GIGOT Philippe.

Par Jean Puissant

Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 24 décembre 1819 − Ems (Rhénanie, Prusse), 1860. Archiviste paléographe, compagnon et secrétaire de Karl Marx à Bruxelles.

Étudiant en philosophie et lettres à l’Université libre de Bruxelles (ULB), Philippe Gigot est membre du Comité de la Société des étudiants en 1840. Après avoir obtenu son titre de candidat, il devient archiviste paléographe aux Archives générales du Royaume, mises sur pied par le français Louis-Prosper Gachard, apprécié pour ses compétences linguistiques, allemand et flamand en particulier.
Gigot qui a vécu à Vienne est parfait bilingue : il traduit de Loteling (Le conscrit) de Henri Conscience en allemand. Au moment où ses activités socialistes déplaisent souverainement, Gachard le défend au ministère de l’Intérieur.

Philippe Gigot rencontre rapidement Karl Marx, arrivé à Bruxelles avec sa famille, au début de 1845. Il devient son homme de confiance, sa boîte aux lettres et le secrétaire du Comité de correspondance communiste, créé au début de 1846. Il est également le seul belge, membre du « Bund der Kommunisten » (ligue communiste), fondée en août 1847. Il habite rue Bodenbroeck, au n° 8, face à l’église du Sablon.

Le 3 mars 1848, Philippe Gigot est signataire, avec Marx, Friedrich Engels, Ernst Fischer, H. Heingers, du document décidant le transfert du siège du Bund de Bruxelles à Paris et de conférer momentanément à Marx tout pouvoir discrétionnaire pour sa direction. Ce document est saisi au moment de l’arrestation de Marx le même jour. C’est Gigot qui accompagne Jenny Marx à la recherche de son mari, au bureau de police du Petit Sablon où elle est interpellée. Lui-même est retenu toute la nuit du 3 au 4 mars 1848 à l’Amigo sans aucune explication ni justification. C’est un des faits d’illégalité dénoncés par le député de Soignies, Bricourt, à la Chambre une semaine plus tard. Il est certainement le principal collaborateur de Marx à cette époque et le bruxellois le plus proche de la famille Marx. « Notre bon vieux Gigot », comme l’appelle Jenny.

Le 25 juillet 1848, Philippe Gigot préside la première réunion de « l’Ouvrier libre » dont le but est « de faire voir à l’ouvrier que le gouvernement le trompe ». Il participe aux banquets démocratiques du « Palais royal » à Ixelles le 28 janvier 1849, où il prononce un toast « Au socialisme » au nom des démocrates allemands, et à celui du Prado à Molenbeek (Bruxelles), le 25 mars 1849. Il est membre de la Société fraternelle en mai 1849. Il poursuit ses activités politiques après mars 1848.

Philippe Gigot est « le premier marxiste belge » comme le désigne Luc Somerhausen, le premier « marxiste francophone » comme le précise Jean Stengers.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144270, notice GIGOT Philippe. par Jean Puissant, version mise en ligne le 21 janvier 2013, dernière modification le 25 octobre 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : BERTRAND L., Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, t. 1, Bruxelles, 1906 − SOMERHAUSEN L., L’humanisme agissant de Karl Marx, Paris, 1946 − BARTIER J. (rééd.) , « Le mouvement démocratique à l’ULB au temps de ses fondateurs », dans Libéralisme et socialisme au XIXe siècle, Bruxelles, 1981, p. 34-36 − STENGERS J., « Ixelles dans la vie et l’œuvre de Karl Marx », Mémoire d’Ixelles, bulletin du Cercle d’histoire locale, n° 22, juin 1986 ; rééd. : Recueil d’articles de Jean Stengers, Bruxelles, 2005.

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