LLOPIS FERRANDIZ Rodolfo

Par Georges Portalès

Né le 27 février 1895 à Collosa-d’en-Sarria (Espagne), mort en 1983 ; enseignant ; homme politique espagnol ; secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol en exil ; président de l’Union générale du travail d’Espagne en exil ; membre de Force ouvrière (FO) de la Haute-Garonne.

Fils d’un officier de la Guardia civil, Rodolfo passe son enfance à Alicante. Après avoir terminé en 1911 ses études à l’Ecole normale de Madrid, il effectua un séjour de deux années en France où il apprit le français et exerça en tant que lecteur d’espagnol à l’Ecole normale d’Auch (Gers). Il fut fortement marqué par le système éducatif laïc français.

Puis de retour à Madrid, il fut admis à l’École supérieure de l’Éducation.

En 1917, il adhéra à l’Union générale du travail (UGT), de tendance socialiste, ainsi qu’au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Il fut nommé, à 24 ans, professeur de géographie à l’Ecole normale de Cuenca. Il fut également élu conseiller municipal socialiste de cette ville.

Il fut initié à la franc-maçonnerie en 1923 au sein d’une loge madrilène du Grand Orient. Fondateur, en 1928, du journal des écoles normales, il fit un voyage à travers l’Europe pour y étudier les différents systèmes éducatifs et il établit des liens étroits avec de nombreux syndicats d’enseignants. Il devint ainsi le premier président de la Ligue internationale de l’Enseignement puis son président d’honneur.

A la proclamation de la Seconde République espagnole en avril 1931, Rodolfo Llopis fut nommé à la direction de l’enseignement primaire au ministère de l’Instruction publique. L’illettrisme fut alors très important en Espagne : de 30 à 40% d’analphabètes. Il créa alors 7.000 postes d’enseignants.
En 1931, il fut élu député d’Alicante aux Cortès (parlement espagnol) et il assuma ce mandat jusqu’en 1936. Après les élections qui virent la victoire du Front populaire, Rodolfo Llopis devint président du groupe socialiste et deuxième secrétaire au sein du parlement.

Pendant la guerre civile, il fut secrétaire adjoint à la présidence du conseil des ministres, présidé par Francisco Largo Caballero.
Après la défaite des Républicains espagnols et la "Retirada", Rodolfo Llopis se rétira en France. Mis en résidence surveillée par le gouvernement de Vichy à Chambon-le-Château (Lozère), il épousa une Française, Georgette Boyé, professeur à Albi (Tarn). Grâce à ce mariage, il trouva une relative tranquillité vis à vis des autorités françaises et put alors correspondre avec ses amis politiques et syndicalistes.

Au début de la Seconde guerre mondiale, il fut assigné à résidence, loin de son domicile albigeois et loin de son épouse. Malgré les conditions d’existence difficiles, lui et son épouse intégrèrent la Résistance dès 1941 d’abord au sein du Mouvement de libération nationale (MLN) puis du réseau Combat.

A la libération de Toulouse en août 1944, Rodolfo Llopis et ses amis organisèrent le premier congrès du PSOE en exil ; il en devint le premier secrétaire général. Il est à noter que Toulouse fut pendant la dictature la capitale des exilés espagnols. Le 69 de la rue du Taur fut leur point de ralliement. De nombreux meetings de soutien au peuple espagnol eurent lieu au siège, situé rue Valade, de l’Union départementale FO de la Haute-Garonne.

Rodolfo Llopis fut, au cours de l’année 1947, le chef du gouvernement espagnol en exil. Il fut, dans l’exil comme dans la clandestinité, l’incontestable secrétaire général du PSOE de 1944 à 1972. Le PSOE connut alors une scission et Rodolfo Llopis resta le secrétaire général du PSOE historique. Il fut remplacé, en 1974 lors du congrès tenu à Suresnes, par Felipe Gonzalez, futur chef du gouvernement de l’Espagne libre.

L’Union départementale FO de la Haute-Garonne abrita, au printemps 1963, le 5ème congrès de la jeunesse espagnole en exil, en présence de Rodolfo Llopis et d’André Bergeron devenu secrétaire général de la Confédération FO.
Rodolfo Llopis présida, en tant que président de l’UGT, le meeting du 1er mai 1968, tenu en présence d’André Bergeron, alors président de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres), de Manuel Robles (Solidarité des travailleurs basques) et de Mme Montseny (Confédération nationale du travail) et qui rassembla selon "La Dépêche du Midi" une foule très importante.

En août 1971, le congrès de l’UGT en exil se tint une nouvelle fois au siège de l’UD FO. Rodolfo Llopis adhéra au cours de la même année au syndicat FO des employés du Commerce dont Georges Portalès fut alors son secrétaire général.
En janvier 1976, peu de temps après la mort du général Franco, Rodolfo Llopis se vit remettre son passeport et pu ainsi se rendre à nouveau dans son pays natal. Il y reçut un accueil enthousiaste tant à Madrid qu’à Barcelone et Alicante.

Il fut enterré à Albi où une rue porte son nom. Différents hommages lui furent rendus : un collège de Collosa d’en Sarria (sa ville natale) et une rue d’Alicante portent également son nom.
Un hommage national fut rendu à Rodolfo Llopis en 2008 à Madrid, en présence des autorités et de son fils.
Le couple eut deux enfants, Annie et Rodolphe.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143156, notice LLOPIS FERRANDIZ Rodolfo par Georges Portalès, version mise en ligne le 23 novembre 2012, dernière modification le 8 avril 2015.

Par Georges Portalès

SOURCES : Arch. de l’Union départementale FO de la Haute-Garonne. — La Dépêche du Midi, édition de Toulouse, 2 mai 1968. — Bruno Vargas, Rodolfo Llopis, 1895-1983, thèse de doctorat, décembre 1996, Université de Toulouse Le Mirail. — Bruno Vargas, maître de conférence à l’Université d’Avignon, in Républicains espagnol en Midi-Pyrénées : Exil, histoire et mémoire, Presses universitaires du Mirail, et in — L’idéal socialiste et républicain en exil, Rodolfo Llopis 1885-1993. — Entretiens de Georges Portalès avec Rodolphe, le fils de Rodolfo Llopis

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