BÉCU Omer.

Par Willy Haagen

Ostende (pr. Flandre occidentale, arr. Ostende), 21 août 1902 − Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers), 9 octobre 1982. Pêcheur-opérateur radio puis dirigeant syndical socialiste régional, national et international dans le secteur du transport maritime, conseiller communal d’Anvers.

Fils de Romain Louis Bécu, instituteur, et de Marie Willems, Omer Bécu grandit dans la banlieue d’Ostende, où habitent principalement des pêcheurs. Pendant la Première Guerre mondiale, il fait ses études à l’Athénée royal d’Ostende et travaille ensuite pendant un an comme apprenti-technicien. Sous l’influence de son frère René, navigateur, il s’inscrit, en septembre 1920, pour une formation de pêcheur-opérateur radio à l’école de radio d’Ostende. Quelques mois plus tard, il navigue comme pêcheur opérateur radio. Il exerce cette profession jusqu’en 1929, lorsqu’il obtient le diplôme d’opérateur radio de première classe.

En 1921, Omer Bécu est membre de la Vereniging van radiotelegrafisten (Association des radiotélégraphistes), association qui, immédiatement après sa création en août 1920, s’affilie à l’Union des officiers de la marine marchande (UOM). En 1929, l’Association des radiotélégraphistes exige une augmentation de salaire mais son président de l’époque refuse de faire la grève. Il est alors remplacé par Omer Bécu. Après les négociations, l’augmentation de salaire est obtenue. La même année, Bécu arrête définitivement de naviguer. Le premier juillet 1929, il devient secrétaire-adjoint de l’Association internationale des officiers de la marine marchande (AIOM). Celle-ci, sous la direction d’Alexander Brandt, est établie à Anvers. Dans cette fonction, il participe à une conférence internationale et fait la connaissance d’Edo Fimmen, le secrétaire-général de l’époque de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF

Après le décès d’Alexander Brandt en 1932, Bécu devient secrétaire de l’UOM et, peu de temps après, secrétaire général de l’AIOM. Sur sa proposition, les membres de l’Association des radiotélégraphistes, entretemps dissoute, s’affilient à l’UOM.

En 1930, Omer Bécu entre au Belgische werklieden partij (BWP) - Parti ouvrier belge (POB). Dans les années qui suivent, il mène plusieurs grèves pour des augmentations de salaire, avec succès. Pendant la guerre civile en Espagne, il réussit, grâce à ses activités internationales dans les transports, à apporter une aide matérielle aux démocrates espagnols qui tentent de résister aux forces fascistes de Franco. C’est ainsi qu’en septembre 1936, Bécu est étroitement impliqué, avec Philémon De Witte*, dans l’achat et le transport en contrebande d’armes pour le gouvernement républicain en Espagne. Il est arrêté pendant quelques jours. En 1937, le tribunal de Bruges le condamne, pour ces faits, à une amende fiscale et à deux mois de prison avec sursis. Cette peine est confirmée en appel. Ce n’est qu’en 1961 que la Cour d’appel de Bruxelles le réhabilite.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Omer Bécu doit, en tant qu’opérateur radio, dépister les postes de radio allemands clandestins en Belgique. Il s’enfuit à Bordeaux (département de la Gironde, France) où il entre en contact avec la direction de l’Union belge des ouvriers du transport (UBOT). Il quitte Bayonne (département des Pyrénées-Atlantiques, France) en compagnie des leaders socialistes, Camille Huysmans*, Isabelle Grégoire-Blume, Max Buset et la plus grande partie des leaders de l’UBOT, dont, entre autres, le président, Frans Daems*, le secrétaire national, Philémon De Witte*, et Roger De Keyser, pour se rendre à Londres, où ils arrivent le 29 juin 1940. Déjà le 5 juillet 1940, Omer Bécu parle à la BBC et crée un groupe qui incite tous les officiers ou capitaines de la marine marchande française à entrer dans les ports anglais, avec succès d’ailleurs. À Londres, il devient secrétaire du Groupe Émile Vandervelde dans lequel se sont organisés les parlementaires socialistes belges.

Début 1941, Omer Bécu fait également partie des fondateurs du Centre syndical belge, avec Jef Rens et Dore Smets*. Le 18 février 1941, délégué de l’ITF et de l’AIOM, il part pour New-York (États-Unis). Il doit y réprimer la désertion, inspirée par les autorités allemandes et les groupements communistes, et crée une section spéciale des travailleurs du transport belges, danois, néerlandais, français et polonais. En août 1941, il crée une maison des pêcheurs à Halifax (Écosse) et, sur sa proposition, une maison identique est créée à New-York.

Durant le conflit mondial, Omer Bécu travaille en collaboration étroite avec les services de renseignements britannique et américain. Il est très utile au service de renseignements britannique, entre autres, à cause du recrutement d’opérateurs radio parmi les membres affiliés au syndicat. À partir de 1942, il travaille en collaboration avec Arthur Goldberg, leader de la section ouvrière de l’Office for strategic studies (OSS), le service de renseignements américain. Il propose alors de se servir des éléments encore existants du mouvement syndicaliste occupé en Europe de l’ouest et des réfugiés du mouvement ouvrier européen qui gardent le contact avec le continent. L’OSS met des moyens financiers à la disposition de Omer Bécu afin de recruter des agents du syndicat qui construiraient un réseau de liaison en Europe pour le service de renseignements américain. De plus, Bécu participe à l’extension d’un réseau de contre-espionnage se composant d’un émetteur à ondes ultra-courtes et d’un récepteur, placés sur des bateaux qui naviguent sous pavillon neutre. Cela contribue à la destruction partielle de la flotte sous-marine allemande tandis que des canaux de liaisons sont créés entre les alliés et les mouvements de résistance en Europe occupée.

