VANOVERSCHELDE Roland, Louis [Pseudonyme dans la Résistance : Pierre LESCOT]

Par Daniel Grason

Né le 28 mars 1922 à Tourcoing (Nord), fusillé par condamnation le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; monteur électricien ; résistant au sein des FTPF.

Dernière lettre p. 1
Dernière lettre p. 1
Crédit : Madame Hilde De Naveu

Fils de Louis, homme de peine, et de Clémence, née Ferret, Roland Vanoverschelde s’installa en région parisienne. Il habitait dans une chambre meublée 59 quai de la Marne à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne). Il travailla du 23 décembre 1942 au 20 mai 1943 sur l’aérodrome de Cormeilles-en-Vexin, près de Pontoise (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), pour l’entreprise électrique allemande de Bruxelles ; il était alors logé tout près, à Génicourt. Son entreprise pouvait à tout moment lui demander d’aller travailler en Allemagne.
Il fit la connaissance de Gilbert, un collègue de travail qui lui proposa d’entrer chez les Francs-tireurs et partisans et s’engageait à lui procurer des faux papiers. Selon Gilbert, il pourrait par la suite partir en province pour y recevoir une instruction militaire, afin d’intégrer l’un des groupes qui se formaient pour constituer l’armée française future.
Roland Vanoverschelde fit une chute opportune au travail le 20 mai et obtint du médecin dix jours de repos. Le bruit courait dans l’entreprise que le départ en Allemagne était proche. Roland Vanoverschelde rejoignit Paris. Il logea à l’hôtel Dagorno, avenue Jean-Jaurès (XIXe arr.) et prit contact par courrier avec Gilbert à Pontoise. Il le rencontra une première, puis une seconde fois à Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis) ; Gilbert lui présenta « Dédé » (Chuna Bajtsztok). Tous les deux circulèrent jusqu’à 23 heures au hasard dans les rues pour attaquer un Allemand et lui dérober son arme – en vain... Un nouveau rendez-vous eut lieu le dimanche 23 mai à Pontoise. Ils étaient alors quatre : Gilbert Dédé, muni d’un marteau, Geneviève, armé d’un pistolet à barillet, et Roland Vanoverschelde, qui devait récupérer l’arme. Vers 23 heures, un soldat allemand sortit d’un café. Gilbert le frappa, l’Allemand cria, lâcha sa sacoche, prit la fuite. L’équipe se dispersa, chacun rejoignit son logis.
Le 31 mai, Roland Vanoverschelde retrouva rue de Belzunce à Paris (Xe arr.) « Jean le Rouquin » (François Marais), chef de groupe, Geneviève et Petit (Marcel Kaufmann). Celui-ci reçut comme mission d’envoyer une grenade contre une maison de tolérance réservée aux Allemands près des Arts-et-Métiers (IIIe arr.). Le lieu fermait et il était vide de client.
Avec Marcel Kaufmann, Roland Vanoverschelde effectua une mission de reconnaissance du Soldatenheim (foyer militaire allemand) de Maisons-Alfort les 6 et 7 juin. Le lendemain vers 20 h 30, protégé par deux résistants à pied, Roland Vanoverschelde, à vélo, lança une grenade anglaise Mills contre le Soldatenheim, et s’enfuit vers le bois de Vincennes. Marcel Kaufmann fut arrêté.
Le 9 juin vers midi, alors que Roland Vanoverschelde rentrait à son domicile, des inspecteurs de la Brigade spéciale no 2 (BS2) l’interceptèrent. Emmené dans les locaux des BS à la préfecture de police, il fut interrogé par le commissaire Hénoque. Roland Vanoverschelde assuma ses actions, donna son pseudonyme, Pierre Lescot ; il ne se souvenait plus très bien s’il portait le numéro matricule 4057 ou 4058. Il déclara : « J’ignorais que l’association au sein de laquelle je militais était commandée par le Parti communiste. »
Il ne reconnut personne sur les photos qui lui furent présentées, mais donna le signalement du Rouquin et de Gilbert. Sa chambre fut perquisitionnée, les policiers y saisirent la serviette de cuir du soldat allemand attaqué à Pontoise. Roland Vanoverschelde expliqua qu’elle contenait des denrées alimentaires que les trois autres résistants s’étaient partagées pendant que lui gardait la sacoche pour y mettre ses affaires de travail.
Roland Vanoverschelde fut incarcéré dans le quartier allemand de la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne), jugé le 1er octobre 1943 par le tribunal du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), et condamné à mort pour « actes de franc-tireur ». Il fut passé par les armes le 6 octobre au Mont-Valérien en compagnie de vingt-neuf autres résistants, dont Émile et François Marais, André Chassagne, Alexandre Honvault, Maurice Pirolley.
Il fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Après la Libération, son nom fut gravé sur la plaque « À la mémoire des victimes du nazisme fusillés le 6 octobre 1943 » apposée contre le mur du cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine, ainsi que sur le monument aux morts de Joinville-le-Pont.
Dans son rapport du 30 juillet 1945, le rapporteur de la commission d’épuration de la police mentionnait que, malgré des recherches aux fins d’audition, il ne fut pas possible de retrouver un membre de la famille de Roland Vanoverschelde.

