MICHELOT Claude, Georges, Émile

Par Jacques Debesse

Né le 7 février 1929 à Bernay (Eure), mort le 7 juin 2010 à Nantes (Loire-Atlantique) ; ouvrier mécanicien serrurier ; permanent national JIC (1951-1954) ; délégué du personnel CFTC puis CFDT chez Thomson à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine) de 1955 à 1964, permanent puis secrétaire général de l’UPSM-CFDT (1964-1971), secrétaire général de l’Union départementale de la Gironde puis de l’Union régionale CFDT Aquitaine (1971-1975).

Claude Michelot en 1971
Claude Michelot en 1971

Fils de Georges Michelot, président du syndicat des artisans de Haute-Normandie, catholique non pratiquant, et de Juliette Godard, catholique pratiquante, commerçants charcutiers à Bernay, Claude Michelot était le cadet de ses deux sœurs. Il fréquenta l’école publique de Bernay, puis le collège à Évreux (Eure), où il obtint le brevet technique de mécanicien spécialisé en armurerie et serrurerie. Il participait alors aux rencontres de la Jeunesse indépendante chrétienne (JIC, fédération de Bernay-Evreux).

De retour du service militaire effectué en Allemagne (1948-1950), Claude Michelot renoua avec la JIC et, sur la sollicitation des responsables du mouvement, accepta de devenir permanent national à Paris, chargé de la région Normandie et de l’animation du secteur « ouvriers-artisans » (1951-1954). Ce déménagement dans la capitale avait le mérite de l’éloigner de son milieu familial, trop empreint, à son goût, de convenances bourgeoises, et de lui éviter de reprendre le commerce de ses parents. Lors de sessions de coordination des mouvements de la jeunesse chrétienne (JOC, JAC, JEC et JIC), il s’était lié d’amitié avec Pierre Hadj-Amar, permanent de la JOC, ce qui avait renforcé son intérêt pour le monde ouvrier.

Claude Michelot quitta ses responsabilités à la JIC en 1954 pour être embauché chez Thomson à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine), où son ami Pierre Hadj-Amar venait lui-même d’entrer comme chaudronnier. Malgré son diplôme de technicien, il refusa un poste d’encadrement (qu’il aurait pu obtenir par l’intermédiaire d’un membre de la hiérarchie, proche de la JIC) pour celui d’ouvrier P1 mécanicien serrurier. Il adhéra immédiatement au syndicat CFTC des ouvriers de la métallurgie, composante de l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM-CFTC), fut élu délégué du personnel et membre de l’équipe dirigeante de la jeune section syndicale. Il fut muté à Sartrouville (Seine-et-Oise, Yvelines) dans l’ancienne usine Latécoère, devenue ensuite SNERI, lorsque Thomson décida de l’acquérir pour y transférer l’usine d’Asnières (vendue en 1962). Il représenta sa section au conseil du syndicat, devenu en 1963 syndicat de la construction électrique et électronique (SCEE-CFTC). Il avait également adhéré au PSU à Asnières (1954-1961).

Militant pour la paix en Algérie, il distribuait des tracts dans son entreprise, entretenait de nombreux contacts avec des Algériens et donnait des cours du soir d’alphabétisation. Il participa à la manifestation parisienne du 8 février 1962, où, chargé par la police, mais ne voulant pas se réfugier dans la bouche de métro « Charonne » qui devint depuis ce jour tristement célèbre à cause des victimes, il fut matraqué et conserva durablement des douleurs et séquelles dorsales.

Sollicité par Jean-Paul Murcier*, secrétaire général de l’UPSM-CFTC, il quitta la Thomson pour devenir permanent de l’UPSM le 5 août 1964, chargé du secrétariat général du SCEE, en remplacement de Jean Auger. Claude Michelot conduisit la délégation de son syndicat qui vota la déconfessionnalisation au congrès confédéral de novembre 1964. Lors du conseil de l’UPSM du 24 novembre 1965, il fut élu secrétaire général de l’Union, en remplacement de Jean-Paul Murcier* appelé au service juridique de la confédération, et présenta à ce titre le rapport « action et formation » au Xe congrès de l’UPSM, le 27 novembre 1965. Succédant à Jean-Paul Murcier au conseil de la Fédération de la métallurgie (FGM-CFDT), il fut élu à la commission exécutive, puis confirmé dans ses mandats par le congrès fédéral d’avril 1968 à Rouen. Il participa au groupe de travail des questions internationales. La métallurgie en région parisienne ayant un poids industriel et politique important dans la confédération, Claude Michelot fit partie de la délégation confédérale, conduite par [Eugène Descamps- 22419], qui négocia les accords de Grenelle les 26 et 27 mai 1968.

