MULLER Léon, René

Par Daniel Grason

Né le 19 février 1913 à Viroflay (Seine-et-Oise, Yvelines), fusillé le 10 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; modeleur sur bois ; militant communiste de Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine).

Fils de Léon, mécanicien ajusteur, et d’Ernestine, née Langlois, fourreuse, Léon Muller épousa le 11 avril 1936 Suzanne Payet en mairie de Chaville (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine). Depuis 1937, le couple habitait 169 rue du Général-Gallieni à Boulogne-Billancourt.
Léon Muller travailla chez Renault du 27 avril 1927 au 24 novembre 1938, jour où les salariés de l’usine firent grève contre les décrets-lois du gouvernement Daladier mettant en cause les quarante heures hebdomadaires. L’usine Renault occupée fut évacuée par les forces policières avec l’emploi de gaz lacrymogènes. L’ensemble du personnel fut lockouté. Deux cent quatre-vingt-deux salariés comparurent devant trois chambres correctionnelles, et quatre-vingt-deux condamnations à des peines de huit jours à deux mois de prison furent prononcées. Le député communiste Alfred Costes et le maire socialiste de Boulogne André Morizet protestèrent. Le réembauchage s’opéra un à un, après réception d’une lettre recommandée signée de Louis Renault. Il y eut environ 10 % de licenciés, Léon Muller était de ceux-là.
Ouvrier hautement qualifié, il travaillait aux Éts Régy, rue de Javel à Paris (XVe arr.). Après la déclaration de guerre, il y fut affecté spécial du 26 décembre 1939 jusqu’à son arrestation le 16 septembre 1941. Il continuait à militer au Parti communiste, répartissait les tracts à Boulogne-Billancourt.
Selon un policier qui comparut devant la commission d’épuration à la Libération, vers le 15 août 1941, un habitant de Nanterre se présenta au poste de police de la ville pour se plaindre que des tracts communistes étaient déposés dans sa boîte aux lettres. Il demanda au gardien de la paix de service de faire le nécessaire pour que cela cesse, celui-ci répondit que cela ne le regardait pas. Le dénonciateur rétorqua que si les distributions ne cessaient pas, il irait se plaindre aux Allemands. Un inspecteur déclara qu’il allait s’en occuper. Le 30 août, le dénonciateur se présenta au commissariat de la circonscription, à Puteaux, et rapporta une dispute entendue la veille entre sa voisine et un parent de celle-ci, Célestin Hébert. Elle le menaçait de le dénoncer à la police s’il continuait de remettre des tracts à son mari et à en distribuer dans le quartier. Cet informateur parut suspect, il fut arrêté, livra le nom d’Hébert.
Le commissaire de Puteaux chargea la Brigade spéciale d’intervention de mener l’enquête. Entre le 2 et le 19 septembre, les policiers arrêtèrent une quinzaine de militants communistes dont Léon Muller au moment où il se présentait au pavillon de Célestin Hébert pour prendre des tracts. Le 24 mars 1942, le tribunal du Gross Paris siégea 11 bis rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Le commissaire de Puteaux témoigna à charge contre les inculpés. Quinze condamnations à mort furent prononcées, dont celle de Léon Muller, Lucienne Hébert et Florentine Berson. Le 10 avril 1942, dans l’après-midi, les douze hommes condamnés à mort firent face au peloton d’exécution au Mont-Valérien. Léon Muller fut passé par les armes à 16 h 21. L’abbé allemand Stock dit dans son Journal de guerre, « La plupart des communistes moururent en criant : "Vive le Parti communiste ! etc." » Voir Félix Pozzi.
Après la Libération, le 12 mars 1945 un juge d’instruction inculpa le délateur de Célestin Hébert « d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». L’homme, Clément, était marié à Stéphanie, Allemande des Sudètes (Tchécoslovaquie). Le couple habitait le pavillon voisin d’Eugène Hébert, frère de Célestin Hébert. Clément membre du Mouvement social révolutionnaire (MSR), parti collaborationniste d’Eugène Deloncle, assistait aussi aux réunions du Parti populaire français de Doriot. Il était farouchement anticommuniste. Après l’exécution de Célestin Hébert et de ses compagnons, il vendit précipitamment son pavillon et déménagea. Retrouvé par la police dans la Sarthe, arrêté, jugé, il fut condamné le 19 octobre 1945 à vingt ans de travaux forcés, vingt ans d’interdiction de séjour.
Le nom de Léon Muller figure sur l’une des deux plaques apposées en hommage aux vingt et un fusillés de Boulogne-Billancourt à l’entrée de la mairie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143069, notice MULLER Léon, René par Daniel Grason, version mise en ligne le 16 novembre 2012, dernière modification le 7 mars 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., BA 2117, KB 10, 77W 33, 77W 1046. – DAVCC, Caen, Boîte 5 – Liste S 1744-183/42 (Notes Thomas Pouty). – Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 78. —État civil.

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