Transcription de la dernière lettre de Roland Vanoverschelde communiquée par Madame Hilde De Naveu en avril 2020.

Fresnes le 6 octobre
14h
Maman chérie, mon cher Papa,
Je crois à moins d’un miracle que ceci est la dernière lettre que tu reçois de ton fils. Je regrette infiniment ne plus te revoir Maman chérie ni t’embrasser. Je serai dans 2 heures un mort de plus pour la France. Que veux-tu, c’était mon destin. J’ai fait ce que j’ai cru et crois encore être mon dernier devoir de Français. Je n’ai pas pu revenir comme je l’ai espéré. De l’autre, la guerre a été plus longue que je n’ai cru. Enfin ma petite maman, j’espère que tu vivras encore de longs jours heureux avec mon petit papa qui ne me reverra [plus] je le crains. Surtout maman, sois courageuse, ne te laisse pas abattre. J’aurais pu tout aussi bien être victime d’un bombardement [ou] autre. La vie en a décidé autrement. C’est la guerre. Reporte toute ton affection sur mon petit frère que j’aime plus que tout au monde. Il me remplacera, j’en suis sûr. [Illisible] à tous nos parents et amis présents en ma mémoire aux dernières [heures] de ma vie. Mon cher papa, puis-je te dire, tu es un homme, tu as fait la guerre, tu comprendras. Prend soin de maman comme tu l’as toujours fait. Console-la, c’est ma suprême consolation. Il n’y aura que moi qui manquera. Je ne puis vous écrire plus long mes chers parents, la place me manque. Je vous embrasse bien fort et vous serre dans mes bras comme jamais je ne l’ai fait. Ci-joint une mèche de mes cheveux, mon suprême souvenir. Adieu maman chérie, ma chère sœur, mon petit frère, mon papa. Dieu me rappelle. Je veillerai sur vous. Vivez en paix et soyez heureux. Votre fils Roland.
Tourcoing, Nord.
 

Fresnes le 6 octobre
15 heures
Maman chérie
Je t’envoie mes derniers baisers, mes dernières tendresses. Je vais partir dans quelques instants pour l’autre monde. Aie du courage, ma maman chérie. Je te sais chrétienne. Je prierai pour toi, supporter ta douleur. Tu as encore des enfants à chérir, mon petit frère Xavier, ma sœur chérie. Papa reviendra. Il ne manquera que moi. Je serai présent spirituellement. Je t’ai parfois fait de la peine. Je t’en demande pardon. Nous nous reverrons tout là-haut, j’en suis sûr. À bientôt, ma chère maman. Je [te] souhaite une longue vie. Je vous serre dans mes bras bien fort.
Votre fils qui vous aime tendrement.
Roland.
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Madame Vanoverschelde Ferret
266 Chaussée du Risquons-Tout. Mouscron [Belgique]
Aide morale et surtout matérielle. Ma famille est dans le besoin d’être secourue.
Vanoverschelde Roland né le 28 mars 1922

Une rue de Mouscron, non loin de la Chaussée du Risquons-Tout, porte à présent le nom de Roland Vanoverschelde.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143130, notice VANOVERSCHELDE Roland, Louis [Pseudonyme dans la Résistance : Pierre LESCOT] par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 novembre 2012, dernière modification le 19 avril 2020.

Par Daniel Grason

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Dernière lettre p. 3
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SOURCES : Arch. PPo., carton 14 activités communistes pendant l’Occupation, KB 5, KB 56, 77W 671. – DAVCC, Caen, Boîte 5 / B VIII dossier 4 (Notes Thomas Pouty). – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil.

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