GODEFROY Alfred, Émile, Maurice

Par Daniel Grason

Né le 19 janvier 1923 à Ervy-le-Châtel (Aube), fusillé le 30 avril 1944 à la prison de la Santé à Paris (XIVe arr.) ; boucher ; résistant.

Fils de Arthur, cordonnier, et de Marguerite, née Julie, Alfred Godefroy demeurait à Ervy-le-Châtel où il exerçait la profession de boucher. Le 5 janvier 1943, Pétain, chef de l’État, annonçait la transformation du Service d’ordre légionnaire (SOL) en Milice sous les ordres de Darnand. Le 30 janvier cette annonce devint officielle, Pierre Laval chef du gouvernement fut nommé président de la Milice, Joseph Darnand en assurait la direction effective. En août, il était nommé SS-Obersturmfüher (lieutenant) de la Waffen-SS. Le 30 décembre il devint secrétaire général au Maintien de l’ordre. Le 20 janvier 1944, une loi signée par Pierre Laval, chef du gouvernement, et Maurice Gabolde, ministre de la Justice de Vichy, autorisait le secrétaire général au Maintien de l’ordre à créer « par arrêtés une ou plusieurs cours martiales » pour juger « les individus agissant isolément ou en groupe, arrêtés en flagrant délit d’assassinat ou de meurtre, de tentative d’assassinat ou de meurtre commis au moyen d’armes ou d’explosifs, pour favoriser une activité terroriste ».
En février 1944 de nouvelles lois sur le STO furent promulguées. Désormais étaient concernés les hommes de seize à soixante ans, contre dix-huit à cinquante ans auparavant, ce qui incita beaucoup de jeunes à entrer dans la Résistance.
Alfred Godefroy fut arrêté le 23 janvier 1944 pour différentes actions anti-allemandes qu’il mena dans la région d’Ervy-le-Châtel. Il fut hospitalisé à Troyes, à l’hôpital Fénelon. Le 10 février à 15 heures, une dizaine de résistants armés de mitraillettes pénétrèrent dans l’établissement, se dirigèrent vers la salle Jeanne-d’Arc et délivrèrent trois résistants : Jules Trescartes, Maurice Lange et Alfred Godefroy. L’opération se déroula sans incident grâce à la complicité d’un gardien de la paix. Alfred Godefroy rejoignit un groupe de résistants dans le Chaourçois. À peine deux semaines après son évasion, il était appréhendé dans la nuit à Étourvy avec une vingtaine de jeunes gens, lors d’une opération menée par la police nationale. Il fut transféré à la Santé à Paris.
Vingt-neuf accusés comparurent le 30 avril 1944 devant une cour martiale composée du directeur du service pénitentiaire et de deux assesseurs, qui siégèrent à la prison de la Santé. Le tribunal se déclara incompétent pour vingt d’entre eux. Neuf jeunes d’un maquis de l’Aube et de l’Yonne, âgés de dix-neuf à vingt-trois ans, originaires de l’Aube, de la Marne et de Suresnes étaient accusés d’actions de résistance armée, de destruction de récoltes et de vols. Alfred Godefroy, Casimir Malak, Albert Finance, Bernard Bosmayer, Guy Hénault, Gaëtan Senlis, Claude Courvoisier, André Ott et Robert Massé furent condamnés à mort, fusillés immédiatement par des miliciens dans un chemin de ronde de la prison à 6 h 40 du matin.
Une note des Renseignements généraux donna quelques échos des exécutions. Certains condamnés crièrent « Vive de Gaulle ! », « C’est malheureux d’être fusillés par des Français », « Je voudrais mourir avec un drapeau bleu, blanc, rouge portant la Croix de Lorraine ». Sur le chemin qui menait au lieu de la fusillade, ils chantèrent « La Marseillaise ». Ils appartenaient probablement à la résistance gaulliste. Après l’exécution, des détenus, qui assistèrent de leurs cellules à la fusillade ou qui entendirent le bruit des balles, chantèrent « L’Internationale » et scandèrent « Assassins ! » à l’adresse des bourreaux. Le dimanche 28 avril 1946, il y eut une cérémonie rue Jean-Dolent, devant la prison de la Santé, et une plaque de marbre fut dévoilée : « Derrière ces murs 18 patriotes antifascistes furent exécutés sur les ordres d’un Gouvernement au service de l’ennemi. Ils sont morts pour que vive la France. Français, n’oubliez jamais ! » Quarante-huit heures plus tard, l’Humanité en rendait compte en page une, par une simple photographie légendée, en « l’honneur de 18 patriotes guillotinés ou fusillés », dont Alfred Godefroy. Son nom figure sur le monument aux morts d’Ervy-le-Châtel.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article142984, notice GODEFROY Alfred, Émile, Maurice par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 novembre 2012, dernière modification le 26 mars 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., 77W 617, 77W 1340. – F. Marcot, B. Leroux, C. Levisse-Touzé (sous la dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, R. Laffont, 2006. – L’Humanité, 30 avril 1946. – Site Internet CDDP de l’Aube. – Mémorial GenWeb. – État civil, Ervy-le-Châtel.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément