MESLIAND Claude, Michel

Par Jacques Girault

Né le 3 août 1928 à Limeray (Indre-et-Loire), mort le 14 janvier 2018 à Chateauneuf-le-Rouge (Bouches-du-Rhône) ; professeur puis recteur d’académie ; militant syndicaliste (SNES puis SNESup) ; militant communiste jusqu’au début des années 1980.

Fils aîné des cinq enfants d’une famille « ardemment républicaine » de petits cultivateurs, Claude Mesliand reçut « une éducation plutôt stricte, indissociable de la condition économique de mes parents, qui vivaient pauvrement mais avaient pour moi l’ambition de la réussite par l’école ». Non baptisé, il fut « durablement marqué » par l’anticléricalisme de son père. Reçu au certificat d’études primaires, boursier, il fut élève du collège moderne d’Amboise (1940-1944) puis du lycée Descartes de Tours (1944-1947), et prépara une licence d’histoire à la Sorbonne. Il adhéra au Parti communiste français à la cellule des étudiants d’histoire en 1951. « Nous étions un groupe d’une dizaine à préparer ensemble l’agrégation et nous avons été 6 à être reçus [en 1952], un succès collectif qui n’avait jamais été atteint. »

Après son service militaire en 1952-1953, Claude Mesliand fut nommé professeur d’histoire-géographie au lycée Frédéric Mistral d’Avignon (Vaucluse) en 1953. Après un passage au lycée de Montpellier (Hérault) de 1954 à 1956, il revint au lycée d’Avignon et y enseigna jusqu’en 1963. Nommé en 1963 maître-assistant à la faculté des lettres d’Aix-Marseille, il fut chargé d’enseignement sur une maîtrise de conférences à partir de 1971, puis docteur d’État en 1980, il devint professeur à l’Université de Provence.

Il fut nommé recteur de l’académie d’Amiens (octobre 1984-novembre 1985), puis de l’académie de Nancy-Metz (novembre 1985-novembre 1992). Chargé de mission au cabinet du ministre de l’Éducation nationale (décembre 1992-avril 1993), il prit sa retraite en septembre 1993.

Spécialiste d’histoire rurale, Claude Mesliand écrivit plusieurs articles dans des revues historiques sur les questions de la société rurale et, en 1978, préfaça l’ouvrage autobiographique d’Ephraïm Grenadou et d’Alain Prévost, Grenadou, paysan français, paru aux éditions du Seuil en 1978. Il soutint sa thèse de doctorat d’État à l’Université de Nanterre sous la direction de Philippe Vigier en 1980.

Il épousa en décembre 1952 à Villeneuve-lès-Avignon (Gard) Hélène Agulhon, professeur de lettres classiques, militante communiste.

Claude Mesliand, adhérent du Syndicat national de l’enseignement secondaire depuis 1952, fut le secrétaire de la section départementale (S2) du Vaucluse de 1957 à 1963. Il fut candidat sur la « liste B » à toutes les élections à la commission administrative nationale du SNES durant cette période (en 1958, 1960 et 1962). Il participa en 1972 au film du SNES Le temps d’apprendre et le temps d’enseigner, où il exposait les postions communes du SNES et du SNESup sur la formation des maîtres du second degré : nécessité de la maîtrise pour tous.

Habitant Avignon jusqu’au début des années 1970, il milita au secrétariat départemental de la Fédération des conseils de parents d’élèves.

A la Faculté d’Aix, son activité militante fut essentiellement syndicale. A la fin de 1968, il contribua à « reprendre aux gauchistes » la direction de la section du Syndicat national de l’enseignement supérieur et en devint le secrétaire. Délégué au congrès national de mars 1969, il fut élu au bureau national au titre de la tendance « Action Syndicale » et en resta membre jusqu’en 1976.

Vice-président de l’Université de Provence, Claude Mesliand anima la résistance contre le ministère qui avait créé autoritairement une troisième université dans l’académie au détriment de la sienne. Aussi devint-il un des premiers maîtres-assistants présidents d’université en 1976, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1981. Il fut pendant quatre ans membre du bureau de la conférence des présidents.

