « la connaissances des élèves et leur expression scolaire » et l’autre d’ordre beaucoup plus général et philosophique sur « le malaise de notre jeunesse ».

Semaine pédagogique, organisée par la Direction générale de l’Instruction publique au foyer scolaire de Rabat (Maroc), du 23 au 27 mars 1937, afin de prolonger les réflexions entamées au congrès du Havre. Elle y prononça deux allocutions, sur « la méthode du travail par équipes » et « les problèmes particuliers de l’enseignement du second degré en Afrique du Nord ».

Notons également qu’elle figurait parmi les « membres actifs » du Onzième Congrès international de psychologie, se déroulant du 25 au 31 juillet 1937 à Paris.

Après ces mois très denses, sa participation à des événements publics devint plus difficilement saisissable, au sens où ses activités publiques empruntaient désormais des voies plus spécifiques. Elle effectua ainsi plusieurs tournées de « causeries », sur Alain-Fournier ou Bergson, à destination d’établissements secondaires féminins belges en 1943. La fin de la guerre lui fournit l’occasion de participer à la reprise des congrès éducatifs interrompus. Elle assista à la conférence de la Ligue internationale pour l’Éducation nouvelle organisée à la Bryanston School (Angleterre), en août 1945, en qualité de co-secrétaire de la section française, mais sembla absente de la conférence de Paris l’année suivante. Ce relatif effacement se manifestait, également, dans sa participation aux travaux de la section « Philosophie » du Cercle catholique des intellectuels français, dont les trois colloques en 1951, 1952 et 1953 furent fermés aux participants extérieurs. Elle assista au séminaire international organisé par le Centre international d’études pédagogiques à Sèvres, du 20 juin au 6 juillet 1954, mais en tant que simple participante.

Elle fut membre du Groupe français d’Éducation nouvelle, de la Société française de Philosophie, du Conseil national des femmes françaises ainsi que du Centre catholique des intellectuels français.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article142964, notice CARROI Marie-Anne par Samuel Renier, Xavier Riondet, version mise en ligne le 12 novembre 2012, dernière modification le 22 mars 2013.

Par Samuel Renier, Xavier Riondet

ŒUVRES : Traductions et présentations : LOMBARDO-RADICE (Giuseppe), Les petits Fabre de Portomaggiore. trad. de l’italien avec une notice sur la méthode de Mompiano par Marie-Anne Carroi, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, coll. « Actualités pédagogiques et psychologiques », 1929. — DEWEY (John), Expérience et éducation. Avec une présentation de la pédagogie de J. Dewey par M. A. CARROI, Paris, Bourrelier et Cie, coll. « Educateurs d’hier et d’aujourd’hui », 1947.
Participation à des ouvrages collectifs : « La connaissance des élèves et leur expression scolaire », 1er Congrès pour l’étude des questions relatives à l’organisation de l’enseignement du second degré. Le Havre [31 mai-4 juin 1936], Paris, Eyrolles, 1936. Fascicule n° 107. — « Le malaise de notre jeunesse », 1er Congrès pour l’étude des questions relatives à l’organisation de l’enseignement du second degré. Le Havre [31 mai-4 juin 1936], Paris, Eyrolles, 1936. Fascicule n° 120 . — « Les fondements psychologiques des activités dirigées », in SORRE, Max (dir.), Les activités dirigées, Paris, Bourrelier, coll. « Cahiers de pédagogie moderne », 1938. pp. 16-23. — « Le travail par équipe », in COLLECTIF, La psychologie de l’enfant de 7 à 14 ans, Paris, Bourrelier, coll. « Cahiers de pédagogie moderne », 1939. pp. 103-109. — « Les adolescents, les familles et l’action morale des maîtres », in COLLECTIF, L’école, préface de la vie, Paris, Édition Sociale Française, 1943. pp. 82-99

SOURCES : Arch. Nat., F17/29817, AJ16/5908. — Arch. com. de Langeais et de Chissay-en-Touraine. — Annuaire général de l’Enseignement Français, 1929-1944. — Bulletin officiel de la direction générale de l’instruction publique et des beaux-arts, 43e année n° 1 (janvier-avril 1929), 49e année n°10 (avril-octobre 1935). — Bulletin de l’enseignement public au Maroc, n°59 (mai 1924), n° 66 (avril 1925). — La nouvelle éducation, n° 36 (juin 1925). — TOUPIN-GUYOT (Claire), Modernité et christianisme. Le Centre Catholique des Intellectuels Français (1941-1976), Thèse de doctorat en Histoire, sous la direction d’Étienne Fouilloux, Université Lumière Lyon 2, 2000. —BOYD (William), RAWSON (Wyatt), The Story of the New Education, Londres, Heinemann, 1965.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément