FÉVRIER André, Louis

Par Maurice Moissonnier

Né au Vigan (Gard) le 3 novembre 1885 ; mort à Lyon le 27 avril 1961 ; employé des PTT. Militant syndicaliste de Lyon, l’un des dirigeants de l’Association générale des agents des PTT avant 1914. Militant du Parti socialiste SFIO à partir de 1905 ; conseiller municipal de Lyon, adjoint au maire en 1919, député du Rhône de 1928 à 1940, quatre fois ministre entre juin 1937 et juillet 1940. A abandonné la vie politique à la Libération après avoir répondu de son activité ministérielle en 1940 devant la Haute Cour et avoir obtenu un non-lieu. Président de l’Union régionale des coopératives de production du Sud-Est.

Fils de Félix, fabricant de bonneterie et de Pauline Vidal, André Février avait une soeur, Marthe, et un frère, François. Après l’école primaire il fréquenta l’école professionnelle de Nîmes, puis prépara le surnumérariat des PTT et fut admis au concours en 1906.

Dès son adolescence, il milita dans les oeuvres laïques postscolaires puis, aux côtés du jeune Édouard Daladier aux « Jeunesses laïques et républicaines ». En 1905, dès la réalisation de l’unité, il adhéra au Parti socialiste unifié (SFIO) et — après sa nomination à Lyon — à l’Association générale des Agents des PTT, syndicat de l’époque, dont il devint rapidement le secrétaire local. À l’occasion de la grande grève de 1909, il subit la répression et fut révoqué. Réintégré au bout de six mois, il reconstitua l’organisation démantelée par Clemenceau et fut élu secrétaire du comité de la 8e région. Il vécut à cette époque, comme il l’écrivit dans une brochure destinée ultérieurement à justifier ses actes, « un syndicalisme " héroïque " truffé de risques ». Sur le plan politique, selon la même source « à moins de vingt ans, le socialisme (l’avait) empoigné » et il prit sa première carte « sous le parrainage » de Hubert Rouger avec qui il avait fait connaissance au cours d’une réunion tenue en 1902 à Azève (Gard).

Après la Première Guerre mondiale, son existence subit des changements notables. Il se maria le 16 août 1919 à La Faurie (Hautes-Alpes) avec Marie Garagnon dont il eut deux enfants (l’un, Raymond Février devint directeur général de l’Institut national de la recherche agronomique) et il fut d’autre part élu, sur la liste socialiste au conseil municipal de Lyon où, pendant vingt ans, il présenta régulièrement le rapport sur le budget. Ainsi commença-t-il, selon sa propre expression, à gravir « la côte, sans essoufflement, à petits pas. La mairie, la préfecture, le Palais-Bourbon, l’Élysée » en étant « le juge de paix dans le syndicalisme et l’arbitre dans la politique »...

En 1920, il prit énergiquement parti contre l’adhésion à la IIIe Internationale et, le 19 décembre, au congrès fédéral du Parti socialiste tenu à la mairie de la rue de Sèze à Lyon, il défendit la motion Blum : « Chaque réforme, affirmait-il, si menue soit-elle, a sa valeur révolutionnaire. Laissez-moi formuler le voeu qu’au moment décisif vous nous rencontriez et que les social-traîtres que vous dénoncez seront là, non pour vous détourner de la voie révolutionnaire, mais, au contraire, pour vous la montrer. » Le congrès donna 14 mandats à Blum contre 80 à Cachin-Frossard et 7 à Longuet. Après la scission de Tours, il devint l’une des têtes du Parti socialiste SFIO à Lyon.

La carrière parlementaire d’André Février commença en mai 1924, avec le succès du Cartel des gauches. Il fut élu dans le Rhône (sur la liste qui réunissait les radicaux et les socialistes) en 10e position avec 110 378 voix (tête de liste Édouard Herriot avec 112 800 voix). En 1928, dans la 6e circonscription de Lyon (où il résidait 23, rue des Macchabées, Ve), avec le retour au scrutin d’arrondissement, il l’emporta de nouveau avec 4 827 voix au premier tour et 6 791 au second. En 1932, il renforça encore sa position avec 4 468 voix au premier tour et 7 526 au second. Au moment du Front populaire enfin, après être arrivé en tête le 26 avril 1936 avec 5 395 voix, il rassembla, en bénéficiant le 3 mai des désistements communiste et radical, 7 321 voix. Il succéda alors à Léon Blum à la présidence du groupe parlementaire du Parti socialiste, poursuivant une action qu’il avait dès l’origine entreprise en faveur des vieux travailleurs. En juin 1937, dans le deuxième gouvernement de Front populaire présidé par Camille Chautemps, il exerça les fonctions de ministre du Travail et, en mars 1938, dans le bref deuxième gouvernement Blum, celles de sous-secrétaire d’État à la Présidence du Conseil. Il revint aux affaires en mars 1940 dans le gouvernement Paul Reynaud en tant que secrétaire d’État à l’Information, poste qu’il occupait lorsque la IIIe République s’abîma dans la défaite.

Dans la nuit du 16 au 17 juin 1940, après la démission de Paul Reynaud, le maréchal Pétain qui tenait à la présence socialiste dans le cabinet que le président de la République Lebrun le chargea de constituer, fit offrir, par l’intermédiaire de Camille Chautemps, à Albert Rivière (voir ce nom) et André Février deux portefeuilles ministériels. Avec l’aval de Léon Blum, Albert Sérol, Georges Monnet et Fernand Audeguil, les deux députés socialistes pressentis acceptèrent et Février se retrouva ministre des PTT, poste qu’il conserva jusqu’au 12 juillet 1940. Il vota d’autre part les pleins pouvoirs par lesquels, le 10 juillet, Pétain eut la possibilité légale de mettre fin au régime républicain. Dans une brochure publiée en 1946, André Février expliqua comment, après avoir reçu « l’agrément du Parti » pour occuper ses fonctions dans le cabinet du Maréchal, il fut amené à voter les pleins pouvoirs en raison du silence observé par Blum sur cette question.

Arrêté le 28 février 1945 pour être déféré en Haute Cour en raison de ses activités à Vichy, il fut libéré le 14 mars, bénéficia d’un non-lieu le 6 septembre et fut relevé de son inéligibilité par un jury d’honneur le 4 octobre de la même année.

Ces décisions s’expliquent par la part que Février prit dès 1941 à la Résistance. Grâce à son concours et à celui de sa soeur, décorée de la Médaille de la Résistance et de la Médaille royale du courage, de nombreux réfractaires et clandestins furent hébergés à Lyon dans plusieurs appartements, 21, rue du Plat, 30, quai Saint-Antoine, 2, rue Trouvée et au domicile même de l’ancien député, chemin Barthélemy Buyer.

André Février fut exclu par le congrès national extraordinaire de novembre 1944 pour son vote du 10 juillet 1940. Le congrès fédéral du Rhône tenu le 30 janvier 1955 se prononça par 355 mandats contre 34 et 28 abstentions pour la réintégration de Février. Le bureau fédéral unanime en présenta la demande au XLVIIe congrès national des 1er-3 juillet 1955. Dans son dossier, la Fédération indiquait qu’il n’avait aucune activité politique dans le Rhône et que, pressenti par Édouard Herriot pour les élections municipales de 1953, il avait consulté la Fédération socialiste et accepté sa décision de ne pas faire acte de candidature. D’autre part, Février avait été blanchi dès octobre 1945 par un jury d’honneur présidé par René Cassin. La Légion d’honneur lui avait même été attribuée en 1954 et remise par Herriot. Le dossier fut confié à la Commission nationale des conflits qui présenta un rapport favorable devant le conseil national de décembre 1956.

A. Février était à cette époque, président de l’Union régionale des coopératives de production du Sud-Est.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article143970, notice FÉVRIER André, Louis par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 6 janvier 2013, dernière modification le 6 janvier 2013.

Par Maurice Moissonnier

OEUVRE : Expliquons-nous, A. Wast et Cie, 1946.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 644 M. — Arch. OURS, dossier des parlementaires exclus. — Presse locale : Le Progrès de Lyon, Lyon-républicain. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, t. V, 1968. — Documents familiaux transmis par Monsieur Raymond Février. — Notes de G. Morin.

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