En novembre 1942 à Lisbonne, Omer Bécu fait fonction d’agent de liaison entre les armées alliées et la résistance française en vue d’un éventuel débarquement dans le sud-ouest de la France. En automne 1943, il reprend, pendant un temps, ses propres activités syndicales à Londres, mais rapidement, il reçoit l’ordre de l’ITF de partir, avec l’appui de l’OSS, pour l’Italie via l’Afrique du nord. En décembre 1943, il conclut un accord avec le chef de l’OSS, le général Donovan, dans lequel il est question d’obtenir « une collaboration la plus étroite possible entre l’ITF et l’OSS dans la région méditerranéenne dans l’intérêt des opérations militaires ».

À partir de janvier 1944, Omer Bécu séjourne dans le Sud de l’Italie. En accord avec le commandement militaire américain, il y crée de nouveaux syndicats et organise immédiatement à Bari le premier Congrès syndical pour, entre autres, les ouvriers italiens des chemins de fer. Cependant, les autorités militaires alliées l’expulsent pour divergences d’opinions. Il revient à Londres le 28 janvier 1944. Il y prépare les tâches de l’ITF pour après la libération du continent.

En septembre 1944, Omer Bécu arrive à Anvers. Avec Louis Major* et Roger De Keyser* qui viennent de Londres avec lui, il fonde à nouveau l’UBOT. Il réalise un accord collectif pour les pêcheurs. Le 4 novembre 1944, Bécu est nommé secrétaire national de l’UOM et de la Ligue belge des pêcheurs qui sont fusionnées. Il est membre du Comité provisoire de l’UBOT et, en tant que délégué de cette organisation, il est membre de la Belgisch vakverbond (BVV) (Confédération belge des syndicats). Plus tard, Omer Bécu participe à la création de l’Algemeen belgisch vakverbond (ABVV) - Fédération générale du travail de Belgique (FGTB). Il représente l’UBOT au Bureau national de l’ABVV - FGTB et lors des réunions de l’ITF. Entretemps, il est nommé secrétaire national « en fonction » de l’UBOT et on lui confie la direction du secteur port et marine marchande.

Lors du premier Congrès après-guerre de l’UBOT en septembre 1945, Omer Bécu est nommé président et en même temps secrétaire national des dockers et des pêcheurs. Il reste président jusqu’en 1950 et exerce la fonction de secrétaire jusqu’en 1947. Dans cette fonction, il participe à la Conférence maritime internationale à propos de la Charte internationale des pêcheurs. Avec Louis Major, en 1945, Bécu conseille aux dockers de se mettre au travail, ceci afin de ne pas compromettre la marche en avant des alliés. Avec Georges De Crom*, il essaie d’empêcher l’influence communiste dans le port d’Anvers, ce qui conduit à l’exclusion des frères, Pierre et Frans Van den Branden.

En mai 1946, Omer Bécu devient membre du Comité exécutif de l’ITF, en février 1947, président suppléant provisoire et, en novembre 1947, président. En mars 1950, il est nommé secrétaire général de l’ITF, fonction qui lui fait quitter la Belgique pendant dix ans. De 1953 à 1957, il se charge de la présidence de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). Il retourne cependant à l’ITF. En août 1960, sa carrière syndicale, déjà internationale, voit son couronnement avec sa nomination de secrétaire général de la CISL, succédant à J. Oldenbroek*.

Sur le plan politique, Omer Bécu se présente, sur les conseils de Camille Huysmans*, comme candidat aux élections du conseil communal d’Anvers. Élu, il siège de février 1947 à septembre 1950, date à laquelle il démissionne. À la même période, il est élu député suppléant. Sur le plan local, il réalise, avec Frans Detiège*, la création d’une nouvelle Maison internationale des pêcheurs à Anvers et d’une salle d’attente pour les dockers dans le port d’Anvers.

Époux de Maria Jozefa Lathouwers, Omer Bécu écrit ses mémoires sous le titre, Van zeeman tot syndicalist (Du marin au syndicaliste) (273 p.), mais elles ne sont pas publiées.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143591, notice BÉCU Omer. par Willy Haagen, version mise en ligne le 16 décembre 2012, dernière modification le 24 mai 2020.

Par Willy Haagen

SOURCES : De Werker, 16 juli 1960, p. 2 − Syndicats, 23 october 1982 − Volksgazet, 12 juli 1948, p. 14 ; 9 november 1948, p. 6 ; 13 juli 1953, p. 4 (icono) ; 1ste juli 1960, p. 3 ; 3 maart 1967, p. 3 (icono) − Gazet van Antwerpen, 14 october 1982 − Vooruit, 29 september 1936, p. 6 ; 3 october 1936, p. 1 − DE BOCK W., « Het bewogen leven an een internationaal syndicalist », De Morgen, 16 october 1982 − RENS J. et SMETS D., Historique du Centre syndical belge à Londres 1941-1944, Bruxelles, 1976 − VAN ISACKER K., De Antwerpse dokwerker, 1830-1940, Antwerpen, 1963 − SMITS A., Typologisch onderzoek van de Antwerpse gemeenteraadsleden 1947-1982, onuitgegeven licentiaatsverhandeling RUG, Gent, 1983-1984.

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