La création des Unions départementales décidée au congrès de l’Union régionale parisienne (URP-CFDT) à Cachan (Val-de-Marne) en 1966, consécutivement au découpage de la Seine et de la Seine-et-Oise en sept nouveaux départements, et la prise en charge du développement important de la CFDT après les grèves de 1968, ravivèrent le débat récurrent sur l’équilibre des pouvoirs entre les structures professionnelles et interprofessionnelles dans la région. Les réformes structurelles votées au congrès de l’URP en mars 1969 furent vivement critiquées par les syndicats de la métallurgie, de la chimie et d’EDF-GDF, au motif d’une amorce de dépossession de la conduite de l’action syndicale par les syndicats au profit des unions départementales et locales. Lors du comité régional du 23 janvier 1971, convoqué pour l’élection de Guy Gouyet comme futur secrétaire général de l’URP, en remplacement de Robert Duvivier, une coalition de syndicats (métallurgie, chimie, EDF-GDF, cheminots, PTT, assistance publique, commerces et services) présenta une résolution intitulée : « Une autre politique avec un autre candidat : Claude Michelot ». C’est Guy Gouyet qui fut élu avec 76,45 % des voix contre 23,55 % à Claude Michelot. Dès lors, celui-ci, qui avait prévu son retrait de l’UPSM dans l’hypothèse d’une nouvelle responsabilité interprofessionnelle régionale, entra dans une démarche de reconversion professionnelle, si possible en entreprise.

René Decaillon et Paul Raffin*, de la Commission confédérale organisation (CCO), contactèrent Claude Michelot pour lui proposer de devenir secrétaire général de l’Union départementale de Gironde – deux permanents locaux étant sur le départ dans ce secteur jugé prioritaire par la confédération –, tout en se préparant à remplacer Jean Lannes, secrétaire général de l’Union régionale Aquitaine (URA-CFDT), au terme de son mandat dans quelques mois. Le couple Michelot accepta de déménager à Bordeaux (Gironde). Le congrès de l’UD de la Gironde des 19 et 20 juin 1971, dans une motion votée à une très large majorité, prit acte de la candidature de Claude Michelot au poste de secrétaire général, en l’accueillant fraternellement. Son travail de permanent à Bordeaux commença le 1er septembre 1971.

Lors de la réunion du bureau régional des 18 et 19 mars 1972, l’analyse de la réalité syndicale locale, réalisée par Claude Michelot, avec l’appui des permanents régionaux, notamment Edmond Sadrin, Jean Touron et le secrétaire général Jean Lannes, révéla la faiblesse des structures de l’organisation et du développement de la CFDT dans le département de la Gironde, et plus précisément à Bordeaux. Le nouveau secrétaire général proposa une remise en cause des pratiques constatées, fondées jusqu’alors sur des orientations politiques, pour les remplacer par un travail collectif et démocratique. L’analyse fut approuvée totalement, un plan de travail fut établi avec une redéfinition de la nature et du fonctionnement des équipes, incluant la place et le rôle des permanents. Il devint secrétaire général de l’Union régionale Aquitaine, au départ le 1er mai 1973 de Jean Lannes appelé à exercer les fonctions de chargé de mission pour la formation continue à l’Université de Pau (Pyrénées-Atlantiques).

Cette remise en ordre ne fut pourtant pas acceptée par certains militants qui entendaient maintenir leur « entrisme » politique dans les sections syndicales et syndicats ainsi que l’utilisation des structures de la CFDT à des fins de propagande de leurs idées personnelles. Malgré des réunions de l’UD pour repréciser les orientations syndicales, avec le soutien de l’Union régionale, notamment celle du 5 mai 1973 en présence de René Decaillon, secrétaire confédéral, les décisions du collectif de l’UD continuèrent d’être contestées, inappliquées, voire contredites, par des « collectifs élargis », convoqués par réseaux extra syndicaux, au nom de la « démocratie ouvrière ». Une cabale s’organisa contre Claude Michelot, qualifié d’étranger à la région qui venait donner des leçons. Ses détracteurs n’hésitèrent pas à utiliser la presse locale pour porter atteinte à l’honneur de ses amis de quartier et de membres des équipes de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), dans lesquelles le couple Michelot était impliqué, en semant le doute sur leur probité. Lors d’une réunion extraordinaire du bureau de l’URA le 28 juillet 1973, Daniel Andraud, secrétaire général de l’UD des Landes, fut désigné comme nouveau secrétaire général de l’Union régionale, avec prise de fonction en tant que permanent, au 1er décembre 1973, le temps de se dégager de ses obligations professionnelles.

