PIERRON Alexandre-Paul, dit Sander.

Par Jean Puissant

Molenbeek (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 6 juillet 1872 – Ixelles (Bruxelles), 8 septembre 1945. Journaliste, publiciste, militant aux Jeunes gardes socialistes, fils d’Évariste Pierron.

Alexandre-Paul, dit Sander, Pierron suit les traces de son père, Évariste Pierron, en devenant secrétaire de la Jeune garde socialiste (JGS) de Molenbeek, commune industrieuse où il est né. Ses études, interrompues pourtant à l’âge de treize ans, il devient apprenti, puis, à la suite de ses études du soir à l’Académie de dessin, dessinateur lithographe jusqu’en 1903-1904. Ce parcours le mène vers l’écriture et la collaboration à des périodiques socialistes comme Le Conscrit, organe des JGS, qu’il contribue à créer, L’Étudiant socialiste, Le Mouvement social, puis La Société nouvelle.

Très lié à Georges Eekhoud, présent aux obsèques de son père en 1898, Sander Pierron fréquente La Jeune Belgique. Il fonde La Revue rouge dont il est le secrétaire de rédaction en 1892-1893. Il participe au Coq rouge de 1895 à 1897. Devenu collaborateur de l’Indépendance belge en 1895, au Petit bleu, il devient critique d’art et publiciste. Il continue à collaborer épisodiquement à des publications socialistes, en particulier à des éditions spéciales : Le Foyer populaire (1905-1907), Albums du 1er mai (1913, 1920-1922, 1929), Almanachs du Peuple dans les années 1920, Savoir et beauté (1921-1936).

Sander Pierron est un auteur fécond mais plus préoccupé de questions artistiques et esthétiques que sociales et politiques. Il est également enseignant dans ces domaines. En 1930, il est qualifié « de prototype de l’écrivain prolétarien » dans La Belgique active (ou est-ce lui qui se présente ainsi ?). Dans Pages de charité (1894) ou Le tribun, ouvrage de 1906 consacré à la vie de son père, il est possible de le relier à une certaine forme de naturalisme. Paul Aron souligne, en 1995, la distance ironique prise à l’égard de la figure du père, pour des raisons personnelles certainement, mais note que ce texte « constitue une étape précoce et peu connue dans la voie de la littérature prolétarienne », « qui s’écarterait du modèle épique naturaliste par absence d’idéalisation des milieux populaires. »

Mais désormais inspiration et préoccupations sont bien ailleurs. Sander Pierron est en particulier un fin connaisseur et chantre lyrique de la Forêt de Soignes. Du moins n’a-t-il pas rompu avec son passé, ni avec son lieu de naissance. Il lègue ses biens à sa commune natale, Molenbeek. Ouvrages et œuvres d’art constituent une base d’un futur musée communal.

Le cas de Sander Pierron soulève la question des enfants de militants. Hormis ceux qui ont été brisés par l’engagement de leur père, il est possible de souligner que beaucoup d’entre eux ont permis l’insertion sociale et l’ascension sociale de leurs enfants, de leur fils en particulier, par l’exemple du père, mis à distance dans ce cas-ci, par la sociabilité induite et les réseaux activés. Sans ces circonstances, Sander Pierron n’aurait sans doute pas pu fréquenter la Section d’art de la Maison du Peuple, ni rencontrer Georges Eeckhout, l’ami intime qui lui a ouvert la voie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144275, notice PIERRON Alexandre-Paul, dit Sander. par Jean Puissant, version mise en ligne le 21 janvier 2013, dernière modification le 6 septembre 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : DETEMMERMAN J. (dir.), Bibliographie des écrivains français de Belgique (1881-1960), t. 5, Bruxelles, 1988 (y compris une bibliographie systématique) – ARON P., La littérature prolétarienne, Bruxelles, 1995, p.18-20.

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