Après avoir été en 1955 membre du bureau de la section communiste de Montpellier (Hérault), Claude Mesliand participa à la vie de la section avignonnaise. Il fut au cœur des luttes du parti contre la guerre d’Algérie, contre le pouvoir gaulliste. Bon orateur, intellectuel, il fit partie de nombreux comités créés en liaison avec la fédération communiste avec laquelle il eut des désaccords concernant la politique du Parti communiste d’Union soviétique (XXe congrès, intervention en Hongrie) et le soutien que lui apportait le PCF, mais il demeura un militant discipliné. Candidat aux élections législatives dans la première circonscription d’Avignon en 1968, il obtint 11 039 voix sur 73 759 inscrits. La presse soulignait qu’il ne retrouvait pas les voix communistes de 1967, comme dans le reste du pays. A l’issue de son active campagne électorale, il devint membre du comité de la fédération communiste en 1968 et soutint à la différence d’un certain nombre de militants et de responsables fédéraux la position de la direction du parti condamnant l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Il demanda, lors de la conférence fédérale suivante, à ne pas être maintenu dans cette responsabilité en raison de son prochain départ et de ses responsabilités syndicales.

Claude Mesliand, qui habitait Aix-en-Provence depuis 1972, militait dans la cellule du PCF de l’Université. Il eut de bons rapports avec la fédération communiste dans le cadre de ses responsabilités universitaires. La confiance qu’elles traduisaient de la part du milieu universitaire contribuait, selon lui, à justifier le rassemblement de progrès dans lequel, avec le programme commun, était engagé le PCF. Mais la fédération des Bouches-du-Rhône, comme la direction du parti, exerçait une tutelle vigilante sur les intellectuels communistes. Quand le PCF remit en cause cette dynamique unitaire, il fut un des signataires de la pétition « dite d’Aix », adoptée par la majorité de la cellule de la faculté des lettres, publiée dans Le Monde, qui contestait l’analyse de la direction du PCF des résultats des élections législatives de 1978 et son éloignement de la ligne du Programme commun de la gauche. Il fit partie des communistes qui signèrent, aux côtés d’Henri Fiszbin, à partir de 1981 un texte expliquant le lancement de la publication Rencontres communistes. Mais il ne milita pas dans ce groupe. Après avoir refusé de soutenir la direction du PCF dans son approbation de l’intervention soviétique en Afghanistan, il décida de ne pas reprendre sa carte en 1981, sans donner la moindre publicité à cette décision.

En 1981, après la victoire aux élections présidentielles, se posa la question d’intégrer des communistes dans des responsabilités importantes. La direction du PCF récusa Claude Mesliand comme éventuel recteur. Quand les communistes quittèrent le gouvernement, Jean-Pierre Chevènement*, devenu ministre de l’Éducation nationale, le nomma recteur de l’académie d’Amiens en 1984 avant de devenir recteur de l’académie de Metz-Nancy de décembre 1985 à 1992. Dans cette responsabilité, il fit preuve de grandes qualités dans l’organisation des zones d’enseignement prioritaire commentée dans son article « Les Zones d’éducation prioritaires : évolution et perspectives », Savoir (1996), et son rapport remis en mars 1993 au ministre Jack Lang* ne reçut pas d’application avec le retour de la droite au gouvernement. En Lorraine, il chercha, avec le corps enseignant, des solutions pour la modernisation de l’économie régionale bouleversée par la crise de la sidérurgie et du textile, voulant faire du système éducatif lorrain un atout pour la reconversion de l’économie régionale. Aussi fut-il un des rares recteurs maintenus en fonction lors du changement de majorité en 1986, malgré quelques tentatives pour le mettre en difficulté. Par la suite, retraité, il participa à diverses recherches du ministère, notamment aux travaux de la commission du débat national sur l’avenir de l’école qui publia son rapport, en 2004, sous le titre Pour la réussite de tous les élèves.

En 2007, Claude Mesliand signa, avec d’autres anciens recteurs, un appel à voter, dès le premier tour, pour la candidate socialiste Ségolène Royal, à la suite d’un article « Pour l’Éducation nationale » paru dans Libération, le 6 avril.

Ses obsèques eurent lieu au crématorium de Luynes, le 19 janvier 2015. La direction du SNESup6FSU, dont il était toujours membre, annonça son décès et transmis ses condoléances et sa reconnaissance à sa famille, particulièrement à sa fille Anne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143443, notice MESLIAND Claude, Michel par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 décembre 2012, dernière modification le 25 avril 2021.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Paysans du Vaucluse (1986-1939), Aix, Publications de l’Université de Provence, 1989, 1039 p. — Parmi ses articles, citons : « Renaissance de la Franc-maçonnerie avignonnaise à la fin de l’Ancien Régime (1774-1789) », Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française,1970. — « La libération de Marseille », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, 1974. — Chapitre sur la paysannerie dans La France contemporaine de 1789 à nos jours, Paris, Éditions sociales-Messidor, 1982.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Arch. IRHSES. — Presse nationale. — Presse syndicale. — Entretien dans la série sur la prise de décision en éducation paru dans Recueil de témoignages de l’Institut national de la recherche pédagogique. — Divers sites Internet. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes d’Alain Dalançon.

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