COLARD Jean-Nicolas.

Par Jean Puissant

Hodimont (aujourd’hui commune de Verviers, pr. Liège, arr. Verviers), 13 juillet 1814 – Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 11 août 1868. Ouvrier tailleur, marchand tailleur, philanthrope, soutien du mouvement socialiste naissant.

Fils aîné d’une famille nombreuse dont le père, né à Dolhain (aujourd’hui commune de Limbourg, pr. Liège, arr. Verviers) en 1793, est ouvrier fardier, Jean-Nicolas Colard, apprenti-tailleur, puis tailleur, gagne Paris en 1833. Il y rencontre Armand Barbès à « La Société des familles » clandestine, créée en 1834, dont il restera un proche. En 1838, à Verviers, il épouse Octavie Mottet, sœur d’Hector Mottet, conseiller communal libéral de la ville, chef de groupe en 1845 qui sera activement mêlé au mouvement démocratique en 1847-1849.

Jean-Nicolas Colard s’installe à Bruxelles où il aurait introduit « le prêt à porter pour hommes », d’abord rue de la Fourche, ensuite sur la vieille artère commerçante de La Madeleine en 1852, ainsi que sur la bien nommée rue Neuve dans un hôtel de maître, signe d’une incontestable réussite. Il crée des succursales à Anvers, Gand, Charleroi, Namur, Liège et Mons.

En 1848, écrit son biographe, Jean-Nicolas Colard est devenu riche. Il n’en n’abandonne pas pour autant ses convictions et adhère à l’instigation de son beau-frère, à l’Association démocratique de Lucien Jottrand*, Jacques Imbert, Karl Marx… - il est signataire du règlement -. En 1849, il est abonné au Travailleur. En 1849, il prend la défense de son beau-frère inculpé puis acquitté dans l’« affaire du Prado ». De 1848 à 1852, il est, avec Félix Delhasse*, avec qui il est lié d’amitié, un des principaux acteurs de l’accueil des réfugiés français à Bruxelles, notamment Proudhon, Jean-Baptiste Bancel à qui il trouve du travail. Il rencontre, avec Delhasse, Etienne Arago, Auguste Blanqui, Charras, Alexandre Ledru-Rollin, Quinet… qui évoque « le bon Colard ».

Jean-Nicolas Colard emploie, dans ses ateliers, des tailleurs réfugiés, pratique dénoncée par le ministre français de la Police le 15 février 1852 dans une lettre au ministre belge des Affaires étrangères. Il y dévoile un certain nombre d’opposants et de filières d’aide notamment : « Si c’est un tailleur, on l’adresse à Colard (sic)… Aussi, petit à petit, encombre-t-on les ateliers de Bruxelles de socialistes émérites qui propagent tant qu’ils peuvent leurs idées, ce qui allumera chez les ouvriers belges ces idées de vanité, qui, en France, perdent les ouvriers. » Il propose à son « cher collègue » que « ces hommes …, appartenant à la classe ouvrière, soient renvoyés de la Belgique et dirigés vers Londres » (voir WOUTERS, H., deel I, p. 1035). Certains sont signalés par la police et plusieurs tailleurs travaillant chez Jean-Nicolas Colard sont effectivement expulsés. Lorsque Armand Barbès, incarcéré, est gracié par Napoléon III en 1854, Colard se serait précipité pour l’entourer, le faire venir en Belgique où il ne peut obtenir son autorisation de séjour. Barbès trouve alors refuge à La Haye (Pays-Bas) où il meurt en exil. – Louis Bertrand fournit cette information qu’il aurait probablement tenue de F. Delhasse. – En 1858, plusieurs employés de Colard rendent visite à Louis Labarre, condamné pour un article violent visant Napoléon III.

En 1868, année de sa disparition, Jean-Nicolas Colard est encore témoin de Labarre dans une affaire de duel, réglée par négociation, à la suite d’une polémique, par journaux interposés, avec Gustave Tridon. Sa maison souscrit des publicités dans des organes « radicaux », comme, en 1858, Le Courrier de Charleroi.

Jean-Nicolas Colard meurt prématurément, « frappé d’apoplexie ». Louis Bertrand l’évoque dans son Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830 (vol. 2, p. 41) : « Malgré sa situation, Colard resta toute sa vie le compagnon de ses ouvriers ; il était un patron bienveillant et juste, rétribuant toujours le travail à un taux supérieur à celui payé par ses concurrents, accueillant avec bienveillance les réclamations et venant en aide à ceux de ses ouvriers qui étaient frappés par le malheur. » Une société de secours mutuels est organisée dans l’entreprise avec une caisse de pension et de soutien aux veuves et orphelins.

Le nom de Colard, fouriériste comme Delhasse dans sa jeunesse, républicain démocrate, social sinon socialiste, figure ainsi en arrière fond de l’évolution pré-socialiste dans la capitale belge pendant vingt années cruciales.

À consulter également : Colard Jean-Nicolas (notice revue et complétée par J. Grandjonc), dans Site Web : maitron.fr.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143000, notice COLARD Jean-Nicolas. par Jean Puissant, version mise en ligne le 13 novembre 2012, dernière modification le 25 octobre 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : Biographie Nationale, vol. 39, Supplément XI, col. 194-199 – PUISSANT J., « Colard Jean-Nicolas », dans KURGAN G., JAUMAIN S., MONTENS V. (dir. ), Dictionnaire des patrons en Belgique, Bruxelles, 1996 – SARTORIUS F., Tirs croisés. La petite presse bruxelloise des années 1860, Tusson, 2004 – BERTRAND L., Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, t. 2, Bruxelles, 1907, p. 49 (icono).

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