Le nom de Claude Michelot ne figura pas sur la liste des candidats au conseil de l’Union régionale Aquitaine, soumise au vote de son premier congrès en novembre1975, à Cenon (Gironde). Il cherchait, en vain, du travail à Bordeaux, en dehors des structures syndicales. Il cautionna auprès de la Confédération Daniel Andraud, son successeur à la tête de l’URA, qui fut élu par le congrès. Jeannette Laot, au nom de la confédération, dans son allocution du 10 novembre 1975 au congrès de l’union régionale, ne mâcha pas ses mots pour fustiger le comportement des avant-gardes éclairées, au verbiage manipulateur, qui déniaient de fait aux adhérents de la CFDT leur droit d’élaborer les positions et décisions de l’organisation.

Ayant trouvé un emploi à Harmonie atlantique, une mutuelle dont le siège était à Nantes (Loire-Atlantique), la famille déménagea dans cette ville en 1975. Malgré ses avanies bordelaises, Claude Michelot avait tissé des liens amicaux avec nombre de syndicalistes aquitains — sa maison étant toujours accueillante — et noué de solides relations avec les syndicats espagnols. À son départ, ses amis basques lui remirent en cadeau un makhila d’honneur, portant la devise « j’y suis, j’y reste » (bâton traditionnel basque, arme redoutable, offert aux plus hautes personnalités, sur le pommeau duquel sont gravés les noms et la devise de l’heureux récipiendaire).

Affecté à la branche des contrats d’entreprises de cette mutuelle, il milita à la section syndicale et à l’Union locale CFDT de Nantes. Claude Michelot fit valoir ses droits à la retraite en 1989 et devint responsable des retraités des mutuelles au sein de l’UL. Il continua ses activités de représentation de la CFDT, notamment à la commission de la Caisse régionale d’assurance maladie de la Sécurité Sociale, chargée des négociations des taux d’invalidité. Il faisait partie d’une équipe de syndicalistes qui s’occupait de réinsertion au travail. Par ailleurs, le couple entra au bureau d’une coordination d’associations locales, comprenant l’APF (Association des paralysés de France), la CSF (Confédération syndicale des familles) au sein de laquelle son épouse militait, et l’UL-CFDT. Cette coordination entreprit la gestion de dix-sept centres de santé et de soins implantés dans l’agglomération nantaise. Adhérent de la FCPE, Claude Michelot était membre du conseil local à Bordeaux, chargé de la formation des délégués de parents. Il faisait partie également d’une équipe d’ACO à Bordeaux et à Nantes.

Il s’était marié en juillet 1961 à Coutances (Manche) avec Simone Laforge, permanente de la JIC à Paris, vendeuse de chaussures dans la boutique de ses parents ; elle avait deux frères, André Laforge, prêtre de la Mission de France qui allait devenir prêtre-ouvrier, et Louis Laforge, qui avait été permanent JOC dans la région Normandie. Trois enfants naquirent de cette union, Claire (1961), Catherine (1964) et Pierre (1966).

Claude Michelot mourut des suites d’un cancer du pancréas. Il avait toujours eu le souci de la formation avec la volonté indéfectible de laisser à quiconque son autonomie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143265, notice MICHELOT Claude, Georges, Émile par Jacques Debesse, version mise en ligne le 29 novembre 2012, dernière modification le 29 mars 2017.

Par Jacques Debesse

Claude Michelot en 1971
Claude Michelot en 1971

SOURCES : Archives UPSM-CFDT, confédérales CFDT. — Jo Bibard, Faire l’histoire ensemble. La CFDT en région Île-de-France 1887-1990, Beaune, La Toison d’Or éditions, 2007. — Entretiens avec Simone Michelot, 15 juin et 2 octobre 2012. — Entretien avec Daniel Andraud, le 27 mars 2017.

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