OTT André, Charles, Ignace

Par Daniel Grason

Né le 30 juin 1912 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), fusillé le 30 avril 1944 à la prison de la Santé à Paris (XIVe arr.) ; chauffeur de chaudière ; communiste de Suresnes ; résistant au sein des FTPF.

Fils de Ignace, comptable, et de Marie, née Lehman, André Ott obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Il effectua en 1932 son service militaire au 310e Régiment d’artillerie, à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine). Il épousa Germaine Mariller, employée des PTT, le 13 juillet 1935. Le couple demeurait 4 avenue de l’Abbé-Saint-Pierre à Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine). Il adhéra au Parti communiste au moment du Front populaire en 1936, sans y avoir de responsabilité.
Il fut mobilisé en septembre 1939 jusqu’au 15 décembre. Libéré de ses obligations militaires, il travailla comme affecté spécial aux usines aéronautiques Amiot à Colombes. En décembre 1940, les gendarmes de Suresnes l’arrêtèrent pour présomption de distribution de tracts d’inspiration communiste. Le tribunal de la 12e chambre correctionnelle, en l’absence de preuves, le relaxa le 15 janvier 1941. Il fut à nouveau interpellé le 26 juin 1941 par la police qui le considérait comme « un meneur particulièrement dangereux ». Interné à Royallieu (Oise), les autorités allemandes le libérèrent le 14 août.
En septembre 1941, lors d’une perquisition d’inspecteurs des Brigades spéciales chez une militante communiste au 74 boulevard de la Gare (XIIIe arr.), un extrait de la biographie d’André Ott concernant son activité d’avant-guerre fut découvert. Arrêté le 16 septembre, les policiers lui demandèrent des explications. Il affirma qu’il ne participait pas à l’activité de l’ex-Parti communiste, ayant suffisamment de soucis avec l’état de santé de sa femme qui était enceinte. Il fut relaxé et libéré le 19.
En 1942, le couple habita 2 rue Locarno à Suresnes. André Ott travaillait comme chauffeur de chaudières à l’hôpital Foch, puis au fort du Mont-Valérien. Le 28 avril 1942, la Feldgendarmerie l’arrêta à son domicile, puis le libéra quelques jours plus tard. Le 24 septembre 1942, une opération d’ensemble fut menée dans le département de la Seine par la police nationale et la gendarmerie française, dont l’objectif était d’arrêter des militants communistes ou supposés tels. Il y eut plus de mille six cents arrestations. Interpellé et libéré le lendemain, André Ott reprit son travail, dans cette existence tourmentée. Puis un fils naquit le 27 mars 1943.
En janvier 1944, un ami l’aurait prévenu qu’il figurait sur une liste de suspects qui devaient être arrêtés. Il rejoignit un maquis dans l’Aube où depuis la fin de l’automne 1943, sous la direction du chef de compagnie des Francs-tireurs et partisans (FTP) Robert Massé, cinq groupes de combattants étaient formés. André Ott, chef du groupe Stalingrad formé de huit hommes, participa à des sabotages dans la région et à des actions de représailles contre des collaborateurs et à des destructions de sacs de céréales destinés aux réquisitions allemandes.
Du 21 octobre 1943 au 24 février 1944, trente-trois hommes menèrent dans l’Aube et dans l’Yonne cent huit actions dont vingt et une pour se procurer du ravitaillement, dix cambriolages de mairies probablement pour récupérer des tickets d’alimentation et dix-huit bureaux de tabacs. Deux tentatives de meurtres échouèrent, mais dix-huit assassinats suscitèrent beaucoup d’émoi dans la population, si bien que les actions furent assimilées à celle de la « bande à Robert » (Robert Massé). Ce dernier fut arrêté le 25 février 1944 lors d’une opération conduite par la police française et les Groupes mobiles de réserve (GMR). Il y eut dix-huit interpellations dont celle d’André Ott, incarcéré à la prison de Chalon-sur-Saône (Châlons-en-Champagne), puis de Reims. Les interrogatoires furent d’une grande violence, tous furent transférés de Reims à la prison de la Santé.
Vingt-neuf accusés comparurent le 30 avril 1944 devant une cour martiale composée du Directeur du service pénitentiaire et de deux assesseurs qui siégèrent dans la prison de la Santé. Le tribunal se déclara incompétent pour vingt d’entre eux. Neuf jeunes d’un maquis de l’Aube et de l’Yonne, âgés de dix-neuf à vingt-trois ans, originaires de l’Aube, de la Marne et de Suresnes furent accusés d’actions de résistance armée, de destruction de récoltes et de vols. André Ott, Guy Hénault, Alfred Godefroy, Bernard Bosmayer, Albert Finance, Casimir Malak, Gaëtan Senlis, Claude Courvoisier et Robert Massé furent condamnés à mort, passés immédiatement par les armes par des miliciens dans un chemin de ronde de la prison à 6 h 40 du matin.
Une note des Renseignements généraux donna quelques échos des exécutions. Certains condamnés crièrent « Vive de Gaulle ! », « C’est malheureux d’être fusillés par des Français », ou encore « Je voudrais mourir avec un drapeau bleu, blanc, rouge portant la Croix de Lorraine ». Sur le chemin qui menait au lieu de la fusillade, ils chantèrent « La Marseillaise » ; ils appartenaient probablement à la résistance gaulliste. Après l’exécution, des détenus qui assistèrent de leurs cellules à la fusillade ou qui entendirent le bruit des balles, chantèrent « L’Internationale » et scandèrent « Assassins ! » à l’adresse des bourreaux.
Le dimanche 28 avril 1946, il y eut une cérémonie rue Jean-Dolent, devant la prison de la Santé. Une plaque de marbre fut dévoilée : « Derrière ces murs 18 patriotes antifascistes furent exécutés sur les ordres d’un Gouvernement au service de l’ennemi. Ils sont morts pour que vive la France. Français, n’oubliez jamais ! ». Quarante-huit heures plus tard, l’Humanité en rendait compte en page une, par une simple photographie légendée, en « l’honneur de 18 patriotes guillotinés ou fusillés » dont André Ott. Le 12 mars 1946, la mention « Mort pour la France » fut portée sur son acte de naissance.
Figure contestée de la Résistance auboise, l’action de Robert Massé et des hommes qu’il commanda fit l’objet de vives critiques après la guerre. Selon Sébastien Touffu « il semble bien qu’il ait quelquefois confondu résistance et aventure personnelle, mais il n’en demeure pas moins que son groupe a participé aussi d’une manière active à la lutte contre l’occupant ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143067, notice OTT André, Charles, Ignace par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 novembre 2012, dernière modification le 26 mars 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., BA 2117, BA 2397, 77W 813, 77W 1690, 109W 2. – DAVCC, Caen, autorités allemande ou Milice, Boîte 6 (Notes Thomas Pouty). – F. Marcot (sous la dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, op. cit. – Sébastien Touffu, La Résistance dans l’Aube, CRDP de Champagne-Ardennes-AERI. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, DVDrom, AERI, 2013. – L’Humanité, 30 avril 1946. – Mémorial GenWeb. – État civil, Lunéville.

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